Samsung a copié Apple, et alors ?


Apple a gagné son procès contre Samsung, condamné en première instance à lui verser un milliard de dollars, et Samsung a fait appel. En attendant, la question de savoir si le second a copié le premier a offert une occasion unique de découvrir quelques petits secrets de ces deux entreprises.

Mais le procès soulève une autre question, bien plus intéressante pour le futur de l’innovation dans l’industrie de la high-tech. Que la justice dise finalement que Samsung a copié Apple ou non, ne faudrait-il pas autoriser – ou même encourager – les entreprises à se copier les unes les autres ?

Ce n’est pas la première fois que la firme se lance dans un procès où elle accuse un concurrent de la copier. Au milieu des années 90, ce fut par exemple leur fameux procès contre Microsoft.

Apple perd un procès, bonne nouvelle !

A l’époque, l’argument d’Apple était bizarrement similaire à celui avancé aujourd’hui : « Nous avons innové en créant l’interface utilisateur graphique, et Microsoft nous a copiés ; si nos compétiteurs nous copient, il nous est impossible d’innover. »

Apple a fini par perdre le procès. Mais c’est ce qui est arrivé après qui est vraiment fascinant. Apple n’a pas du tout arrêté d’innover. Au contraire : Steve Jobs et ses équipes ont sorti l’iMac. Puis 0SX (et leur campagne de pub anti-Microsoft). Puis l’iPod. Et l’iPhone. Et maintenant, l’iPad.

Le fait d’être copié n’a ni arrêté, ni ralenti ses innovations. Au contraire, on dirait que ça les a accélérées. Apple ne pouvait pas se reposer sur ses lauriers : pour renouer avec ses profits et retrouver son lustre, il lui fallait inventer à nouveau, et aussi vite que possible.

« L’imitation suscite l’innovation »

Cette idée est importante, surtout dans le cadre du débat sur la protection de la propriété intellectuelle. Un extrait du livre de Kal Raustiala et Chris Sprigman, « L’économie de la contrefaçon, comment l’imitation suscite l’innovation », paru il y a quelque temps dans le Wall Street Journal, soutient exactement cette idée.

Raustiala et Sprigman montrent qu’au lieu d’étouffer l’industrie, l’ouverture à la copie permet de faire prospérer de nombreux secteurs. Selon eux, « les grandes innovations se construisent souvent sur des innovations existantes, et cela nécessite la liberté de copier ».

Cela semble vrai pour Apple – comme le montre cet e-mail du cadre d’Apple Eddy Cue, proposant un changement dans la ligne de produits Apple après avoir essayé une nouveauté Samsung ! Pour certains, c’est de la copie ; pour moi, cela ressemble à un marché compétitif qui fonctionne parfaitement…

J’ai pris l’exemple d’Apple, parce qu’il illustre bien à quel point la capacité d’innovation de la firme n’a pas du tout été affaiblie au fil du temps, quand bien même la législation sur les brevets n’a pas joué en leur faveur.

Les procès, solution de facilité

Trop souvent, on dirait que les entreprises se rabattent sur les brevets quand elles ne peuvent pas affronter la vraie compétition du marché.

Si la décision judiciaire favorable à Apple est confirmée, que Samsung doit renoncer à vendre ses téléphones et ses tablettes, ou doit effectivement payer une forte amende, est-ce que quelqu’un croit vraiment que le marché va soudainement être plus innovant ou les appareils plus abordables ?

Idem, si Samsung gagne, pensez-vous vraiment que Apple va brusquement ralentir le développement de l’iPhone et de l’iPad ? Ce n’est pas ce qui s’est produit la dernière fois.

S’étriper devant un tribunal pour savoir « qui a copié qui » est contreproductif. Ces procès qui partent dans tous les sens sont la preuve que tout le monde a de toute façon copié tout le monde.

Innover plus vite que les concurrents

Une meilleure solution ? Obliger ces entreprises à en découdre uniquement sur le marché, où les consommateurs, pas les tribunaux, décident de l’innovation. Dans un tel monde, la meilleure défense contre une copie n’est pas la multiplication des procès, mais plutôt l’innovation, à un rythme tellement rapide que la concurrence ne peut même plus suivre…

Une telle situation serait selon moi idéale, pas seulement pour les consommateurs, mais également pour les vrais inventeurs.

Auteur : James Allworth | Harvard Business Review

Source : www.rue89.com

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