Des inventions pour rien


Bugs. Des mauvais choix, des milliards engloutis.

Minitel, Plan calcul, aérotrain… Ah, le génie français ! La France est la championne du monde de ces géniales innovations qui ne séduisent qu’elle-même. Arrogance de ses ingénieurs et de ses politiques ? Sans doute : le procédé français de vidéo SECAM « SÉquentiel Couleur A Mémoire » n’avait-il pas été baptisé « Suprême Effort Contre l’AMérique » par certains de ses promoteurs ? Une nuance toutefois. Tous ces échecs n’ont peut-être pas été inutiles… Zoom.

L’aérotrain, celui qui avait raison avant les autres

Inventée en 1964 par Jean Bertin, un polytechnicien génial, c’est une technologie totalement révolutionnaire, un train ultrarapide (plus de 400 km/h), très fiable, qui fonctionnait sur coussin d’air. Mais le soutien du gouvernement Pompidou ne l’empêche pas de connaître un échec total : les maires et parlementaires de banlieue y voient un transport pour les élites. La SNCF lui oppose le projet de prolonger le RER puis la création du TGV. A peine élu à l’Elysée, Valéry Giscard d’Estaing a renoncé à construire la première ligne en 1974. Or l’aérotrain est aujourd’hui vu, en Allemagne notamment, comme la piste sérieuse pour le train du futur.

Un Plan calcul très gaullien

Lancé en 1966 par le général de Gaulle, il vise à contrer une décision des Américains qui refusent de vendre à la France les « superordinateurs » nécessaires au développement de la force de frappe nucléaire hexagonale. La France engloutit des sommes faramineuses, ses meilleurs ingénieurs se consacrent à ce projet et deux entreprises sont désignées pour concevoir des « superordinateurs » franco-français, Thomson et la CGE. Problème : les deux directions ne s’entendent pas et plusieurs décisions politiques compromettent le programme. Pour Patrick Fridenson, codirecteur du « Dictionnaire historique des patrons français » (Flammarion), le Plan calcul est, certes, un échec et un ratage, mais l’intervention de l’État et des politiques dans les « grands » programmes n’est pas toujours négative. »Dans certains cas, la volonté politique est même particulièrement positive. Prenez Ariane, Airbus, le TGV ou le moteur du réacteur d’avion CFM 56 : sans impulsion de l’État français, ces réalisations européennes n’auraient pas vu le jour. »

Le Minitel, trop français

En 1982, le Minitel est conçu par l’opérateur public France Télécom. Cocorico… C’est un succès public puisqu’en 2000 le Minitel est utilisé par près de 25 millions de personnes (sur 55 millions d’habitants), avec un parc de près de 9 millions de terminaux. Il sera même exporté dans quelques pays. Seulement voilà… Ailleurs, aux États-Unis, tous les efforts portent à la même époque sur le développement d’Internet… Le dernier service Minitel fermera ses portes à la mi-2012 et le Net compte 2 milliards d’utilisateurs en 2011. Historien de l’innovation et directeur d’études à l’EHESS, Patrick Fridenson tempère : « Il faut faire attention à la chronologie. Quand le Minitel est lancé en masse, Internet n’existe pas. Le Minitel a donc familiarisé très tôt les Français avec les services en ligne. En revanche, sa rentabilité économique pour les firmes de services comme pour l’opérateur historique n’a pas incité ces entreprises à s’emparer très vite d’Internet lorsqu’il a été question non plus d’un réseau national, mais d’un réseau des réseaux. » Le retard français sur Internet s’explique donc d’abord par le fait que le Minitel rapportait beaucoup d’argent…

1964 : L’aérotrain

1966 : Le Plan calcul

1982 : Le Minitel

Auteur : Romain Gubert

Source : www.lepoint.fr


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