Liban / Et si l’on investissait dans l’économie créative ?


Selon un rapport de 2008 de la Cnuced, l’économie créative représente quelque 4,8 % du PIB national, contre une moyenne globale de près de 7 %. Cette économie fait, depuis peu, parler d’elle, et les investisseurs, comme les adeptes du développement, se penchent de plus près sur les actifs créatifs capables de dynamiser la croissance, notamment en temps de crise.

Le British Council et le Lebanon Creative Cluster (LCC), en collaboration avec les sociétés Cisco et Gaia Heritage, ont organisé au cours des deux derniers jours à l’hôtel Riviera un colloque autour du thème « L’investissement dans l’économie créative libanaise ». Le colloque a été animé par des experts britanniques et libanais, et les intervenants ont évoqué le potentiel encore sous-exploité des secteurs créatifs au sein de l’économie locale, préconisant le recours à ce nouveau modèle économique basé sur la créativité, le savoir et l’accès à l’information dans la croissance économique. Les participants au colloque ont également souligné les nombreux obstacles qui restreignent les élans des créateurs/trices.

Mais d’abord, qu’est-ce que l’économie créative ?

Une définition ambiguë

Même s’il n’existe pas de définition universelle à l’économie créative, celle-ci étant une notion subjective en constante évolution, la Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement (Cnuced) définit l’économie créative comme étant une économie fondée sur des avoirs créatifs capables de produire un effet sur la croissance et le développement. Elle peut être une source de revenus, créer des emplois et produire des recettes d’exportation tout en favorisant l’inclusion sociale, la diversité culturelle et le développement humain.

À titre illustratif, le Royaume-Uni a inclus dans sa définition d’économie créative 13 industries, dont le développement de logiciels, l’édition, la musique, la mode, les métiers artisanaux, etc. Au Liban, comme dans d’autres pays, l’économie créative a connu une « expansion extraordinaire », selon Barbara Hewitt, la directrice du British Council, qui estime que l’économie créative libanaise devrait occuper une place plus importante. Un avis partagé par Désirée Chbeir, la directrice des opérations du LCC, une initiative qui promeut et soutien les industries créatives libanaises. « Nous avons beaucoup à apprendre du modèle britannique, pionnier dans le domaine », a-t-elle souligné durant son intervention.

Des lacunes institutionnelles malgré un potentiel de créativité

Tous les intervenants se sont accordés pour indiquer que le Liban ne manquait pas d’innovation et de créativité, et que les médias internationaux s’étaient passé le mot pour qualifier Beyrouth de It City, ou la ville la plus tendance du moment. De la mode aux jeux vidéo, en passant par la joaillerie et l’industrie des films indépendants, le talent des Libanais a fait l’unanimité des participants au séminaire. Un avis que ne partage cependant pas Nadine Touma, cofondatrice de Dar Onboz, maison d’édition principalement dédiée aux livres, à la musique et aux animations pour enfants et adolescents. « On ne peut se flatter du talent des Libanais dans l’absolu, même si il est vrai qu’il existe des success stories. Il n’est pas facile de trouver de bons graphistes, par exemple », a-t-elle indiqué à L’Orient-Le Jour. Une situation jugée évidente par le consultant culturel de la société GAIA Heritage, Georges Zouein, qui déplore le fait que « l’on n’enseigne malheureusement pas l’art et la musique dans les écoles publiques ».

Parallèlement, les experts britanniques et libanais ont souligné le manque d’engagement en faveur de la propriété intellectuelle, l’absence de données fiables ainsi que les failles de l’infrastructure digitale jugée « honteuse » par le directeur associé de la société Middle East Venture Partners, Tarek Saïd. Ils ont aussi et surtout relevé l’existence de nombreux obstacles, en termes d’accès au financement d’initiatives créatrices, considérées hautement risquées par la majorité des investisseurs et des établissements de crédit.

En dépit de toutes ces embûches, une prise de conscience de la capacité des industries créatives à produire des richesses commence à prendre forme auprès de certaines institutions.

Ainsi, selon le directeur du programme des jeunes entrepreneurs Bader, Antoine Abou Samra, Kafalat, qui fournit des prêts aux petites et moyennes entreprises (PME), a fourni, le 31 octobre 2010, des garanties financières pour 1 127 prêts d’une valeur totale de 128 millions de dollars octroyés à des industries créatives. Le nombre de ces prêts représente 15,5 % du total des prêts octroyés pour cette période.

Selon M. Abou Samra, cette prise de conscience a été favorisée par une tendance intrinsèque au pays du Cèdre à exporter des idées novatrices malgré les difficultés auxquelles fait face le Liban depuis plusieurs décennies maintenant ; une tendance amplifiée par l’existence d’une importante diaspora étendue sur tous les continents.

« Il est important de soutenir les idées innovatrices financièrement, mais aussi techniquement », a-t-il souligné à cet égard, d’autant que l’environnement sur le plan local n’est pas encore propice à l’envol de l’économie créative et que la concurrence internationale est féroce sur ce créneau.

Le Liban devra en outre se doter d’une infrastructure digitale en mesure de connecter les industries créatives locales aux marchés mondiaux, de renforcer son appui financier à ce volet de l’économie encore sous-exploité et d’élaborer des lois plus strictes à l’égard du respect des droits de la propriété intellectuelle, ont souligné à l’unisson les participants au colloque.

Auteur : Rana ANDRAOS

Source : www.lorientlejour.com

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