Article de presse

Pas d’innovation majeures sans gains de productivité significatifs


On entend fréquemment les lèvres des politiques et des managers prononcer le mot innovation pendant que de nombreux entrepreneurs français rêvent de transformer une idée en or. C’est la ruée moderne. Pourtant nombreux sont ceux qui vont se heurter à un mur infranchissable : pas d’innovation majeures sans gains de productivité significatifs.

On entend fréquemment les lèvres des politiques et des managers prononcer le mot innovation pendant que de nombreux entrepreneurs français rêvent de transformer une idée en or. C’est la ruée moderne. A y regarder de plus près, on découvre vite que, si la course est susceptible d’avoir quelques gagnants, elle laisse de nombreux perdants. Pendant que les États-Unis font mine de se rapprocher des gagnants, la vieille Europe s’enfonce dans le camp des perdants, les vieux pays résistent tant au changement qu’ils annihilent tout avantage de l’innovation.

Pour comprendre ce qui se passe, examinons une économie simplifiée basée sur les quatre groupes de producteurs ci-dessous :

1. Les producteurs de nourriture

2. Les producteurs de vêtements, d’équipements et de loisirs qui apportent tout ce qui soutien la production et satisfait les gens

3. Les services gouvernementaux et l’armée, producteurs de tous les services de l’administration d’État

4. Les propriétaires et les charges (dépendances, chômeurs,…) qui sont des sources de charges pour les autres

Supposons que cet ordre corresponde à la hiérarchie des besoins et que toutes les productions procurent à chacun tout ce qu’il attend.

Il n’y a pas d’argent, c’est une économie basée sur le troc, chacun obtient services et biens en échange de sa propre production.

À ce ce moment, l’économie est à l’équilibre.

Tout le jeu sera d’essayer de choquer ce modèle avec la croissance démographique Cd

En l’absence de croissance de la productivité, Cd est répartie uniformément dans chaque groupement de producteurs pour maintenir l’équilibre. La croissance de chaque groupe de production est uniforme.

Si la productivité a connu une croissance suffisante pour couvrir tous les besoins de la  Cd, cette nouvelle population pourrait être ajoutée au groupe 3, c’est à dire les producteurs de services gouvernementaux, afin d’amélioration leurs qualités et leur nombre pour l’ensemble de la société. Bien que cela diminuera le prix relatif des biens de nourriture et des biens et services d’équipement, l’augmentation de la production de nourriture due à la croissance de la productivité aura diminué son prix. L’équilibre sera donc maintenu.

Un autre scénario est que Cd forme un nouveau groupe de producteurs dédié l’innovation.  Cp obtient tous les suprlus couvrant ses besoins en échange de biens et de services de l’innovation.

Dans cette simulation, le phénomène de destruction/créatrice (cf http://fr.wikipedia.org/wiki/Destruction_créatrice) se passe à l’intérieur de chaque groupe de production, une partie de la production diminue alors qu’une autre augmente selon l’évolution des besoins, c’est le cas de la production alimentaire lorsque les gens changent de goût.

Si la totalité de la croissance de la productivité est absorbée par les charges, c’est à dire pour couvrir les personnes dépendantes ou incapables de produire, il n’y aurait pas de fenêtre ouverte pour permettre à l’innovation d’entrer dans l’économie. La même chose se produirait si tous les gains de productivité étaient absorbés par la propriété, c’est à dire une augmentation des prix des actifs.

Certains lecteurs diront que l’innovation est le carburant de la productivité, ils ne considèrent par ailleurs aucun groupe spécifique de producteurs, tout doit se passer à l’intérieur des groupes existants. En cela, ils se réfèrent à la situation actuelle où les technologies ont permis des gains de productivité grâce à l’automatisation, mais n’ont pas encore apporté des innovations de rupture qui impliquent de nouveaux produits et de nouveaux services.

Ce court récit tend à démontrer qu’en dépit de toute la technologie actuelle, les innovations de rupture ne seront pas possibles sans une forte croissance de la productivité. Elles pourraient être la voiture sans conducteur qui permettrait d’accroître les flux de voitures sur les routes et de changer avantageusement l’utilisation de ces infrastructures, ou bien les piles à combustible permettant de changer la façon de distribuer la puissance aux machines – de petits moteurs bien situés valent mieux qu’un gros centralisé. Elles pourraient se produire dans les services, par exemple la personnalisation pourrait conduire à proposer des services de restauration à domicile capables de conduire les mères à abandonner totalement la cuisine et de consacrer leur temps libre à de nouvelles activités. Les innovations de rupture changent la façon dont nous vivons et nous travaillons.

Cette analyse montre que l’Europe avec une faible croissance récurrente et sa crainte des économies d’échelle à cause du chômage qu’elles provoquent, risque de rester définitivement dans le camp des perdants. Certains lecteurs pourraient même dire que la crise n’y a pas été assez forte pour générer suffisamment de changement, selon ce point de vue, adoucir les impacts de la crise n’a pas été forcément une bonne idée.

Elle montre enfin que nous devons promouvoir de plus en plus la numérisation des activités économiques afin de rendre possible les innovations de rupture et rester attentifs à ce que ces gains ne soient pas captés par un unique groupe d’agents au sein de l’économie.

Auteur : Jérôme Capirossi

Source : lecercle.lesechos.fr

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