Bernard Pécoul, à la recherche de traitements contre les maladies négligées


Inventeurs, penseurs, chercheurs, ils explorent de nouvelles pistes, qui convergent vers un but commun : vivre mieux demain sans hypothéquer les chances des futures générations d’en faire autant.

Dans sa moustache en croc et ses cheveux drus, le sel l’emporte largement sur le poivre. Le docteur Bernard Pécoul, directeur exécutif de la Drugs for Neglected Diseases initiative (Initiative médicaments pour les maladies négligées, DNDi), n’a pourtant que 52 ans. Cet ancien directeur de la campagne pour l’accès aux médicaments essentiels de Médecins sans frontières (MSF) joue aujourd’hui un rôle clé dans la promotion de la recherche en faveur de pathologies souvent négligées par les entreprises pharmaceutiques, comme le paludisme ou la maladie du sommeil.

Au cours des années 1980, ses missions avec MSF l’ont mené notamment au Honduras auprès des réfugiés d’Amérique centrale, en Thaïlande et en Malaisie. Puis il est devenu, de 1991 à 1998, directeur exécutif de l’association. Son expérience du terrain lui a enseigné la réalité des maladies pour lesquelles il n’y a plus de recherche de nouveaux médicaments.

« J’ai vu les zones de Thaïlande où les traitements ne marchaient plus ; l’inefficacité du seul médicament disponible contre les diarrhées à shiguelles dans la région des Grands Lacs, en Afrique, alors qu’un antibiotique efficace était utilisé au Nord pour des infections minimes ; ou encore le traitement dérivé de l’arsenic contre la maladie du sommeil tuer un patient sur vingt… », raconte-t-il.

Ces constats coïncident, à la fin des années 1990, avec l’émergence de l’idée selon laquelle MSF doit s’impliquer dans la riposte à l’épidémie de sida, dont les traitements coûtent alors très cher. « Nous avons mis en place un groupe de travail pour jeter les bases d’un nouveau modèle de développement de médicaments », explique le médecin. Des institutions de recherche de différents pays y participent : l’Institut Pasteur, la fondation brésilienne Fiocruz…

De cet embryon, a émergé, en 2004, DNDi. Son siège est à Genève, près des grandes institutions internationales. « Notre stratégie a été double : améliorer les traitements existants et investir sur le futur, en reprenant des produits abandonnés, en mettant au point de nouvelles formulations, comme cela a été fait avec nos traitements contre le paludisme. Nous avons ciblé les domaines où l’industrie pharmaceutique n’allait pas. » En novembre, une étude a démontré l’amélioration apportée au traitement de la maladie du sommeil par une combinaison inédite de médicaments.

Depuis dix ans, Bernard Pécoul sillonne le monde, cette fois pour rencontrer des responsables d’institutions, de laboratoires pharmaceutiques ou de fondations comme celle de Bill et Melinda Gates. « DNDi est devenu un interlocuteur reconnu, affirme-t-il. Nous avons accueilli avec joie le soutien financier de la Fondation Gates, mais nous n’avons pas accédé à son souhait d’avoir un siège à notre conseil d’administration. »

Les discussions avec les industriels sont parfois rudes. « Mais quand tu as dû parlementer avec l’opposition armée au Nicaragua, cela te forme à la négociation… », s’amuse Bernard Pécoul.

Le médecin éprouve régulièrement « le besoin de retourner à la réalité du terrain. » Quitter son poste à la tête de DNDi serait cependant « prématuré ». Alors, tous les ans, il part dans les régions – parfois reculées – où sont menés les essais cliniques sur les futurs médicaments. « Il n’est pas possible de résoudre les problèmes complexes si on ne comprend pas les conditions dans lesquelles se trouvent les futurs bénéficiaires de ces traitements », dit-il.

Son organisation a récemment emménagé dans des locaux plus vastes. L’un des autres occupants de l’immeuble a convié ces nouveaux voisins à sa fête de Noël. Ironie du sort, il s’agit la Fédération internationale de l’industrie pharmaceutique.

Auteur : Paul Benkimoun

Source : www.lemonde.fr

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