Contrefaçon, la France prend le dragon par les cornes


Dans les rues de Shanghaï, la veste Prada se négocie 100 yuans (1 euro). Les rabatteurs entraînent le passant dans une arrière-boutique sans enseigne, une véritable caverne d’Ali Baba où s’entasse le “savoir-faire” chinois. Un peu plus loin les fausses montres de luxe et autres lunettes de soleil garnissent de misérables petits catalogues que les revendeurs collent sous le nez des touristes comme autant de promesses de bonnes affaires.

Le “bien copier” est inscrit dans la tradition chinoise. La calligraphie et la peinture reposent depuis des siècles sur l’art de la reproduction. Là dessus, les années Mao ont encouragé les entrepreneurs à s’inspirer des technologies occidentales. Avec succès. “Soyons honnête” tempère un diplomate français en poste à Pékin, “les premiers Jésuites à mettre le pied en Chine ont recopié la porcelaine locale”. Match nul alors ?

Pas tout à fait. La contrefaçon chinoise a dépassé depuis longtemps le stade artisanal pour devenir un fléau mondial (lire repères). Au point que les victimes, passées les protestations polies et les interventions diplomatiques, ont pris… le dragon par les cornes.

Dans son bureau de Canton, Audrey Boisselet mène la lutte. Cette avocate au cabinet Rouse fait partie de cette armée qui mène la traque contre la contrefaçon. À la source, sur le sol chinois. 150 avocats et juristes disséminés à Pékin, Canton et Shanghaï. Avec un bras armé, des enquêteurs privés. Une cinquantaine de détectives en réalité qui se fondent dans la masse…

L’avocate française reconnaît volontiers que le maquis de l’administration chinoise découragerait le fonctionnaire le plus aguerri. Mais depuis qu’elle est dans l’OMC (Organisation Mondiale du Commerce), la Chine a dû se plier aux règles internationales. Et entrouvrir les portes de sa fonction publique. Dès lors, les avocats s’engouffrent dans la brèche. L’AIC (administration pour le commerce et l’industrie) est l’interlocuteur habituel. C’est ce bureau qui veille sur le droit des marques, la propriété intellectuelle en Chine. Et fait la chasse aux contrefacteurs.

“Il faut éviter de sombrer dans la paranoïa, l’excès de méfiance” recommande Audrey Boisselet. N’empêche. Il ne se passe pas une journée sans que l’AIC ne diligente un raid, une descente de police chez un contrefacteur.

Ici, la contrefaçon a tous les visages. Celui de la copie pure et dure : “Je me souviens d’une entreprise française qui avait découvert que le mortier étanche qu’elle avait breveté était copié” se souvient Alain Berder, chef du service économique au Consulat français à Canton. “On a découvert qu’il était contrefait dans un appartement, sac par sac, avec le logo de la marque parfaitement imité”. Autre exemple, les DVD de films enregistrés directement dans les salles et revendus à la sauvette.

Mais le pillage à grande échelle peut prendre des aspects plus sournois : c’est l’associé chinois d’une société française qui organise un réseau parallèle grâce à une usine “fantôme”. Danone ou Schneider en ont fait l’amère expérience. Il existe aussi des partenaires filoux qui font discrètement disparaître une partie de la production pour la mettre sur le marché. En France, cette production est réputée “tombée du camion”. En Chine, elle passe par des boutiques anonymes qui pullulent dans les grandes villes… D’où la nécessité d’envoyer des enquêteurs lambda faire leurs courses…

Autre solution, les “taupes”. Audrey Boisselet reconnaît l’efficacité de “ces informateurs dans les usines”. Leur activité est souvent doublée par des enquêtes aléatoires menées par des cabinets spécialisés. Ces détectives privés recrutés sur place remontent les filières et infiltrent les réseaux jusqu’au pot aux roses. “L’administration chinoise coopère” certifie l’avocate française, même si dans les provinces les plus reculées les pouvoirs locaux se montrent plus réticents : “C’est aussi des milliers d’emplois qui sont en jeu” reconnaît-elle.

La police et la douane françaises ont à leur tour investi le sol chinois. Au terme d’accords bilatéraux ou européens, les policiers scrutent tous les mouvements suspects, les faux passeports destinés à couvrir l’immigration clandestine, les trafics de drogue. Et bien sûr la contrefaçon. “Il ne faut pas se leurrer” explique Alain Berder, “il passe 21 millions de conteneurs par le port de Shenzhen, on ne peut pas tous les contrôler”. Ni au départ, ni à l’arrivée. À Canton un policier français a même son bureau à l’aéroport. Avec vue imprenable sur les trafics en tous genres. Tous les pays développés, particulièrement les Italiens, mènent la traque et échangent leurs informations. Et la police française forme les policiers chinois à la lutte contre la contrefaçon.

Deuxième puissance mondiale, la Chine est désormais aux avant-postes : “Pour une raison fort simple explique Alain Berder, “ses entreprises ont maintenant des marques, déposées dans les règles et elles n’entendent pas se laisser copier”. “D’ailleurs les trois-quarts des litiges devant les tribunaux sont entre Chinois” constate Audrey Boisselet.

Cela sera-t-il suffisant pour assainir le commerce international ? Un Français en poste à Canton confie y regarder à deux fois avant de choisir un café pour prendre un verre entre amis. Et pour éviter de tomber sur du lait pour bébé contaminé, les expatriés de la région n’hésitent pas à se rendre à Hong-Kong où le lait arrive d’Europe préemballé…

Auteur : Georges BOURQUARD

Source : www.ledauphine.com

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