Arts et Culture

L’éclosion de la science moderne au XVIIIe siècle


Découverte de la composition de l’eau et de l’air, premiers aérostats, base du système métrique… La liste des découvertes et inventions technico-scientifiques du siècle des Lumières – et de l’Encyclopédie – est connue et bien fournie. Pourtant leur évocation n’arrive que tardivement dans l’ouvrage de l’historien Bruno Belhoste consacré à cette période et à la ville de Paris, centre européen intellectuel incontournable. C’est que le XVIIIe siècle est bien plus riche pour les sciences que ce qu’on en retient en général.

L’auteur nous invite ainsi à suivre des batailles épiques à l’Académie des sciences (qui se réunissait au Louvre), ou nous promène dans des lieux qui ont surgi à cette époque, comme le Jardin des plantes, l’Arsenal, l’Observatoire… Le lecteur sera frappé de voir à quel point les sciences et les techniques sont présentes dans la capitale. Les journaux annoncent des cours publics de physique ou de chimie ou bien relatent les réunions de l’Académie. Cent mille personnes assistent au premier envol de ballons. Une souscription parvient à financer la traversée de la Seine à pied, ce qui s’avérera être un canular. D’ailleurs, les charlatans prospèrent aussi, profitant de la vague scientifique et vantant, par exemple, le magnétisme animal…

Premières controverses

Le rôle de l’Académie des sciences est aussi de servir d’expert dans ces premières controverses. Les premiers protocoles sérieux d’évaluation se mettent en place, justement sur la question du magnétisme : groupe témoin, expérience en aveugle… Le verdict de Lavoisier est sévère : « L’imagination produit donc seule tous les effets attribués au magnétisme, et le magnétisme sans imagination ne produit aucun effet. »

Le même récidivera avec son rapport démontant le phlogistique, ce fluide qui, à l’époque, est un concept dominant en chimie. En même temps se développe un antiacadémisme, dont l’un des protagonistes était Jean-Paul Marat, politicien et journaliste mais aussi physicien. Dans des pamphlets violents, il critiquait la domination des académiciens sur la science, qui bride sa liberté. Mais ce sont les liens de l’institution avec la royauté qui conduisirent à sa dissolution par les révolutionnaires en 1793. Elle ne renaîtra que deux ans plus tard.

A la manière de son collègue américain Clifford Conner dans Une histoire populaire des sciences (L’Echappée, 2011), Bruno Belhoste s’intéresse aussi aux « arts et métiers », à ces inventeurs qui font avancer les techniques. Les brevets n’existent pas encore mais des privilèges les remplacent, octroyant une exclusivité de fabrication à certains. Cela n’empêche pas les batailles de paternité sur des inventions comme la lampe à huile, l’eau de Javel ou le pompage de la Seine pour alimenter en eau potable les Parisiens. Un chapitre savoureux va plus loin encore dans la « petite » science en montrant des experts, académiciens ou non, réfléchissant à l’hygiène dans les hôpitaux, les cimetières ou les égouts. A cette occasion, Pilâtre de Rozier invente un système de respiration pour les ouvriers des fosses d’aisances, qui souvent mouraient asphyxiés.

Par ces petites touches savoureuses, un tableau complet de la science et des savants se dessine, livrant leurs multiples facettes : savants courtisans ou en révolte, démontrant ou trompant, inventeurs obscurs ou scientifiques vedettes… Les tensions de l’époque, pour des questions de paternité ou de financement, de débats entre science « pure » ou appliquée, de rapports entre le public et les scientifiques, sont déjà posées et continuent d’alimenter la vie contemporaine des laboratoires.

Paris savant, de Bruno Belhoste (Armand Colin, 310 p., 25 €).

Auteur : David Larousserie

Source : www.lemonde.fr

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