Article de presse·Non classé

La France a raté le virage de la R&D


Les grands mouvements de contestation qui secouent régulièrement l’université et la recherche françaises ont pour effet de concentrer l’attention sur les politiques publiques et font généralement oublier les faits qui ont été à leur origine. La R&D (recherche et développement) fait partie de ces réalités très dérangeantes pour notre pays, qui devraient plutôt porter à s’unir pour faire face, qu’à engager des épreuves de force autodestructrices.

Pratiquement tout le monde admet aujourd’hui que l’Europe n’atteindra pas d’ici à 2010 l’objectif de 3 % de R&D par rapport au PIB fixé en 2000 par l’Union européenne (sous le nom de « Stratégie de Lisbonne »). Certes il y des pays vertueux comme la Finlande et la Suède, qui seront déjà au-dessus de l’objectif. Plusieurs autres ont aussi de bonnes chances de l’atteindre. En revanche, la France fait clairement partie des « mauvais élèves » : les dépenses de R&D qui représentaient 2,06 % du PIB en 1995 en étaient à 1,91 % du PIB en 2007. Principal coupable, moins les financements publics que l’absence de structures capables de générer un flux croissant de financement privé pour la recherche appliquée.

Pratiquement tous les grands pays industrialisés ont connu un resserrement relatif des crédits publics de recherche entre 1995 et 2007 – essentiellement en raison des tensions budgétaires de la période. En Allemagne, les crédits publics de R&D ont ainsi diminué de 0,13 point de pourcentage, soit à peu près autant que la baisse de 0,15 point observée en France. Cependant, la grande différence entre la France et l’Allemagne, les États-Unis ou le Japon, est que ces pays ont connu, parallèlement à la baisse de leurs crédits publics, une forte hausse des financements apportés par leurs entreprises.

La France a donc clairement manqué ces dernières années le virage en direction de la recherche appliquée. Et cela est d’autant plus regrettable qu’il existe à terme une interdépendance assez étroite entre elle et le développement de la recherche fondamentale.

Les solutions ne peuvent venir de seules mesures d’ordre budgétaires (financements publics, incitations fiscales, etc.). La comparaison entre la France et l’Allemagne met clairement en évidence le rôle joué par les différences organisationnelles entre les deux pays. La tâche dépasse donc le cadre de simples réorganisations administratives ou de réformes réglementaires. D’autant que les marges de manœuvre dans ce domaine sont fortement contraintes par la situation budgétaire actuelle et par les contraintes européennes. Plus profondément, la recherche, fondamentale comme appliquée, est un domaine où les interventions publiques ont beaucoup de mal à sélectionner les « bonnes » mesures, à discerner les « bonnes » initiatives et à faire prévaloir, dans le cas de la recherche appliquée, une rationalité économique et mondialisée d’entreprise sur une rationalité plus politique de gouvernance publique. Ce que peut faire de mieux un État, c’est créer un environnement institutionnel et réglementaire favorable au développement de centres de recherche multiples et indépendants, capables d’échanger efficacement avec le monde économique en lui offrant de réelles possibilités d’innovation (c’est-à-dire correspondant à une demande solvable).

En tout état de cause, il faut que chacun prenne vraiment conscience du problème et que, sans faux-semblants et sans a priori, la France ait rapidement à cœur de montrer qu’elle peut faire à son tour ce que d’autres pays industrialisés ont déjà réalisé au cours de la précédente décennie…

Auteur : Jean-Dominique Lafay est professeur à l’université Paris-I Panthéon-Sorbonne

Ce texte s’appuie sur la contribution de l’auteur au livre « Universités : nouvelle donne », sous la direction de Jean-Paul Pollin, Les Cahiers du cercle des économistes, Paris : PUF et Descartes & Cie.

Source : www.lesechos.fr

C'est à vous !

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.