Article de presse

Les Sept d’or des ingénieurs


Tout un labo sur une puce, une lentille liquide, des miroirs zéro défaut : voici quelques-unes des sept réalisations couronnées par le prix des ingénieurs de l’année.

Rencontre avec Daniel Ameline, délégué général du Conseil national des ingénieurs et scientifiques français.

Pourquoi avoir organisé un prix pour couronner une réalisation technique ? Un brevet ou un contrat commercial ne suffisent-ils pas ?

Daniel Ameline : Non. Même si un brevet enrichit matériellement l’inventeur, il n’apporte aucune reconnaissance sociale. Parfois, alors qu’une invention est utilisée quotidiennement, l’homme qui en est à l’origine est resté totalement anonyme. Sans compter que certaines œuvres recèlent des trésors d’inventivité et d’ingéniosité qu’il faut porter à la connaissance du public « une fois qu’elles sont protégées par des brevets, cela va de soi. Aujourd’hui, l’auteur d’une théorie scientifique est très justement reconnu, celui d’une innovation technique l’est beaucoup moins. Cette non-reconnaissance dévalorise le métier d’ingénieur aux yeux du grand public » qui souvent n’entend parler de technique que lorsque surviennent catastrophes, pollutions et autres scandales industriels.

Qui est considéré comme ingénieur aujourd’hui en France ?

D.A. : Au sens strict, ceux qui sont diplômés des écoles d’ingénieurs, dont un petit nombre seulement est affilié à des universités. C’est la particularité française qui nous distingue des autres pays européens, où les ingénieurs peuvent effectuer leurs études entièrement à l’université. La formation française est reconnue pour privilégier l’innovation, peut-être au détriment d’un certain sens pragmatique. Mais le métier d’ingénieur est aujourd’hui exercé par bien plus de personnes, parce qu’il comporte de multiples facettes. Pour commencer, on peut enseigner, au sein de structures très variées : certains de nos collègues sont intégrés à des équipes de recherche du CNRS, d’autres ont été autodidactes, ont eu une idée féconde puis ont créé leur société  » à deux ou trois  » pour diffuser le produit. Beaucoup travaillent dans des PME, et la moitié dans les très grands groupes industriels.

Certaines réalisations marquent un début de carrière, d’autres ne seront jamais produites en série, mais feront office de chaînon manquant dans un grand instrument scientifique. Il y a des innovations qui voient le jour dans des laboratoires publics et qui n’ont pas encore fait l’objet d’un développement industriel.

C’est au vu de cette diversité que le Conseil national des ingénieurs et des scientifiques de France, avec les revues L’usine nouvelle et Industries et technologies, a mis en place le prix des ingénieurs de l’année, dont la première édition, le 15 décembre dernier, a rassemblé un millier de personnes au pavillon d’Armenonville.

Sur quels critères avez-vous sélectionné les lauréats ?

D.A. : Ce fut assez difficile. Il a fallu instituer plusieurs catégories. D’abord, grâce à nos membres, toutes les associations d’ingénieurs, et à nos partenaires, Industries et technologies et L’usine nouvelle, nous avons pu toucher 160 000 ingénieurs diplômés en activité. En quatre mois, nous avons reçu 270 dossiers de candidature dont 150 au moins étaient extrêmement intéressants. Les sept lauréats représentent chacun un aspect important de notre activité professionnelle : les relations avec le monde scientifique  » ou de l’entreprise  » , mais aussi le développement d’un projet d’envergure dont la réalisation requiert des procédés pas encore validés, ou encore le souci d’une invention qui privilégie le développement durable. Ainsi se trouvent couronnés une lentille liquide, les miroirs de l’interféromètre Virgo ou encore un laboratoire entier contenu sur une puce. Chaque catégorie reflète bien, notamment auprès des jeunes et du grand public, la diversité de l’activité d’ingénieur.

Un des attraits de ce métier, qui se porte plutôt bien !

D.A. : Oui. À l’heure où il y a une désaffection pour les études scientifiques, la France n’a jamais formé autant d’ingénieurs : 26 000 par an. Pour une demande toujours en hausse. Et pourtant, collégiens et lycéens ont une idée très vague de la profession.

Propos recueillis par Azar Khalatbari

Site Web : www.cnisf.org

Les lauréats du CNRS

Parmi les sept lauréats, dont la liste se trouve sur le site Internet du CNISF, deux laboratoires du CNRS sont distingués :

>>> Jean-Marie Mackowski (du CNAM et directeur du Laboratoire des matériaux avancés du CNRS à Lyon), pour la réalisation des miroirs du détecteur d’ondes gravitationnelles Virgo

>>> Jérôme Peseux (de l’ENS Cachan et du Laboratoire de spectrométrie physique de Grenoble) et Bruno Berge (de l’Insa de Lyon), pour l’invention d’un cristallin artificiel à partir d’une goutte d’eau et d’une goutte d’huile. Cette réalisation les a conduits à créer une entreprise, Varioptic, pour fabriquer et diffuser le produit.

CONTACT

Daniel Ameline, dameline@cnisf.org

Conseil national des ingénieurs et scientifiques français

Source : www2.cnrs.fr

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