Réinventer l’innovation, clé du rebond de l’industrie française


Au vu des dernières statistiques publiées par l’INSEE, l’industrie française commence à peine à juguler l’hémorragie qui l’affecte depuis les années 2000, et s’en tient pour l’heure à freiner les destructions nettes d’emplois. Faut-il accueillir ces chiffres avec optimisme ?

Si la maîtrise du coût du travail est un élément nécessaire à la compétitivité de notre industrie, son redressement durable ne peut procéder, à notre sens, que d’une montée en gamme sensible, laquelle exige une révolution copernicienne de nos processus d’innovation.

Ce rebond tant espéré est aujourd’hui à notre portée. Une mutation profonde du paysage industriel a débuté et va s’accélérer d’ici 2025. Dans ce court laps de temps, une douzaine de ruptures technologiques vont converger (internet des objets, cloud, automatisation des métiers du savoir, robotique de pointe, nouvelles énergies et stockage de l’énergie, génétique de nouvelle génération…) et remodeler en profondeur produits, services et même business models à l’échelle mondiale. Les cartes concurrentielles s’en trouveront largement rebattues, tandis que les frontières entre secteurs mais aussi entre produits et services tendront à se dissoudre, et le partage de la valeur donnera lieu à d’âpres batailles entre filières jusqu’alors disjointes.

Exploiter les ruptures technologiques pour gagner en productivité

Ces technologies vont redéfinir l’équilibre des facteurs de la production industrielle – capital, travail, énergie et information. Ceci va générer des gains de productivité accrus mais aussi accroître les besoins d’investissement, faisant apparaître deux défis pour les industriels : d’une part, repenser leur modèle économique et développer leur agilité stratégique pour allouer de nouveau leurs ressources ; d’autre part, piloter attentivement le niveau des investissements afin d’en maintenir la rentabilité.

Selon nos estimations, si l’industrie française parvient à exploiter pleinement ces ruptures technologiques, elle pourra retrouver d’ici 2025 le rythme de gains de productivité de la décennie 1990-2000 en atteignant entre 3,5 et 4% d’amélioration annuelle. A cet horizon, elle pourrait alors tabler sur un surcroît de création de valeur de l’ordre de 100 milliards d’euros, issus d’une baisse des coûts unitaires de production et d’une amélioration de la compétitivité hors coût.

« Articuler plus étroitement la R&D aux besoins réels des marchés »

Tirer profit des promesses de l’industrie 4.0 suppose toutefois un profond renouvellement de notre modèle d’innovation. Contrairement à une idée reçue, avec 8,3% de la valeur ajoutée investie (contre 6,6% en Allemagne), l’industrie française n’est pas en reste en matière de R&D. En revanche, d’après Eurostat, seules 50% des entreprises hexagonales ont lancé une innovation au cours des deux dernières années, contre 80% en Allemagne, le différentiel se faisant essentiellement sur les innovations qui mêlent technologie et marketing. A nos yeux, cet écart procède d’une moindre aptitude de nos industriels à monétiser l’innovation en raison de capacités plus faibles en marketing stratégique. Une enquête de McKinsey a ainsi établi que seules 11% des ETI et PME industrielles françaises disposaient d’un processus formel d’analyse du marché, alors que celles qui s’en étaient dotées affichaient une croissance supérieure d’environ 40% à la moyenne de leurs homologues. La priorité consiste ainsi à articuler plus étroitement la R&D aux besoins réels ou latents des marchés, afin de maximiser le retour sur investissement du capital-innovation.

Les ruptures technologiques à l’œuvre pourraient marquer un renouvellement et un repositionnement de l’industrie française si elles étaient mises à profit pour impulser une montée en gamme et reconquérir un leadership international. Cet élan suppose audace stratégique et habileté opérationnelle de la part des industriels, combinées au concours opportun de politiques publiques différenciées, en fonction des dynamiques d’innovation et des logiques concurrentielles de chaque secteur. Mais il exige aussi d’abattre un certain nombre de barrières et de préjugés pour faire œuvrer autour d’une ambition commune l’ensemble de l’écosystème industriel. Car, irriguée par les innovations technologiques tout au long de sa chaîne de valeur, l’industrie de demain sera collaborative ou ne sera pas.

Auteur : Matthieu Pélissié du Rausas, directeur associé senior, chef de file du pôle Industrie, McKinsey & Company.

Source : www.usinenouvelle.com

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s