Frère Clément, inventeur de la clémentine


La clémentine, croisement du mandarinier et du bigaradier, est née pas loin d’Oran (Algérie), grâce aux soins d’un religieux spiritain.

les_clementines

L’origine de la clémentine reste mystérieuse, mais doit tout aux expérimentations de F. Clément.

Clément Rodier, spiritain pépiniériste

« Attention ! » Le P. Roger Tabard, archiviste général des spiritains, va s’énerver : « Dans”Questions pour un champion”, ils demandent souvent qui a inventé la clémentine. Et ils répondent : “Le F. Clément, jésuite”. C’est faux ! », s’étrangle le dépositaire de la mémoire des religieux spiritains, grande congrégation missionnaire s’il en est. Car le F. Clément, l’inventeur de la clémentine, était bel et bien spiritain. Son histoire et celle de « son » fruit méritent d’être contées.

Clément Rodier naît le 25 mai 1839 dans le petit village auvergnat de Malvieille, dans le Puy-de-Dôme. Sa famille est assurément très catholique puisqu’une douzaine de ses membres sont religieux ou religieuses. Dès l’âge de treize ans, le jeune Clément veut suivre son oncle, prieur de la chartreuse de Valbonne (Gard).

Mais la rudesse des conditions de vie est peu compatible avec sa santé fragile. Un autre de ses oncles, André Rodier, appartient aux Frères de l’Annonciation, présents en Algérie, terre coloniale alors en plein essor. À Misserghin, à une vingtaine de kilomètres d’Oran, un orphelinat accueille une centaine d’enfants sur un vaste domaine viticole d’une quarantaine d’hectares.

Deux histoires de la clémentine

C’est là que le F. Clément, qui a prononcé ses vœux perpétuels le 13 novembre 1866, va exercer ses talents. Responsable de la pépinière d’une vingtaine d’hectares, très réputée dans la région, il va introduire plusieurs centaines d’espèces d’arbres forestiers, fruitiers ou d’ornement, plus de 600 variétés de rosiers. Empirique, il consignait ses expérimentations sur des cahiers, également noircis de relevés climatiques et pluviométriques scrupuleux. Malheureusement, ces trésors ont été perdus.

Parmi les expériences menées ou observées par le F. Clément, le P. Tabard raconte : « Il y avait sur le terrain, au bord de l’oued Misserghin, un arbre non cultivé qui avait poussé là parmi les épines. Ce n’était pas un mandarinier, ni un oranger : ses fruits plus rouges que les mandarines étaient d’une saveur délicieuse et de plus n’avaient pas de pépins. C’est ce que raconta au F. Clément un jeune Arabe qui en avait dégusté. Intéressé par ces fruits, notre arboriculteur décida de faire des greffes avec des greffons de l’arbre miraculeux. L’opération réussit. On multiplia alors les greffes et au nouvel arbre on donna le nom de clémentinier. »

Mais l’histoire hésite : « Une autre version nous est donnée par le fils d’un employé qui vivait à la pépinière au temps du F. Clément, explique le P. Tabard. Ce garçon aurait suivi le travail d’une abeille en train de butiner ; l’abeille passe d’un bigaradier (1) sur un mandarinier ; que peut-il sortir d’un tel mélange de pollen ? Le frère attache un ruban rouge à la fleur du mandarinier et surveille la production. Il prélève le fruit à maturité, fait un semis et obtient la clémentine… »

La « mandarinette », pas seule découverte des spiritains

Toujours est-il que le docteur Louis-Charles Trabut, botaniste présidant la Société d’horticulture d’Algérie, qui suit les expérimentations du F. Clément, publie un rapport élogieux sur la toute jeune clémentine, qui fut d’abord nommée « mandarinette ». Mais sa singularité méritait bien un nom propre : sans pépins, elle arrive à maturité plus tôt que la mandarine, est plus sucrée, et son épluchage est plus facile.

Mais il faut bien l’avouer, le F. Clément n’est devenu spiritain que sur le tard, deux ans avant sa mort, en 1904. Sa congrégation d’origine s’étiolant, elle fut en effet réunie aux spiritains au tout début du XXe siècle.

Un an après la mort de l’inventeur de la clémentine, l’orphelinat de Misserghin connut un sort singulier : alors que les lois de séparation de 1905 avaient fait fermer la vingtaine de collèges spiritains en France, seul Misserghin a pu rester ouvert, en ce département alors français.

Les spiritains comptèrent, le P. Tabard tient à le rappeler, plusieurs dizaines de figures missionnaires plus marquantes, même sur le plan botanique, que le F. Clément : « Chez nous, les grands hommes sont les grands missionnaires. » Parmi ces figures, le P. Théophile Klaine (1840-1911), qui a fait connaître à l’Europe l’okoumé, essence tropicale gabonaise, qui a donné naissance à toute l’industrie du contreplaqué.

► La clémentine, en vérité

Contrairement à la mandarine, la clémentine n’a pas de pépins. Le fruit est vert à maturité et ne devient orange que sous l’effet de la baisse de température hivernale. Selon l’Inra (Institut national de la recherche agronomique), la clémentine a d’abord été considérée comme un hybride entre le mandarinier et une variété de bigaradier à feuille de saule.

Des études récentes menées à la station Inra de San Giuliano (Corse) consacrée à l’agrumiculture ont montré, par une analyse chromosomique, qu’il s’agit en réalité d’un hybride entre le mandarinier et l’orange douce. Aujourd’hui, 98 % des clémentines françaises sont produites en Corse orientale, qui bénéficie d’une appellation contrôlée. La production s’étale d’octobre à fin janvier.

(1) Arbre fruitier produisant des oranges amères.

Auteur : Frédéric Mounier

Source : www.la-croix.com

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