Transports : la recherche tourne à plein régime


Le Programme national de recherche sur les transports qui s’achève a fortement mobilisé les laboratoires et les industriels. On attend son successeur.

Nous constatons un recul des propositions de recherche cette année », note Bernard Duhem. Le désintérêt des laboratoires est rarement un bon signe pour un programme de recherche. Pour le secrétaire permanent du Programme national de recherche et d’innovation dans les transports terrestres (Predit), c’est le contraire. « Les laboratoires arrivent à l’épuisement de leurs capacités de travail. Depuis 2002 et ces cinq années du Predit, beaucoup de projets ont été lancés. Il faut faire le boulot maintenant », poursuit-il.

Réunis lors d’un colloque de « restitution » en Charente-Maritime la semaine dernière, les participants au Predit ont demandé son prolongement. Le programme termine cette année sa troisième édition (2002-2007), la première datait de 1990. Ce programme financé par les ministères concernés par l’automobile, les transports publics et le fret est devenu le carrefour incontournable des laboratoires et des industriels du secteur. A la fin de l’année, il aura généré plus de 600 projets et attiré 340 millions d’euros de subventions publiques.

D’après ses gestionnaires, l’effet de levier est excellent puisque les industriels et les laboratoires ont investi en propre trois fois ce montant. Un succès qui expliquerait le mauvais score de participation au volet transport du 6e programme-cadre européen. « Les Français trouvent leur compte dans le programme national », interprète Bernard Duhem. Chez PSA, un responsable de projet Predit confirme que le constructeur est satisfait de cette formule. Mais d’autres acteurs sont moins convaincus. Des industriels ou des chercheurs publics regrettent la lourdeur administrative des labellisations ou le manque de coordination.

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Le Predit devrait insister à l’avenir sur la motorisation hybride, que ce soit dans l’automobile ou le ferroviaire.

Effet de serre et fret

Le Predit a traversé, il est vrai, une troisième phase houleuse. Lors de son élaboration, la guerre contre les accidents de la route du président Chirac propulse la sécurité routière en tête des trois priorités de recherche. Les deux autres résultent des problématiques environnementales : l’effet de serre et le fret. A peine lancé, en 2003, le Premier ministre, Jean-Pierre Raffarin, confie au programme l’administration d’un gros plan « voiture propre et économe » de 50 millions d’euros. La manne est bienvenue mais elle déséquilibre la programmation, devenue très environnementale. Deux ans plus tard, le gouvernement bouleverse le paysage de la recherche en créant des nouvelles structures comme l’Agence nationale de recherche, l’Agence de l’innovation industrielle et surtout les pôles de compétitivité. L’ANR et l’Ademe reprennent alors une partie de la programmation du Predit dont la « paperasse » s’alourdit alors sensiblement. Le ministère de l’Industrie reprend les projets à « court terme » du programme. Les pôles, eux, provoquent une effervescence de projets qui échappent en partie au contrôle du Predit. Plusieurs pôles sont créés autour de l’automobile et des transports comme les véhicules hybrides en Charente, la voiture haut de gamme à Rennes, la mobilité en Normandie ou le véhicule du futur en Alsace. D’autres régions travaillent sur des thématiques transversales comme les équipements dans les transports dans le Nord. Clients ou gestionnaires du Predit reconnaissent aujourd’hui que la vertu coordinatrice du programme s’est étiolée. A l’heure où tous demandent un 4e Predit, la question de sa gouvernance est donc posée.

Avec les sciences humaines

Le principe d’un Predit 4 ne fait toutefois pas débat. D’abord parce que l’amélioration technologique des véhicules est inépuisable. Le Predit devrait insister à l’avenir sur la motorisation hybride, que ce soit dans l’automobile ou le ferroviaire. Les financeurs pourraient aussi profiter d’une nouvelle phase pour rattraper la déception principale du Predit 3 : le fret, qui était pourtant une priorité. Ce thème n’a pas eu le succès escompté aux appels d’offres. « Le secteur du transport routier des marchandises est très fragmenté avec de multiples petites entreprises qui n’ont pas la culture de l’innovation », regrette Ludovic Valadier de l’ANR. Quant au transport ferroviaire du fret, le principal opérateur reste la SNCF qui balance entre les difficultés chroniques de cette activité et la pression environnementale pour la développer. Luc Valadier estime pourtant que des recherches sur l’organisation du fret, l’optimisation du remplissage des camions, le suivi des marchandises, les choix modaux rendraient facilement ce secteur plus efficace.

La recherche dans les transports va également solliciter davantage les sciences humaines. Pour Alain Morchoine de l’Ademe, les technologies n’apporteront pas toutes les solutions, il faut aussi envisager la baisse du nombre de voitures. Au ministère des Transports, un responsable du Predit estime que l’urbanisme doit être davantage impliqué dans ces réflexions sur le transport. Pour Jean-Pierre Giblin, président du groupe impacts du programme, les chercheurs doivent investir bien plus l’étude des pratiques de mobilité : « Quelques spécialistes ont remarqué que les pratiques commencent à changer avec des solutions émergentes comme le vélo ou les voitures partagées. Les chercheurs observent trop les moyennes des déplacements, pas assez les dérivés. » Un 4e Predit pourrait aussi profiter d’un coup de turbo grâce au Grenelle Environnement. Jean-Louis Léonard, le président du Predit, espère des financements très supérieurs. Réponse en fin d’année.

Auteur : MATTHIEU QUIRET

Source : www.lesechos.fr

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