Article de presse

Etats-Unis : les chercheurs entrent en campagne


Les chercheurs américains craignent les retombées de la crise économique et comptent sur la Maison-Blanche pour relancer la recherche et l’innovation.

Notre pays possède une capacité inégalée pour transformer les idées issues de la science et de la technologie en business. Cette pratique a été le moteur de la croissance et de la création d’emploi. Elle a fait de notre économie une des plus compétitives du monde. » Celui qui tient ce discours triomphant est évidemment américain. C’est le créateur de l’entreprise la plus emblématique du pays et la première fortune du monde : Bill Gates. Ce modèle de la start-up « née dans un garage » qui devient une richissime multinationale en moins de vingt ans est-il toujours aussi solide ?

La crise financière et la récession qui s’annoncent ne vont-elles pas entraîner un tour de vis aux dépenses de recherche-développement publiques et privées ? Les universités américaines vont-elles conserver leur attractivité auprès des étudiants et post-doctorants venus du monde entier ? Autant de questions qui taraudent les universitaires américains. Mais plutôt que d’adopter une posture de victimes, ils ont préféré adresser une série de questions très précises aux deux candidats. En faisant appel à un argument qui fait toujours mouche outre-Atlantique : « La science et la technologie sont des composantes essentielles à l’économie du pays et au bien-être de ses habitants. »

Les plus remontés ont même réclamé (en vain) un débat public entre Obama et McCain centré sur la stratégie du pays en matière de recherche et d’innovation. « La science est une activité qui traverse les partis politiques. Les électeurs méritent des réponses aux questions qui se posent », indiquaient récemment deux locomotives de la recherche américaine : le prix Nobel David Baltimore, ancien président du célèbre California Institute of Technology (Caltech) et Alan Leshner, qui dirige l’AAAS, la puissante association de chercheurs éditeur de la revue « Science ».

Budget en baisse

Les données prévisionnelles sur le budget de la recherche 2009 (établies avant la crise financière) montrent qu’il y a effectivement de bonnes raisons de s’inquiéter. Le budget américain de recherche publique (plus de 147 milliards de dollars) comprend en fait une importante dotation destinée à la R&D militaire (plus de 86 milliards de dollars, soit 58,5 % du total). Ce pactole devrait augmenter de 3,6 % en 2009 (en monnaie courante), mais il profite plus aux industriels (sous forme de crédits de développement) qu’aux universités (sous forme de recherche fondamentale). En revanche, les budgets destinés à la recherche civile qui transitent par les grandes agences comme la Nasa ou les National Institutes of Health ne représentent que 41,5 % du total et sont presque tous en baisse (voir tableau ci-dessus). Ces enveloppes pourraient bien connaître des révisions drastiques, même si les deux candidats se sont engagés à ne pas sacrifier la recherche sur l’autel de l’économie.

Obama a promis de doubler les budgets de la recherche fondamentale (« basic research ») au cours des dix prochaines années. Sont visées par ce plan de sauvetage démocrate, des disciplines jugées stratégiques pour le prestige ou l’économie du pays : physique, mathématiques, sciences du vivant et ingénierie. McCain veut lui aussi mettre de l’argent frais et des avantages fiscaux supplémentaires dans la machine. Les deux candidats sont d’accord sur un point : la science doit nourrir la machine à innover existant dans les entreprises. Cette approche utilitaire typiquement anglosaxonne se traduit par deux slogans simples et percutants. Pour Obama : « Le progrès scientifique et technologique doit être complété par des encouragements à transformer rapidement ces avancées en business». McCain estime tout aussi prosaïquement que l’engagement fédéral dans la recherche doit « apporter des innovations sur le marché de façon que le citoyen américain en tire profit ». On ne dit pas encore que le plombier Joe doit bénéficier des travaux sur le boson de Higgs, mais on n’en est pas loin.

« Good value for money »

Les chercheurs américains savent flatter ce pragmatisme de la société américaine. En science comme ailleurs, le contribuable américain applique la doctrine du « good value for money », c’est-à-dire : « on en veut pour notre argent ». Dans leur appel aux deux candidats, ils rappellent en préambule que la recherche est un moteur déterminant de la compétitivité du pays. En ces temps de crise, ils jouent donc sur du velours en posant une question simple : « Que comptez vous faire pour maintenir le leadership des États-Unis dans le domaine de l’innovation technologique ? » Ils ont retenu une liste de 14 thèmes où cette avance doit être préservée. Parmi ces grands sujets figurent des grands classiques : les énergies nouvelles, le changement climatique, la génétique, le risque pandémique, les cellules souches, la santé. De façon plus surprenante, ils estiment également qu’il doivent participer à la sécurité nationale, s’intéresser au bioterrorisme et regarder de près l’intégrité scientifique.

Deux évolutions sociétales les inquiètent particulièrement : le désintérêt des jeunes générations pour les carrières scientifiques et la dépendance croissante du pays vis-à-vis des chercheurs et des ingénieurs étrangers. En 2006, les universités américaines ont décerné près de 30.000 doctorats en science et en ingénierie (soit 6,7 % de plus qu’en 2005). Mais les titres accordés à des citoyens non américains (résidents permanents ou temporaires) représentaient 45 % de ce total. Les doctorants étrangers sont même majoritaires dans des disciplines dont l’impact sur l’économie réelle est important : informatique (64 %), mathématiques (57 %), physique (58 %), ingénierie (67 %). Dans un récent éditorial, David Baltimore et Alan Leshner ont également montré du doigt les déclarations de la colistière de McCain, Sarah Palin, dont les sorties ne sont vraiment pas du goût de la majorité des chercheurs américains. « Elle brouille les lignes entre la science et l’idéologie. La théorie de l’évolution est basée sur des faits scientifiques alors que le créationnisme est une croyance religieuse. »

Auteur : ALAIN PEREZ

Source : www.lesechos.fr

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