Pourquoi nos inventeurs s’en vont


L’inventeur gersois qui développe la voiture volante est contraint de s’expatrier en Californie pour mener à terme son projet. Les difficultés administratives et le manque de financement relancent le débat sur l’attractivité de la France pour les entrepreneurs.

La voiture volante s’envolera donc, mais en Californie, dans la Silicon Valley. L’épisode malheureux de cet inventeur gersois contraint de s’exiler aux États-Unis relance le débat sur l’attractivité de la France pour les jeunes chercheurs et créateurs d’entreprise. Au-delà de la contrainte fiscale qui a donné lieu à l’épisode Depardieu, les Français qui souhaitent entreprendre, le font de plus en plus à l’étranger. On se souvient du maire de Londres ou de David Cameron, le Premier ministre britannique, qui se sont dits prêts à «dérouler le tapis rouge aux chefs d’entreprises français» l’an dernier.

Et tous les domaines sont touchés. Ainsi en 2010, le professeur Luc Montagné, découvreur du Sida et prix Nobel de médecine, a annoncé qu’il allait créer un «Institut Montagner» au sein de la prestigieuse université Jiao Tong de Shanghai. Le chercheur français a témoigné qu’il avait trouvé en Chine «esprit d’ouverture, dynamisme et rapidité de décision». Âgé de 80 ans aujourd’hui, Luc Montagné ne pouvait de toute façon plus exercer dans un laboratoire public tricolore à cause des lois françaises sur… l’âge la retraite.

Paperasse et fatalisme

Scientifiques, créateurs d’entreprise, étudiants, artistes… toutes les catégories sont concernées par cette tentation de l’exil. C’est le sentiment d’un avenir bouché qui pousse ces énergies vives à tenter leur chance ailleurs qu’en France. Deux écueils sont souvent mentionnés pour expliquer cette désaffection : la paperasse typiquement française ainsi qu’une culture fataliste. La première décourage les initiatives des plus motivées en raison de la perte de temps et d’énergie. Gary Chorostecki, l’inventeur de la voiture volante, est parvenu à lever cinq millions de dollars aux États-Unis alors qu’en France un tel tour de table peut prendre plus d’un an. «En France, on passe son temps à courir après les investisseurs. C’est autant d’énergie qu’on ne consacre pas à travailler son marché ou trouver des débouchés» témoigne un business angel toulousain qui finance des créateurs d’entreprise.

Réussir en France reste possible

La seconde raison relève plus du ressort psychologique. Les Français sont considérés comme un des peuples les plus moroses, qui cultive une culture fataliste. Difficile dans cet environnement de susciter l’entrepreneuriat et l’envie de créer. Plus concrètement, c’est bien la difficulté à faire accoucher un projet qui pousse les créateurs à s’envoler pour l’étranger.

Pourtant, bien des contre-exemples existent et prouvent que la réussite est possible en France. Comme Bertin Nahum, ce jeune patron montpelliérain qui a créé Medtech, une TPE spécialisée dans les robots médicaux. En octobre dernier, il a été classé quatrième entrepreneur le plus révolutionnaire au monde par un magazine scientifique américain. Un classement qui a apporté une bouffée d’oxygène à ce patron qui confiait néanmoins : «Nous avons eu beaucoup de mal à être reconnus en France et à être pris au sérieux. Bien souvent, il faut passer par l’étranger pour convaincre la France».

Des mesures pour booster l’entrepreneuriat

A l’occasion de la clôture des Assises de l’entrepreneuriat le 29 avril dernier, le président de la République a présenté une série de mesures en faveur de l’esprit d’entreprise. Parmi elles, la création de maisons de l’international qui proposeront «aux entreprises les services d’un incubateur pendant une durée pouvant atteindre une année» a précisé François Hollande. Les incubateurs sont des structures qui hébergent des jeunes créateurs d’entreprise et qui les aident à bâtir un plan de financement, réaliser une étude de marché, lancer la prospection commerciale, lever des fonds… C’est l’étape qui permettra ensuite à la jeune start-up de voler de ses propres ailes.

Les États-Unis et l’Asie en premier

Cette première expérience sera lancée en premier lieu aux États-Unis et en Asie, a précisé l’Élysée. Parmi les autres mesures qui vont dans le sens d’un encouragement à entreprendre, le principe d’une seconde chance a été validé. Les entrepreneurs qui ont déposé une seule fois le bilan ne seront plus fichés à la Banque de France. L’indicateur 040, qui répertoriait ces dépôts de bilan sera ainsi supprimé. Par ailleurs, afin de mettre à disposition des PME plus de financement, la fiscalité sera adapté afin d’inciter la manne de l’assurance-vie à s’investir dans les entreprises plutôt que sur les marchés. Un compartiment du plan épargne action (PEA) sera ainsi dédié aux entreprises de taille intermédiaire (ETI) et aux PME. Enfin, un «visa entrepreneur» va être créé pour les étrangers présentant un projet de création d’entreprise innovante sous condition d’un investissement minimal.

Auteur : Gil Bousquet

Source : www.ladepeche.fr


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