Article de presse

Que retenir du rapport sur l’innovation Tambourin-Beylat ?


« L’innovation, un enjeu majeur pour la France : dynamiser la croissance des entreprises innovantes », le rapport de Jean-Luc Beylat et Pierre tambourin, remis au gouvernement début avril, avance 19 recommandations. Lecture synthétique et sélective.

Constat : « De nombreuses initiatives, souvent pertinentes, ont été prises pour favoriser le développement de l’innovation, en particulier à partir de la recherche publique. Elles l’ont souvent été en regard d’un système de valorisation de la recherche, jugé trop faible, et finalement peu tourné vers la création d’entreprises à forte croissance, en capacité de créer des emplois. Il en a résulté une accumulation et une diversité de dispositifs, de structures, tant au niveau national que régional ou local, peu lisibles, dont l’efficacité globale, économique, industrielle et sociale (en terme de création d’emplois) n’a pas été mesurée. »

Mais : « Il ne s’agit pas de dépenser plus d’argent public pour l’innovation, mais de le dépenser autrement et de manière plus efficace. »

Conclusion : « C’est donc bien d’une politique d’ensemble cohérente et s’inscrivant dans la durée que la France a besoin pour soutenir et encourager l’innovation. »

Comment ? « Il faut pour cela changer radicalement notre mode de penser l’innovation et les politiques qui en découlent : passer d’une vision où la dépense de R&D est la principale préoccupation, à une vision systémique axée sur les résultats en termes de croissance et de compétitivité. »

Le rapport avance en 19 recommandations ;:

Recommandation 1 : réviser les méthodes pédagogiques de l’enseignement primaire et secondaire pour développer les initiatives innovantes

Outre la nécessité d’introduire dès l’école primaire l’apprentissage de la programmation informatique (Scratch) et de l’anglais, le rapport incite à la généralisation du programme Mini-entreprises à l’école.

Recommandation 2 : mettre en place un programme de grande ampleur pour l’apprentissage de l’entrepreneuriat dans l’enseignement supérieur

Le rapport préconise la reconnaissance de la formation à l’entrepreneuriat comme une discipline à part entière, la transformation du stage de fin d’études ou de la fin de la thèse en projet entrepreneurial, l’acculturation des futurs décideurs doit être favorisée grâce à un stage obligatoire en PME (en priorité : écoles de commerce et d’ingénieurs et la généralisation à la formation continue de cette dynamique pour la formation initiale).

Recommandation 3 : favoriser l’essaimage à partir des grands groupes

Il s’agirait de déclencher des négociations entre syndicats et patronat pour la mise en place d’une politique favorisant l’essaimage des grands groupe : places dans les incubateurs, salarié continuant à être payé pendant une durée déterminée pour la maturation du projet de création d’entreprise avec éligibilité au Crédit d’impôt recherche (CIR), voire garantie de retour possible en cas d’échec.

Recommandation 4 : organiser une politique d’attractivité des talents autour de l’innovation

L’immigration des « talents » est une véritable arme économique. Aux États-Unis, elle est à l’origine de plus de la moitié des start-up de la Silicon Valley, et de près de 25 % des entreprises technologiques créées entre 1995 et 2005, soit au total 450 000 emplois en 2005.

Une politique ambitieuse d’immigration des « talents » doit reposer sur des procédures d’immigration simplifiées et une fiscalité des plus-values de cession non décourageante. Le projet de loi américain « Start-up Act 3.0 » traite de ces deux volets simultanément.

Recommandation 5 : mettre en place le suivi opérationnel des 15 mesures pour une refondation du transfert dans la recherche publique

Recommandation 6 : favoriser la mobilité des chercheurs entre public et privé

Recommandation 7: mettre en place un programme cohérent en faveur du transfert par la création d’entreprise

Une nouvelle dynamique doit être impulsée pour le concours national de création d’entreprises de technologies innovantes, par l’augmentation de son volume, par l’implication plus forte des régions, par l’ouverture de nouvelles sections (dédiées aux étudiants et aux projets jouets issus du système éducatif). Le rapport propose de créer une « bourse pour le créateur de start-up » sous la forme d’une avance remboursable pour éviter la logique d’assistanat, et développer une pratique de l’accompagnement qui renonce à la tentation de l’ »acharnement thérapeutique ».

Recommandation 8 : focaliser les SATT sur la maturation

Recommandation 9 : mettre en place une politique cohérente de recherche partenariale public-privé, en regroupant les différentes politiques aujourd’hui éparpillées

Le rapport reprend le travail de la mission IGF-IGAENR-CGEIET sur la recherche partenariale confiée en novembre 2012 et présentée en février 2013. Sur les 9 propositions, à noter la proposition n° 5 (Engager l’exercice de simplification des dispositifs en explicitant les priorités de l’État par rapport aux trois questions suivantes : sur quel(s) niveau(x) de maturité technologique souhaite t-on promouvoir les partenariats public privé ? A quel type d’acteur la recherche partenariale s’adresse-t-elle ? Dans quelle mesure souhaite-t-on privilégier certaines orientations thématiques ?) et la n° 6 (Confier la gestion opérationnelle de l’ensemble des dispositifs de soutien à la recherche partenariale à un opérateur unique).

Recommandation 10 : combler le manque de financement en fonds propres des entreprises innovantes (capital-risque et capital-développement technologique)

Il manque 2 milliards d’euros par an pour financer la croissance de ces entreprises innovantes. Le rapport propose qu’en échange de l’avantage fiscal accordé aux épargnants français, 2% de leur argent épargné chaque année (en flux et non en stock) soit investi dans les entreprises innovantes en France.

Recommandation 11 : lancer des initiatives sectorielles early stage

En fait, la construction de fonds ciblés.

Recommandation 12 : mettre en place les instruments d’une politique de protection (PI, normalisation) au service des entreprises innovantes

Le rapport préconise notamment des pistes pour simplifier le système des laboratoires publics mixtes, la création d’un médiateur de la PI et de rallonger la dotation de France Brevets pour constituer un fonds souverain en mesure de participer à la défense d’une PME dans le cadre d’un contentieux à l’international.

Recommandation 13 : harmoniser les différents labels et qualifications d’entreprises innovantes pour plus de lisibilité et les inscrire dans un parcours jalonné d’accompagnement vers la croissance, alignant de manière cohérente l’ensemble des outils de soutien disponibles

Recommandation 14 : inciter les grands groupes et les grands établissements publics à s’impliquer dans l’émergence et la croissance des entreprises innovantes.

Le rapport propose l’ajout aux obligations de publication de « Responsabilité Sociétale et Environnementale » (RSE) de toute entreprise de plus de 2 000 salariés, de critères ou d’indicateurs de comportement vis-à-vis des PME innovantes comme : la simplicité de l’accès pour les PME innovantes aux axes d’innovation du groupe ; le soutien à la création d’entreprises innovantes, que ce soit par l’essaimage ou la première commande ; l’investissement dans des fonds de capital-risque et/ou de capital-développement technologique ; l’intégration des PME dans les projets de R&D ; le soutien à l’export de PME de l’écosystème ; la publicité des délais de paiement envers les PME ; la répercussion aux sous-traitants des conditions obtenues dans les contrats étatique ; l’identification des « PME championnes » que le groupe souhaite soutenir, et la mise en place d’un plan dédié ; la nomination d’un médiateur interne au groupe, haut placé et non issu de la R&D, pour faciliter le passage de la relation R&D à la relation achat.

Recommandation 15 : reconnaître le rôle des écosystèmes d’innovation métropolitains comme points d’appui des stratégies régionales et de la stratégie nationale d’innovation

Recommandation 16 : organiser le système de transfert pour le rendre plus lisible et plus efficace

Recommandation 17 : se donner les moyens de concevoir, de piloter et d’évaluer une stratégie française de l’innovation, globale et cohérente

Recommandation 18 : mandater un opérateur unique pour la consolidation opérationnelle des politiques publiques de financement de l’innovation, la Banque publique d’investissement (partie innovation)

Recommandation 19 : faire de l’innovation un vrai sujet politique, en organisant un vaste débat public

Auteur : Aurélie Barbaux

Source : www.usinenouvelle.com

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