Article de presse

Palo Alto valorise sa recherche scientifique


Le Palo Alto Research Center (PARC) a finalement trouvé sa voie en s’ouvrant au milieu des start-up de la Silicon Valley.

Le 18 septembre dernier, à San Francisco, une start-up a attiré particulièrement l’attention. Vedette de la conférence TechCrunch, qui présentait pendant deux jours les firmes technologiques les plus innovantes de la Silicon Valley, Powerset est considéré comme l’un des « futurs Google » potentiels. Sa technologie de recherche en ligne construite sur l’analyse sémantique est considérée comme l’une des plus prometteuses si l’on veut un jour espérer obtenir des réponses satisfaisantes à des requêtes en ligne sophistiquées. Mais l’originalité de cette start-up ne vient pas seulement du fait qu’elle travaille sur une technologie réellement en rupture. Sa vraie spécificité est qu’elle n’a pas elle-même développé sa technologie. Elle l’a acquise sous licence auprès du Xerox Palo Alto Research Center (PARC), l’un des plus fameux laboratoires scientifiques de la Silicon Valley.

« Le PARC a plus de trente ans d’expérience dans ce domaine », explique Lawrence Lee, directeur du Business Development au laboratoire Intelligent Systems du PARC, à Palo Alto. Après s’être intéressées successivement au sens des mots dans les années 1980, puis à la syntaxe la décennie suivante, les équipes du centre travaillent désormais sur la sémantique, c’est-à-dire le sens réel qu’ont les mots, les phrases ou les textes entiers. « Grâce à cela, lorsque l’on interrogera bientôt le Web avec notre moteur et que l’on posera la question : quand a été inventée l’aviation ?, le système comprendra que, lorsqu’il trouvera les mots «inventé» et «1903» dans la même phrase, celle-ci correspond à la question posée », explique Lawrence Lee. Pour arriver à ce résultat, les scientifiques ont mis au point un système d’indexation du Web qui permet d’associer à chaque phrase d’une page donnée un sens précis qui peut ensuite être recherché par le moteur. Et la technologie permet ensuite de hiérarchiser les résultats obtenus en commençant par présenter les pages ayant le plus de sens.

En trois décennies, le PARC peut se targuer d’avoir contribué de façon unique à l’expansion des technologies de l’information : l’interface graphique, l’impression à jet d’encre, la souris, le protocole Ethernet… tous ces concepts ont été imaginés par ce laboratoire inauguré par la firme Xerox le 1 er juillet 1970. Le problème est qu’aucune de ces grandes inventions n’a été commercialisée par le laboratoire ou son propriétaire. Soit parce que d’autres sociétés, comme Apple, sont parvenues à adapter pour elles-mêmes ces concepts découverts lors de visites impromptues, soit parce que ses chercheurs ont préféré faire fructifier leurs découvertes en le quittant pour créer d’autres sociétés ou rejoindre des concurrents. En 2002, au plus fort de la crise des high-tech, consécutive à l’éclatement de la bulle spéculative sur les valeurs Internet, Xerox cherchait, publiquement, à vendre son laboratoire. Considéré désormais, depuis le siège new-yorkais du groupe, comme un inutile et lointain centre de coûts.

Succès commerciaux

Dans l’impossibilité de trouver un acquéreur satisfaisant, la firme renonçait finalement à son projet initial mais pas à celui de ne plus le financer à fonds perdus. Le PARC a donc été filialisé à 100 %, avec une mission impérative : devenir rentable. Aujourd’hui, il compte 170 scientifiques de haut niveau et réalise encore la moitié de son chiffre d’affaires (environ 60 millions de dollars par an) avec Xerox. Mais il a réussi à « louer » une partie de ses scientifiques à plusieurs grandes entreprises de haute technologie, comme Fujitsu, pour des projets de recherche ciblés. Avec la firme japonaise, il s’agit par exemple d’améliorer la sécurisation des transactions informatiques. Cette activité contribue largement à équilibrer les comptes. Mais la véritable ambition est de parvenir à transformer enfin ses avancées technologiques en succès commerciaux. « C’est pourquoi, après une étude très approfondie, nous avons choisi la société Powerset : elle est en train d’adapter notre technologie pour la rendre commercialisable dans un moteur de recherche destiné au grand public, lancé prochainement », assure Lawrence Lee.

Le laboratoire admet ainsi qu’en échange d’une licence exclusive pour l’utilisation de la technologie, il a obtenu une partie du capital de la société. En cas de succès, le PARC touchera donc des royalties et sera actionnaire d’une start-up très bien valorisée. C’est d’ailleurs bien parti puisque celle-ci vient aussi de bénéficier d’un tour de financement de 12 millions de dollars de la part de plusieurs firmes de capital-risque locales. De quoi préparer déjà l’avenir. Lawrence Lee indique que d’ici un ou deux ans, le recours au langage naturel pour cette technologie ouvrira des perspectives inédites aux internautes. Ainsi, lorsque l’on demandera au moteur, à nouveau, « en quelle année l’aviation a-t-elle été inventée ? », celui-ci répondra : « Elle a été inventée en 1903 », en fournissant des éléments de précision supplémentaires, par exemple par qui, où, comment, etc. « Nous obtiendrons ce résultat non par le recours à l’intelligence artificielle, mais parce que notre maîtrise de la sémantique aura suffisamment progressé pour pouvoir donner ainsi à l’utilisateur la sensation qu’il échange bel et bien avec l’ordinateur », promet Lawrence Lee.

Tout le monde n’est pas aussi optimiste. Mais pour le Palo Alto Research Center, l’essentiel est d’abord de prouver que ses technologies peuvent être commercialisées avec succès par l’industrie privée. Et de fait, dans d’autres domaines comme les nanotechnologies ou le développement durable, le laboratoire vise d’autres accords du même type que celui conclu avec Powerset. C’est donc toute une stratégie conçue autour du concept de l’« open innovation ». S’il réussit, il pourrait donner des idées à d’autres structures de recherche appartenant elles aussi à de grands groupes industriels.

Auteur : MICHEL KTITAREFF

Source : www.lesechos.fr

C'est à vous !

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.