La copie, une chance pour la mode ?


Elle se voit de plus en plus dans la rue. Plus seulement dans les cités, mais aussi dans certains coins bobos des grandes villes. C’est une casquette au monogramme de la marque de luxe Louis Vuitton. Et pourtant, LVMH, son propriétaire, est catégorique : jamais Vuitton n’a conçu une telle casquette. C’est une « vraie-fausse » copie, une pure création de la contrefaçon. Cette pratique « criminelle » représente 5 % à 10 % du commerce mondial, et, selon l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), ce marché s’élève à plus de 150 milliards d’euros.

Et si ce genre de pastiche était bénéfique pour l’industrie du luxe ? Si la copie stimulait le secteur de la mode ? Telle est la thèse de deux universitaires californiens, Kal Raustiala et Christopher Sprigman. Leur étude – « Le paradoxe de la piraterie : l’innovation et la propriété intellectuelle dans la mode » – a été récemment publiée dans une revue juridique, Virginia Law Review.

Sur 91 pages, schémas et photos à l’appui, les deux universitaires tentent de prouver que l’industrie de la mode repose avant tout sur la créativité, la propriété intellectuelle, mais aussi sur la copie entre les marques grand public et de luxe. Pour eux, la copie pousse les stylistes à innover encore plus et dynamise l’industrie de la mode : « Non seulement le manque de protection des droits d’auteur n’a pas détruit l’innovation dans l’habillement, mais, en réalité, il l’a peut-être favorisée. (…) S‘arrêter de copier pourrait tuer la mode. »

Dans sa chronique du 23 décembre sur Europe 1, l’économiste Jacques Attali soutient l’étude, assurant qu’il faut cesser de s’attaquer à la copie, car c’est « une invitation à créer, à aller plus loin, vrai moteur de l’humanité ». Cette suggestion a du mal à passer du côté des professionnels de la mode. « La copie, c’est de la contrefaçon. Point barre ! » riposte Christine Laï, directrice générale de l’Union des fabricants, qui organise l’édition française de la Journée mondiale anti-contrefaçon. Pour Mme Laï, les marques ne se copient pas entre elles, « elles s’inspirent. C’est une consécration pour un créatif de voir ses modèles influencer d’autres enseignes ».

C’est aussi l’avis de François-Marie Grau, secrétaire générale de la Fédération française du prêt-à-porter féminin. « Si une marque estime qu’elle est copiée, elle ira au tribunal », assure-t-il.

« La création, c’est un investissement qui représente entre 10 % à 15 % du chiffre d’affaires de l’entreprise, affirme Philippe Pasquet, président du Salon international de tissu Première vision. S’il y a zéro risque à copier la création, on va tarir la capacité d’un styliste à innover. » Quant à « Mademoiselle » Chanel, en son temps, elle expliquait : « Le jour où je ne serai plus copiée, je devrai me faire des soucis. »

Auteur : Mustapha Kessous

Source : www.lemonde.fr

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