1914-1918 : Louis Billant inventeur de la grenade percutante


Déjà bien armée dans le secteur de la fabrication de munitions, la ville de Bourges (Cher) voit en 1916 l’arrivée d’un nouvel industriel dans le paysage de l’armement : Louis Billant, inventeur de la grenade P1.

L’année 1915 est une année charnière dans la Grande Guerre. Celle qui devait être courte dure depuis trop longtemps. Le ministère de la Guerre demande toujours plus d’hommes. Au front, dans les ateliers de réparation à l’arrière. La fabrication de matériels et de munitions atteint des seuils inimaginables. Joffre demande toujours plus aux usines de guerre.

La situation est certes dangereuse dans les tranchées, mais elle l’est aussi dans les usines de fabrication d’obus, de cartouches et de grenades. L’une d’entre elles, à Paris, dans le quartier de la Butte-aux-Cailles, part en fumée.

Cinquante morts dans l’explosion de Tolbiac

Le 20 octobre 1915, rue de Tolbiac, l’usine de grenades dirigée par Louis Billant explose et dévaste le quartier, faisant une cinquantaine de morts et plus de cent blessés. Un désastre pour le ministère de la Guerre et pour l’industriel, dont les compétences inventives mises à la disposition de l’administration sont reconnues en haut lieu. Sauf que la production de grenades, 5.000 par jour autorisée, dans les règles de l’art en matière de sécurité, atteint rapidement, à la demande expresse de l’État-major, 30.000 par jour.

Les conditions de fabrication et de chargement ne sont plus les mêmes ; la sécurité en pâtit. Une erreur de manipulation, qui avait fait une première victime au début de 1915, aurait pu être l’élément déclencheur de mesures plus draconiennes pour éviter le pire. Et pourtant, il arrive inéluctablement. Tout explose. Du directeur de l’usine, il ne reste qu’un bras. Sa montre est retrouvée à plus de deux cents mètres.

« On demanda alors à ce petit mécanicien d’entreprendre immédiatement une fabrication en grand », rapporta après l’accident Albert Thomas, sous-secrétaire d’État chargé de l’artillerie et des munitions. Paris est à la merci des obus allemands. Il devient alors urgent de trouver un nouveau site de fabrication. Bourges, suffisamment éloigné du front, fort bien pourvu de spécialistes pyrotechniques et d’usines de production de munitions est alors choisi par l’industriel qui ne manque pas de ressources. Il bénéficie vraisemblablement d’aides techniques locales qu’il avait certainement sollicitées pour la mise au point de la grenade P1, chargée au perchlorate d’ammonium, et de son fameux bouchon allumeur.

Autrement dit, l’inventeur de matériel chirurgical et le mécanicien de précision n’est certainement pas arrivé fortuitement à Bourges. Peut-être avait-il déjà prévu ou lui avait-on recommandé le transfert de son usine dans le Cher puisqu’il rachète en 1915 une usine de production d’objets en celluloïd en perdition dans le quartier du Prado, aux Prés-Doulets.

En tout cas, il s’y installe en 1916 et s’active à produire à la fois la partie mécanique et l’activité de chargement en explosif des grenades. La guerre terminée, la production continue dans le quartier, mais les pouvoirs publics lui font savoir que l’activité pyrotechnique n’est plus possible sur le site urbanisé.

Il se sent floué par l’État

Dès lors, Louis Billant sépare les deux activités en 1930 : la pyro sera sur la commune de La Chapelle-Saint-Ursin, la partie mécanique au Prado. L’entête de ses factures mentionne « Mécanique de précision – Appareils pour laboratoires et travaux spéciaux. Fabrications diverses en séries – Fonderie de fonte, laiton, bronze, aluminium et tous alliages – Fonderies en coquilles- Ateliers de pyrotechnie – Atelier annexe de chargement de La Chapelle-St Ursin Morthommiers ».

Mais en 1927, se sentant floué par l’État, il dépose une requête devant le Conseil d’État au prétexte que « le ministre de la Guerre a refusé de lui accorder réparation du préjudice qu’il lui aurait causé en cédant à des gouvernements étrangers, sans l’en prévenir, ses droits d’inventeur des bouchons allumeurs de grenades. » Il sera débouté. La période d’occupation allemande lui sera fatale. L’usine Billant deviendra les Établissements Luchaire. Mais là, c’est une autre histoire.

Auteur : Jean-Pierre Pille

Source : www.lamontagne.fr

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