Quand le CNRS distingue les “innovateurs”


On connaissait les médailles d’or, d’argent ou de bronze du CNRS, parmi les plus hautes distinctions scientifiques françaises. Désormais, le CNRS, le premier organisme de recherche français, va remettre chaque année d’une à cinq “médailles de l’innovation”. L’idée soutenue par Valérie Pécresse doit “permettre aux chercheurs-entrepreneurs d’être reconnus par leurs pairs”, comme l’explique la ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche.

En 2011, pour la première remise des médailles de l’innovation qui a eu lieu mercredi 27 avril au soir, trois personnalités ont été distinguées pour leurs recherches “qui conduisent à des innovations marquantes sur le plan technologique, thérapeutique et sociétal”, détaille Alain Fuchs, le directeur de l’institution. Les premiers lauréats sont l’économiste Esther Duflo, le physicien Mathias Fink et le roboticien François Pierrot.

Normalienne, Esther Duflo est la plus jeune des lauréats (37 ans). Aujourd’hui professeur d’économie au MIT (son CV, en anglais), à Boston, elle est spécialiste du développement et promeut l’expérimentation. En matière d’innovation, elle a décidé d’appliquer la “méthode d’évaluation d’impact par assignation aléatoire” spécifique aux essais cliniques à l’évaluation des projets de développement. Cela permet d’éviter des “biais” pour l’évaluation des projets de lutte contre la pauvreté. La chercheuse a occupé, en 2008-2009, la chaire “savoir contre pauvreté” du Collège de France.

Comme sa jeune collègue, Mathias Fink, 66 ans, a occupé une chaire au Collège de France, en 2009. Il s’agissait de la chaire… d’innovation technologique. Professeur à l’ESPCI , ce physicien est aussi connu pour ses recherches en sciences fondamentales (travail sur les analogies existant entre ondes acoustiques, les ondes optiques et la mécanique quantique) que pour son travail avec les milieux industriels, médicaux et aéronautiques. Ses recherches sur l’imagerie médicale ont permis la création de quatre sociétés (son CV détaillé de ce membre de l’académie des sciences). Lors de la remise de sa médaille, le chercheur a rappelé qu’il y a quelques années, “quand je parlais et faisais de l’innovation, j’étais vu comme le représentant de la clique militaro-industrielle. Les choses ont beaucoup changé depuis…”

Dernier lauréat, le roboticien François Pierrot, 50 ans, est un peu moins médiatique que ses collègues (son CV). Au laboratoire d’informatique, de robotique et de microélectronique de Montpellier, le directeur de recherche crée des robots industriels. Il est ainsi l’inventeur du robot “le plus rapide du monde, utilisé sur des chaînes de montage de panneaux solaires ou agroalimentaires, dont le brevet a été racheté par l’entreprise américaine leader dans le domaine”, assure le CNRS.

Toujours selon l’organisme de recherche, ses travaux “profitent à l’industrie, mais aussi à la médecine, comme en témoigne ce robot capable de réaliser des échographies en trois dimensions, conçu en 1997 par le chercheur et son équipe, ou encore cet autre, conçu en 2002, suffisamment adroit pour réaliser des prélèvements de peaux destinés à des greffes”. A l’image de Mathias Fink, le chercheur se rappelait pendant la remise de médaille qu’il y a plusieurs années, “il fallait littéralement se cacher quand on faisait de l’innovation. C’était mal vu, notamment pour son évaluation. Aujourd’hui, l’innovation est beaucoup mieux considérée.”

Cette nouvelle distinction, qui tranche avec les habituelles reconnaissances scientifiques, ne devrait pas plaire à tous au sein de la communauté universitaire. Elle incarne en effet le tournant que le gouvernement veut voir prendre au CNRS, et à l’ensemble des organismes de recherche : accélérer le passage de la recherche fondamentale à la recherche plus appliquée. De fait, comme le remarque le sociologue Michel Grossetti, dans le journal du CNRS à paraître en mai, “créer un prix de l’innovation, c’est reconnaître les activités de recherche qui penchent du côté de l’utilité économique et contribuer à leur apporter une légitimité qui leur est parfois contestée par d’autres chercheurs”. Bref, ce prix devrait ouvrir de nombreux débats dans la communauté.

Auteur : Philippe Jacqué

Source : lemonde-educ.blog.lemonde.fr

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