Le développement durable va révolutionner l’architecture


Comment favoriser une architecture « verte » ? A l’occasion du Grenelle de l’environnement, le ministre de l’écologie, du développement et de l’aménagement durables, Jean-Louis Borloo, consulte l’architecte Françoise-Hélène Jourda. A 52 ans, cette figure de l’architecture française est une des rares spécialistes de la construction écologique dans l’Hexagone. Elle vient de livrer à Bordeaux un musée botanique équipé de serres photovoltaïques et va mettre en chantier en décembre, à Saint-Denis, un immeuble de bureaux qui devrait devenir le premier bâtiment de France à énergie passive.

Une « architecture durable », ça veut dire quoi ?

Pas grand-chose. Je préfère parler d’architecture responsable. Cela implique de répondre aux besoins du présent sans mettre à mal la possibilité des générations futures de répondre à leurs propres besoins. Pour cela, il faut préserver les moyens laissés à leur disposition. On a été irresponsables pendant très longtemps.

Qu’est-ce que ça implique en matière de construction ?

Une bonne gestion de cinq ressources : le sol, les matériaux, l’eau, l’air et l’énergie. Il faut utiliser le moins de terrain possible, densifier et rentabiliser les infrastructures existantes. Privilégier les matériaux renouvelables, récupérables, recyclables. Minimiser le besoin en eau, utiliser la pluie. Ne pas polluer l’air extérieur par des rejets comme ceux des climatiseurs. Enfin vient la question de l’énergie, la plus complexe.

Pourquoi ?

Il faut limiter l’énergie consommée par le bâtiment et par sa maintenance, par l’isolation et en produisant des énergies gratuites et renouvelables, solaires avant tout. Mais il faut aussi prendre en compte ce qu’on appelle l’énergie « grise », consommée par les matériaux eux-mêmes depuis leur production jusqu’à leur traitement en fin de vie. Le bois a une énergie grise très faible ; l’aluminium est très mauvais. Le béton est entre les deux, mais il n’est pas recyclable, gros handicap.

Est-ce que la construction responsable change le visage de l’architecture ?

Le développement durable va bouleverser l’écriture architecturale autant que la révolution industrielle. Nous ne pourrons plus nous référer à la même esthétique. Les bâtiments devront être plus compacts, mais c’est à nous de faire en sorte que cette compacité devienne belle. Il faudra créer beaucoup d’espaces tampons. Ils seront aussi moins largement vitrés. Bref, exactement l’inverse des bureaux qu’on voit pousser dans les nouveaux quartiers de Paris ! Beaucoup d’architectes vont devoir arrêter de se regarder le nombril et de produire des gesticulations de formes.

On ne peut pas dire que les grandes stars de l’architecture donnent l’exemple…

Non ! Le développement durable est une source d’innovation et de plaisir, mais beaucoup d’architectes pensent que ça va les brimer. Pourtant ils ont assez de talent pour en faire un atout. Des bâtiments comme la Philharmonie de Paris de Jean Nouvel, tout en aluminium, sont une horreur du point de vue du développement durable.

Que pensez-vous du label « haute qualité environnementale » (HQE), dont se réclament de plus en plus de projets ?

La HQE, c’était bien au début, ça a sensibilisé les gens. Mais ce label a des effets pervers. On ne peut absolument pas dire que ces bâtiments sont de « haute qualité environnementale ». Il suffit d’atteindre quatre cibles sur une liste de quatorze, il n’y a pratiquement pas de contrôle. On voit des bâtiments HQE sans protection solaire et avec la climatisation ! Il y a en France beaucoup trop de labels et pas assez exigeants.

Quelles pistes avez-vous suggérées au ministre de l’écologie ?

Il y a beaucoup d’obstacles à lever. La France a quinze ans de retard sur l’Europe en matière de réglementation et d’homologation de techniques et de matériaux. Par exemple, il est très difficile de réutiliser les eaux de pluie ; on décourage les murs très isolants en comptabilisant leur épaisseur dans la surface de référence de la charge foncière ; il n’y a pas de banque de données sur l’énergie grise des matériaux…

Construire « responsable », ça coûte plus cher ?

Il faut compter entre 10 % et 15 % de surcoût pour faire quelque chose de correct. Cette différence est amortie grâce aux économies d’énergie, mais dans un temps difficile à évaluer : il dépend de l’évolution du prix de l’énergie. Cela peut aller de cinq à quinze ans.

Comment avez-vous mis en œuvre ces préceptes pour l’immeuble de Saint-Denis ?

C’est un bâtiment compact et démontable en acier et en béton. La façade, légère malgré ses 47 cm d’épaisseur, est en matériaux recyclables. Tout est conçu pour pouvoir transformer facilement les bureaux en logements. On récupère les eaux de pluie pour le jardin, il y a une ventilation naturelle et un rafraîchissement par la masse thermique au lieu de la climatisation… L’isolation permet de consommer très peu d’énergie, qui est plus que compensée par les cellules photovoltaïques en toiture et en façade. En revendant le surplus, l’immeuble devrait même gagner de l’argent.

Auteur : Grégoire Allix

Source : www.lemonde.fr

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