Elle transforme les sacs plastiques en essence


En Inde, plus de 6 millions de tonnes de déchets plastiques sont « éliminés » par simple enfouissement chaque année. Voilà des chiffres qui empêchaient Medha Tadpatrikar de dormir et qui l’ont décidée à chercher un moyen de donner une utilité aux déchets plastiques. Elle a commencé à mener des expériences dans sa propre cuisine, aidée de Shirish Phadtare, en essayant de produire un carburant en faisant « cuire » du plastique dans une autocuiseur. « Le plastique étant fait à partir du pétrole, nous voulions inverser le processus et obtenir du pétrole », explique le Dr Tadpatrikar. Au prix d’innombrables essais et erreurs, et avec l’appui des ingénieurs que dirige Anil Deshpande, ce tandem de chercheurs a mis au point un procédé qui produit effectivement du carburant et n’émet pas de gaz toxiques.

L’opération est intéressante à plusieurs titres. D’abord c’est autant de volume de déchets plastiques en moins dans les sites d’enfouissement. Ensuite, le carburant ainsi produit est respectueux de l’environnement, du moins plus que celui que les villageois du coin utilisent. Et il coûte moins cher que les autres carburants disponibles sur place. Il est utilisable dans les cuisinières, les groupes électrogènes et les tracteurs. Enfin, il ne contient pas de soufre.

Les essais de Mme Tadpatrikar et M. Phadtare ont commencé en 2009. Ils ont fait appel à de nombreuses casseroles, faitouts, manomètres et cuisinières dont beaucoup ont explosé pendant les tests. Fin 2009, ils ont cofondé Rudra Environmental Solution dans la région de Pune, en Inde. La première machine fonctionnelle était apte à transformer 50 kg de plastique en carburant mais elle produisait également un redoutable cocktail de méthane, de butane et de propane. « Le but n’était pas de créer un produit écologique qui aurait contribué à polluer », explique Mme Tadpatrikar, qui a étudié et travaillé à Londres et a obtenu un doctorat en marketing.

MTadpatrikar

Les deux associés ont donc mis de côté cette machine, hypothéqué leurs biens professionnels pour réunir 75 000 $, entièrement injectés dans de la nouvelle R&D. Leur objectif était clair : concevoir une machine qui réutiliserait dans son fonctionnement ses propres gaz d’échappement. « Nos deux nouvelles machines, lancées en 2013 et en 2015, utilisent tous les sous-produits, y compris les gaz », explique le Dr Tadpatrikar, notant que même les goudrons résiduels peuvent être intégrés dans du bitume pour la construction routière. Ces nouvelles machines produisent de 45 à 65 litres de carburant à partir de 100 kg de déchets plastiques grâce à une réaction dénommée « gasolyse ».

Le carburant généré par les deux machines est vendu aux habitants de 122 villages entourant Pune à un tarif subventionné. L’un d’eux témoigne : « ma vie est beaucoup plus facile maintenant, avant je passais des heures à couper des arbres pour le bois de chauffage et quand le bois manquait, je brûlais des sacs plastiques pour faire cuire mon repas. Maintenant, je donne mes déchets plastiques à Rudra, et je peux acheter un carburant propre et pas cher »

En parallèle, Rudra a mis en place un vaste dispositif de collecte des déchets plastiques auprès de 10 000 foyers grâce à deux petits véhicules achetés spécialement pour cette opération. « Je suis prête à sillonner toute la ville pour récupérer tout ce qui aurait sinon fini en enfouissement », dit Tadpatrikar, « des stylos-bille vides, des emballages alimentaires, des jouets cassés. Nous demandons seulement aux gens de laver les briques de lait ou les emballages alimentaires, tout le reste est utilisé tel quel ». Grâce aux fonds collectés par Mantraa, une entreprise de marketing, Rudra a embauché sept personnes pour la collecte des plastiques et pour le pilotage des machines. Et il y a désormais une équipe de 50 bénévoles chargés de participer à la collecte et de participer aux séances de sensibilisation.

Rudra a donc de grandes ambitions et ne ménage donc pas ses efforts. Mais la tâche est colossale. « Depuis que nous avons commencé à collecter et à convertir du plastique en carburant, nous avons évité l’enfouissement d’environ 150 tonnes de plastiques », dit le Dr Tadpatrikar, « mais la région de Pune en envoie environ 100 tonnes dans les décharges, les lacs et les rivières chaque jour. » Ainsi, ce que Rudra a évité depuis début 2014 équivaut à un jour et demi de pollution.

Le Dr Tadpatrikar reste donc mobilisée plus que jamais. D’abord étendre la collecte. « Fin 2017, nous espérons toucher 25 000 ménages », dit-elle. Elle prévoit également de mettre en place des machines supplémentaires. «Nous venons d’en fabriquer cinq», dit-elle. L’argent que Rudra tire de la vente de machines et de la vente de carburant est réinvesti immédiatement par l’entreprise, entre autres dans la recherche. Car le tandem Tadpatrikar-Phadtare s’intéresse à d’autres pistes dont une machine fabriquant des feuilles de plastique tout neuf que les villageois utiliseront pour créer des produits artisanaux et gagner de quoi s’alimenter mieux.

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