Afrique / Contrefaçon sur la billetterie électronique brevetée Oapi : Les inventeurs se mobilisent pour protéger les intérêts de Moustapha Ndiaye


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Les inventeurs font bloc autour de Moustapha Ndiaye.

L’invention « système de tickketing électronique informatisé pour services : transports de voyageurs et de marchandises », brevetée Oapi sous le numéro 17.225, fait l’objet d’une contrefaçon aussi bien au Sénégal qu’au Congo. L’auteur, Moustapha Ndiaye, a saisi la justice. En attendant le verdict, l’Association sénégalaise pour la promotion des innovations et des inventions (Aspi) a lancé un appel à la mobilisation pour protéger les intérêts de ce dernier.

Les inventeurs du Sénégal font bloc autour de Mouhamadou Moustapha Ndiaye. Ce dernier est l’inventeur de la billetterie électronique en cours d’utilisation dans les bus Tata au Sénégal. Mais, elle fait l’objet d’une piraterie. Il est utilisé à grande échelle au Congo. C’est un ancien collaborateur de l’auteur qui s’est associé avec un Libanais pour reproduire la billetterie électronique.

L’Association sénégalaise pour la promotion des inventions et des innovations (Aspi) a tenu, samedi, un point de presse pour dénoncer l’exploitation de la billetterie électronique par des personnes peu soucieuses du respect des droits de propriété. « La billetterie électronique de notre compatriote Moustapha Ndiaye fait l’objet d’une contrefaçon. Son invention est en cours d’utilisation par d’autres personnes. L’un de ses anciens collaborateurs l’exploite au Congo », brosse d’emblée le président de l’Aspi, Sanoussi Diakité. L’auteur a soumis l’affaire à la justice. Le tribunal ne pouvait pas lui donner l’exclusivité de la propriété, parce qu’il n’avait pas présenté un brevet. Pourtant, c’est le 22 septembre 2014 qu’il a déposé ses documents pour reconnaissance à l’Oapi.

Un cri de cœur

L’instance lui reconnaît la paternité de l’invention le 30 septembre 2015 sous le numéro 17.225. « J’ai obtenu le brevet sur l’itinéraire, les coordonnées latitudes et longitudes. C’est la billetterie où le numéro de série est généré dans le bus. Le propriétaire du bus peut avoir la position et la direction de son véhicule à n’importe quel moment. Lorsque nous avions porté plainte, le tribunal avait évoqué le fait que nous n’avions pas de brevet. Et pourtant, j’avais déjà introduit des dossiers à l’Oapi », a soutenu Mouhamadou Moustapha Ndiaye. Après la réception du brevet, il l’ajoute au dossier et l’introduit au tribunal qui devrait se prononcer le 26 décembre 2016. Entretemps, ceux qui lui ont piraté disent que son brevet n’est pas bon. Ce rebondissement a exaspéré les membres de l’Aspi. «  Moustapha est victime d’un vol. Le mot n’est pas fort. Comment des personnes peuvent affirmer que le brevet de l’Oapi n’est pas bon ? Or, cette instance, avant de délivrer une reconnaissance, fait un rapport d’antériorité », clame le secrétaire général de l’Aspi, Moussa Gning. La reconnaissance d’une propriété se fait à partir de la date de dépôt auprès de l’instance.

Pour les inventeurs, la vérité finira par triompher. Mais, ils ne veulent pas que les auteurs de la contrefaçon continuent de se faire de l’argent sur le dos du propriétaire de l’œuvre. « C’est une invention d’utilité publique. Il y a plus de 2.000 bus Tata qui génèrent plus de 700.000.000 de FCfa. S’il y avait une usine, les autres pays viendront importer cet appareil au Sénégal. Ce sont des devises. Des emplois seront créés. Déjà dans son unité, Moustapha Ndiaye emploie 23 jeunes. Les pays se sont développés grâce aux inventions », répète Sanoussi Diakité.

L’implication des autorités

Le Sénégalais a contracté un prêt de 35.000.000 de FCfa pour l’acquisition des machines de dernière génération pour son unité. Il court le risque de ne pas rentabiliser son investissement puisque celui que la personne garante auprès de la banque lui a intenté un procès. Ce dernière lui réclame la somme de 100 millions de FCfa. « Tous les Sénégalais doivent se lever pour défendre Moustapha Ndiaye qui est victime de la méchanceté, d’une ingratitude. Lorsqu’on détient un brevet, on a le droit d’exclusivité pour une période de 20 ans », rappelle le secrétaire général de l’Aspi. L’association sollicite l’intervention du chef de l’Etat pour protéger les inventeurs. « Le président de la République est le protecteur des arts, nous en faisons le protecteur des inventions des Sénégalais, car il accorde une attention à leurs œuvres », a lancé Sanoussi Diakité.

Auteur : Idrissa SANE – Source : lesoleil.sn

Sénégal / Mort de Dr Atta Diouf, Inventeur mondial du train électro solaire


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C’est avec une grande tristesse que les Sénégalais ont appris la mort brutale de  Docteur Souleymane Atta Diouf ce vendredi 13 janvier 2017 à Paris.

Docteur en économie, et en mathématiques, Scientifique émérite, Docteur Atta Diouf était à la fois un humaniste et un  panafricaniste.

Avec sa disparition, note Sidy Fall, coordonnateur du Msu/France, l’Afrique perd un de ses illustres fils. «Inventeur mondial du train électro solaire, membre fondateur du MSU France, digne héritier de Mamadou Dia et de Cheikh Anta Diop, Docteur Atta Diouf a été de tous les combats pour la dignité de l’homme noir et pour l’indépendance politique et économique de l’Afrique», mentionne M. Fall dans une note envoyée à Senego. Toutes les  condoléances  de Senego au Msu et à la famille éplorée.

Source : senego.com

Sénégal / Sanoussi Diakité invite l’État à protéger les inventeurs


Le président de l’Association sénégalaise pour la promotion de l’invention et de l’innovation (ASPI), Sanoussy Diakité, a invité, samedi à Dakar, l’État à protéger les inventeurs, mettant en garde contre les risques d’une dévalorisation de la propriété intellectuelle.

« Nous souhaitons attirer l’attention de l’opinion publique sur les risques de dévalorisation de la propriété intellectuelle et les risques de pertes économiques », a-t-il déclaré lors d’une conférence de presse.

Cette rencontre avec la presse a été organisée en soutien à Mamadou Moustapha Ndiaye, l’inventeur d’une billetterie électronique utilisée dans le transport, victime d’une contrefaçon.

En tant que responsable moral de l’ASPI, Sanoussy Diakité a appelé les autorités à soutenir les inventeurs afin qu’ils soient protégés et que les inventions puissent être au service du développement du Sénégal.

Cette invention, dite système de solution ticketing, est enregistrée à l’Organisation africaine de la propriété intellectuelle (OAPI), sous le numéro 17225, délivré le 30 septembre 2015, a-t-il rappelé. Ce numéro, selon lui, reconnaît à Mamadou Ndiaye le droit de détenir la propriété intellectuelle sur le système qu’il a mis au point.

Selon lui, cette invention est porteuse de progrès techniques mais aussi de performances économiques pour le Sénégal.

« Cette invention qui a permis à notre système de transport d’être révolutionné, parce que pouvant assurer le contrôle à distance, a été illégalement saisie et exploitée dans d’autres pays africains par un de ses anciens collaborateurs », a-t-il fustigé.

« Quand une invention est née dans un pays, soutient encore le président de l’ASPI, elle devient porteuse de croissance, mais faudrait-il que ça rapporte une plus-value à la croissance de notre économie et soit un moyen d’exportation de notre potentiel intellectuel », a-t-il estimé.

Mamadou Ndiaye a, pour sa part, rappelé que le projet qui lui a permis de mettre au point la billetterie électronique a été élaboré à la demande de l’Association de financement des transports urbain du Sénégal (AFTU) en 2013.

Par la suite, le projet a été poursuivi avec « un autre développeur », a-t-il poursuivi, signalant que son « model business » a été détruit.

Mamadou Ndiaye sollicite, à ce sujet, l’intervention de l’État dans cette affaire dans le cadre de laquelle il dit avoir dépensé 35 millions de francs CFA. Selon lui, « le dossier est entre les mains de la justice depuis deux ans ».

Source : www.aps.sn

Abdoulaye Touré, un ingénieur dans le champ de captage de l’énergie solaire


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L’ingénieur Abdoulaye Touré, déjà grand prix du chef de l’État pour les inventions (1998), sera élevé au grade de Chevalier de l’ordre national du Lion le 12 novembre 2016. Le même jour, il s’envolera pour la Cop 22, à Marrakech, où il devrait recevoir une autre distinction pour son apport à la réduction de la dégradation des écosystèmes et à la préservation de la santé des femmes du monde rural. Ce Sénégalais a mis au point un système de stérilisation de l’eau dans les années 72, puis une cuisinière solaire. Cette invention est suivie d’un four solaire en 1990, d’une pompe solaire en 1998, d’un lampadaire solaire en 2013 et d’un kit solaire.

L’enseignant Abdoulaye Touré ne se résigne pas devant une épidémie. Entre les années 1973 et 1974, les villages situés le long du fleuve Sénégal, dans l’actuelle région de Matam, avaient connu des épisodes de diarrhées liées à l’insalubrité de l’eau. En se fondant sur ses leçons de physique enseignées en classe de 4e, le natif de Mékhé conçoit, à la surprise générale, un mécanisme de stérilisation de l’eau en milieu rural. « Vous savez que le noir attire la chaleur. Les rayons du soleil sont captés à travers un vitrage, la surface noire transforme ces rayons en chaleur.

Celle-ci est séquestrée sous l’effet de serre. C’est avec cette chaleur de 70° que nous sommes parvenus à avoir une eau potable », raconte l’ancien directeur de l’école élémentaire Sinthiou Garba. Il s’est mis alors au travail. Et au bout de quelques années, il sort une cuisinière, puis un four, tous deux alimentés par le solaire. Ces inventions étaient des cadeaux du ciel dans ces zones sylvo-pastorales au milieu des années 93. Les femmes s’appropriaient l’invention avec l’aide de la coopération suisse. Le succès du four traverse vite les frontières du Sénégal. Il sera expérimenté au Burkina Faso. Durant ces années, l’enseignant est sorti de l’anonymat grâce aux articles publiés dans « Le Soleil ». « Si je suis connu à travers le Sénégal et dans le monde, c’est grâce au « Soleil » qui a fait les premiers reportages sur mes inventions », reconnaît Abdoulaye Touré qui a remercié l’Aspit.

Les gains écologiques d’un four

C’est durant cette période qu’il quitte le Fouta pour la capitale. L’enseignant était venu préparer une nouvelle carrière. De retour à Dakar, il servira comme directeur à l’école Bara Guèye de Yarakh Hann. Il se consacre également à une de ses passions : la création. Le Fonds mondial pour l’environnement (Fem) qui a reconnu les retombées écologiques de ses travaux a soutenu ses œuvres. Le temps de cuisson d’un kilogramme d’aliments est de 2 heures 30 à 3 heures. « Le “ four ” capte les rayons solaires pour les transformer en chaleur. Il s’agit de concentrer les rayons dans la caisse en aluminium, le foyer logé dans une autre caisse plus grande et isolée avec des éléments séchés, comme des coques de menuiserie, pour que l’enveloppe externe ne chauffe pas », explique le concepteur.

Un lampadaire et une pompe solaires made in Sénégal

Un double procédé de captage. Un couvercle en double vitrage placé au-dessus du foyer capte les rayons. C’est la première étape. Dans une seconde phase, un réflecteur, un panneau recouvert de papier argenté, emprisonne la chaleur, augmentant ainsi la température du four. « Le four solaire n’a aucun impact négatif sur l’environnement. Il exploite l’énergie solaire et ne nécessite pas de bois de chauffe, de charbon ou d’’électricité. Donc, il contribue à la réduction de la déforestation », fait remarquer Abdoulaye Touré.

L’ingénieur électromécanique est connu pour son obsession de vouloir sortir les ménages du monde rural de la précarité et des ténèbres. Il a fabriqué, depuis 2013, un lampadaire solaire qui s’allume au coucher du soleil et s’éteint au lever du soleil. Ne voulant pas se limiter à l’éclairage public, Abdoulaye Touré fabrique alors un kit solaire qui règle l’équité en termes d’accès à l’énergie. L’auteur ne se fait pas d’illusion, il faudra du temps pour que l’Etat fournisse de l’énergie partout et pour tous. « La production et le transport de l’énergie coûtent cher. L’État n’a pas les moyens de raccorder tous les villages.

Dans la suite de ces inventions orientées vers l’exploitation de l’énergie solaire, l’ingénieur a mis au point une pompe solaire d’une capacité moyenne de 2m3/h. « La pompe, modulable suivant les besoins et la profondeur des puits traditionnels, est alimentée par un générateur électrique solaire installé sur une charrette. Ceci permet d’éviter les vols de panneaux et des accessoires solaires. Nous ne pouvons pas avoir une agriculture moderne sans une maîtrise des technologies de mobilisation de l’eau », défend l’enseignant.

Une série de distinctions

La pompe solaire d’Abdoulaye Touré a remporté le premier Grand prix du président de la République pour l’invention et l’innovation en 1998 et le Prix du Centre international pour la création de l’entreprise en Afrique en 1999. L’inventeur sera aussi primé à la Techno-foire à Tambacounda en 2001. Il est invité à la Cop 22, à Marrakech, par le Projet initiatives climat et est nominé « aux trophées Initiatives Climat Cop 22 ». Le projet « Initiatives climat » est porté par la coopération suisse, l’Institut de la Francophonie pour le développement durable, le Programme des Nations unies pour le développement et le projet Dinika de l’Union européenne.

Abdoulaye Touré qui sera élevé au grade de Chevalier de l’ordre national du Lion pour service rendu à la nation le 12 novembre 2016 au King Fahd Palace. Le même jour, il s’envolera pour la Cop 22, à Marrakech, au Maroc, pour recevoir une autre distinction.

Auteur : Idrissa SANE

Source : www.lesoleil.sn

Babacar Thiam, architecte : Concepteur d’une corbeille triangulaire de conditionnement des déchets


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Au Sénégal, les industriels et les services n’accordent pas encore une attention aux innovations et inventions de leurs compatriotes. La corbeille triangulaire indéformable de l’architecte Babacar Thiam risque de tomber dans l’oubli. Pourtant, cette création a obtenu un brevet de l’Organisation africaine de la propriété intellectuelle (Oapi). Plus adaptée au milieu urbain, elle est segmentée en trois compartiments servant à conditionner plusieurs types de déchets.

La frontière est ténue entre l’architecture et l’invention. Et lorsqu’on est architecte, on peut facilement franchir cette ligne. L’architecture est l’un des métiers où le rêve est une règle. Cette attitude professionnelle mène souvent à la création d’œuvres qui sortent de l’ordinaire. L’architecte Babacar Thiam n’a pas prouvé le contraire.

Dans son atelier, sis à la Cité Karack, sa corbeille triangulaire compartimentée, une création brevetée, est bien visible. Elle a trois parties et peut facilement être accrochée aux angles sans être déformée. Elle est aussi munie d’un tiroir que l’usager coulisse pour la vider. Les trois flancs latéraux ne sont pas des grilles. Les couleurs et la forme valorisent cette corbeille qui s’intègre parfaitement dans le milieu urbain. « C’est une corbeille adaptée en ville parce qu’on peut facilement l’utiliser.

En outre, elle ne prend pas de l’espace. L’usager n’a pas besoin d’effort pour la vider, il suffit juste de retirer le tiroir pour évacuer les déchets », vante Babacar Thiam.

L’originalité de cette corbeille a été attestée par l’Organisation africaine pour la propriété industrielle (Oapi). En dépit de ce certificat, cette création est encore à l’échelle de prototype. L’architecte s’est pourtant donné du temps pour la présenter aux autorités et aux services impliqués dans la gestion des déchets. Aujourd’hui, la probabilité que cette innovation tombe dans l’oubli est plus que réelle. « Nous avons vu récemment qu’on a importé des corbeilles de l’étranger.

Or, nous avions fait le tour de quelques services pour présenter cette corbeille. Nous ne comprenons pas certains responsables de services. Il est temps que les Sénégalais fassent confiance à leurs compatriotes qui sont dans l’innovation et l’invention », défend l’architecte. Cette poubelle a été fabriquée avec des matériaux locaux. L’expérience a démontré que les formes des poubelles et des corbeilles peuvent pousser à un usage détourné par les usagers. Les poubelles en plastique servent de fûts dans beaucoup de ménages. Celle de l’architecte, avec ses aérations, offre une marge réduite à d’autres finalités que le conditionnement des déchets.

Franchir les obstacles

Mais les autorités ne sont pas les seuls responsables des contraintes dans l’univers de la créativité au Sénégal. L’architecte met au banc des accusés les inventeurs qui ne se font pas souvent confiance et les Sénégalais qui ne cultivent pas le consommer local. « L’absence de moyens financiers ne doit pas être un obstacle à l’innovation, à l’invention. Je pense que tout innovateur, inventeur doit se battre pour fabriquer le premier prototype », note Babacar Thiam.

Ces obstacles à la créativité ont poussé l’architecte à agir en faveur des innovateurs et des inventeurs. M. Thiam est l’un des rares mécènes ayant investi le secteur des innovations. Son coup de pouce a aidé des inventeurs à concrétiser leurs idées. L’architecte porte plusieurs projets. Parfois, il assiste les porteurs de projet du début de la conception du prototype à la vulgarisation. « Dans leur tête, leurs idées sont claires. Maintenant il reste à les concrétiser. Certains ne peuvent pas aller sans ce coup de pouce », estime-t-il.

L’innovation, l’invention est une activité secondaire pour Babacar Thiam. Son terrain de prédilection, c’est l’architecture. Il ne se contente pas de faire des designs en se servant des technologies plus à la mode comme l’impression 3D. Il enseigne cette discipline dans des écoles de la place. « Ma formation de base, c’est l’architecture. C’est un métier qui oblige à toucher à tout », brosse l’architecte qui est aussi à ses heures perdues urbaniste, designer, infographe, maquettiste et analyste. Il a été formé à l’École d’architecture de Versailles, à Paris, avant de passer dans des cabinets de renom comme Renaissance et Jean-Luc Martin.

L’auteur de l’ouvrage « Index du Coran » aime le jazz et adore jouer au piano. C’est aussi un passionné des sciences, de la mécanique, de l’informatique, de l’électronique et de la peinture.

Source : xalimasn.com

Thierno Sophiane Diallo, breveté Oapi : Le prodige garantit la surveillance à distance des biens et des services


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Agé de 18 ans, Thierno Sophiane Diallo a résolu l’équation de surveillance à distance des biens et des services. Il a mis au point un appareil fonctionnant avec une application mobile. Le dispositif lance des signaux sonores ou lumineux lorsqu’une personne s’approche de votre voiture, maison ou magasin. Ce candidat au baccalauréat scientifique a intégré un détecteur de mouvements dans le dispositif. L’Organisation africaine de la propriété intellectuelle (Oapi) a reconnu que Thierno Sophiane Diallo est l’inventeur de ce dispositif. L’auteur lance un cri du cœur pour la protection de son œuvre que des techniciens ont commencé à produire à grande échelle.

Le marché jeudi est dans l’effervescence à Guédiawaye. Thierno Sophiane Diallo sort des installations des marchands, le visage mince, la mine timide. Le jeune Thierno flotte dans un boubou blanc au col mal ajusté. Le port vestimentaire et la minceur lui donnent l’air d’un talibé. Il ne l’est pas pourtant. Ce jeune âgé de 18 ans a déjà les mains propres. Il a obtenu un brevet de l’Organisation africaine de la propriété intellectuelle (Oapi). Il est le premier Africain dans 17 pays qui a conçu le dispositif de contrôle à distance des biens et des services.

La passion pour les inventions remonte à sa tendre enfance. Thierno Sophiane Diallo s’amusait à démonter des systèmes complexes comme les installations électriques pour comprendre leurs mécanismes et leurs principes de fonctionnement. De fil à aiguille, la passion se cristallise. Un jour, alors qu’il était en classe de 4e, en écoutant la Rfi, il a appris que les cas de vol ont augmenté, de façon spectaculaire, en France. L’idée de résoudre cette équation lui a traversé l’esprit. « Lorsque j’ai appris que les vols ont augmenté en France. Je me disais donc, au Sénégal, un pays pauvre, il y aura plus de cas. J’ai alors commencé à réfléchir », confie le candidat au baccalauréat pour l’année scolaire 2016-2017. En 2013, il matérialise son idée. Le dispositif est une boîte munie de deux contacts permettant de basculer entre le système sonore et l’émission d’un signal lumineux. Un téléphone portable est intégré sur la façade latérale. Il est relié à un système de la boîte. L’appareil est doté d’un système qui enregistre les bruits et les conversations d’une ou des personnes qui rôdent autour de votre voiture, de votre magasin ou de votre maison. Le jeune homme a réussi à ajouter un détecteur de mouvements. L’alerte sonore, combinée au détecteur, est, entre autres, l’innovation qui a convaincu le jury de l’Oapi à lui décerner le brevet reconnu dans 17 pays africains. « Son aspect le plus innovent, c’est qu’il permet à un véhicule d’informer son propriétaire d’un vol, quel qu’en soit la distance qui les sépare, en rapportant toutes les paroles du voleur au même moment où il essaie de le voler ». L’appareil est monté à l’intérieur de la voiture.

L’usage modulable

Son usage est modulable. Les usagers peuvent s’en servir pour détecter tous les mouvements et enregistrer à distance tous les mouvements aux abords de leur maison et de leur magasin. Lorsqu’une personne ouvre la porte d’une voiture ou d’un magasin, le propriétaire reçoit à temps réel une alerte sonore ou un signal lumineux. Le jeune inventeur offre ainsi la possibilité à tous de veiller sur la sécurité de leurs biens. « L’appareil de sécurité à distance permet de protéger des zones et des véhicules à distance, en émettant un signal d’alarme sur le téléphone cellulaire de son propriétaire et un signal sonore et lumineux au niveau du véhicule ou de la zone protégée », assure l’élève en classe de terminale au lycée Mame Cheikh Mbaye de Tambacounda.

Aujourd’hui, il n’est pas seulement dans les classes. Il est aussi au Centre de formation Sénégal-Japon. C’est dans cet établissement qu’il travaille à affiner son invention avec l’aide d’autres jeunes sénégalais. En plus de l’utilité publique de l’invention, Thierno Sophiane Diallo rêve de créer beaucoup d’emplois. A condition que les partenaires l’aident à franchir le cap de la production industrielle. « Lorsque j’ai rencontré des sociétés de vente de voitures, leurs responsables ont été émerveillés par l’invention. Lors du meeting des jeunes inventeurs et jeunes entrepreneurs, mes camarades venus d’autres pays ont pris l’engagement de me soutenir à écouler ma production au niveau africain. Le marché est là », théorise l’inventeur. Thierno Sophiane Diallo ne demande pas de l’aide. Il sollicite un partenariat. Il est convaincu qu’il y a un marché national et sous-régional. Il ne croit pas que le partenaire court les risques d’investir à perte. « J’ai rencontré de jeunes inventeurs africains qui ont décollé, parce qu’ils ont obtenu des soutiens, des subventions. Ils ont décroché des partenariats qui leur ont permis de produire à l’échelle industrielle leur invention. Cela est possible avec cette invention. Si nous produisons une quantité importante d’appareils, nous pourrons rentabiliser l’investissement et créer des emplois », estime l’inventeur. C’est l’Association sénégalaise de la propriété et l’innovation technologique (Aspit) qui lui avait accordé une subvention pour la fabrication du prototype. Mais, le passage à la production industrielle est une priorité comme du reste la lutte contre le piratage.

Victime d’un piratage

Thierno Sophiane Diallo tenait à le clamer haut et fort lors de notre passage. Il a constaté, avec amertume, que des techniciens ont réussi à saisir les principes de fonctionnement de son appareil. « J’ai saisi les organes compétents pour attaquer les auteurs de piratage. Au moment où je pensais à protéger mon invention, certains ont commencé à la reproduire à l’échelle industrielle. Ces derniers tuent l’inventivité. L’État du Sénégal doit prendre des mesures fermes pour protéger les inventeurs », s’alarme Thierno Sophiane Diallo. Après le secteur de la musique, celui de l’innovation et des inventions sera-t-il gangréné par le piratage ? Cette question remet au goût du jour la protection des œuvres et la lutte contre ces mauvaises pratiques qui découragent les créateurs dans un contexte d’explosion des nouvelles technologies et de la communication.

Auteur : Idrissa SANE

Source : www.lesoleil.sn

Sénégal / Des jeunes polytechniciens fabriquent du javel avec l’eau de mer


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Le rêve peut conduire à des résultats inattendus. De jeunes polytechniciens de l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar étaient affligés de voir beaucoup d’Africains succomber lors des épidémies de maladies virales liées au manque d’hygiène et d’insalubrité. Ils ont décidé alors de s’attaquer au problème en travaillant à rendre accessible un désinfectant très usité, à savoir l’eau de javel. L’équipe pluridisciplinaire invente un dispositif et explore alors des procédés chimiques. Au bout du compte, elle a fabriqué de l’eau de javel à partir de l’eau de mer qui a les mêmes propriétés. Les premiers échantillons sont distribués à l’Hôpital Dominique de Pikine et au Marché Tilène de la Médina.

Des étudiants de l’École supérieure polytechnique de l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar (Ucad) viennent une nouvelle fois de démontrer qu’ils ne sont pas de simples consommateurs de connaissances et de technologies produites ailleurs. Grâce à des formules et procédés chimiques, ils ont fabriqué de l’eau de javel avec de l’eau de mer. Cette eau a les mêmes propriétés que l’eau de javel issue des procédés chimiques industriels. Ce sont les éléments qui entrent dans les compositions qui diffèrent.

Mais les propriétés sont les mêmes. C’est une grande avancée pour ces jeunes étudiants qui n’ont pas encore bouclé leur formation. C’est pour cela que les encadreurs ne cessent d’encourager ce groupe de jeunes tournés vers les inventions et les innovations.

Les analyses effectuées ont confirmé les priorités désinfectantes de l’eau de javel fabriquée à partir de l’eau salée ou l’eau de mer. En plus des procédés, un dispositif a été conçu pour simplifier les techniques. « Nous avons mis en place un dispositif qui produit de l’eau javel à partir de l’eau de mer. Nous avons fait en sorte que le dispositif puisse produire de l’eau de javel à partir d’un litre d’eau de mer ou d’une cuillerée de sel versée dans un litre d’eau. Le dispositif fonctionne, soit avec l’électricité, soit avec des batteries », explique Ousseynou Sylla, étudiant à l’Esp de Dakar. Contrairement à l’inventeur de ce désinfectant, le chimiste français Claude Louis Berthollet, qui avait choisi de passer par la réaction basée sur le dichlore et de la soude pour inventer l’eau de javel, les étudiants de l’Esp (Lissoune Ndiaye, Malick Demba Kidda, Alioune Badara Kamara, Yaye Fama Dieng), ont concentré leur réflexion sur une solution aqueuse salée. Ainsi tous qui ceux veulent fabriquer l’eau de javel et qui maîtrisent leur technologie peuvent le faire aussi bien près de la mer ou à l’intérieur du continent avec un dispositif léger et utilisable même en campagne. « L’eau de javel, c’est un désinfectant indispensable pour la préservation de la santé. Mais beaucoup de ménages, aussi bien dans les villes que dans les villages, n’ont pas les moyens d’avoir ces produits à suffisance parce qu’ils sont appelés à faire plusieurs dépenses dans le mois », justifie l’étudiant.

Par la simplification du procédé et la réduction des coûts de production, les jeunes polytechniciens balisent ainsi la voie à l’accès en masse à l’eau de javel. « Il suffit de mettre un litre d’eau et une cuillerée de sel et faire fonctionner l’appareil avec l’électricité ou une autre source d’énergie et avoir son eau de javel au bout de 15 à 20 minutes », commente Ousseynou Sylla.

Réduction du coût de fabrication

Les étudiants ont mis des échantillons à la disposition des populations. Des bouteilles ont été distribuées à l’Hôpital Dominique de Pikine et au Marché Tilène. Le feed-back des structures et des personnes qui ont utilisé des échantillons ont convaincu les étudiants qui peuvent participer à la lutte contre des maladies en rendant accessible ce produit. Il faut rappeler que la préservation de la santé des personnes à revenu modeste ou intermédiaire a été le point de départ de cette innovation. Pour ces jeunes polytechniciens, ce n’est pas normal en Afrique que des personnes continuent de mourir pour des questions liées à l’hygiène et à l’insalubrité. « Nous avons constaté que le manque d’hygiène et l’insalubrité causent de nombreux décès.

Or tous ces décès sont évitables si les produits désinfectants sont disponibles. Nous nous sommes dits qu’il faut se rebeller contre cet état de fait », raconte M. Sylla qui fait partie d’un groupe qui a été plusieurs lauréats des concours sur les innovations et l’entreprenariat social. Comme pour beaucoup de porteurs de projets innovants, les chances de production à une échelle importante sont minimes. L’accompagnement par des industriels est un défi à relever dans ce secteur en plein frémissement depuis l’explosion des nouvelles technologies.

L’historique d’une invention

En tout état de cause, l’invention de l’eau de Javel a son histoire. C’est le chimiste français Claude Louis Berthollet qui a été le premier à mettre en évidence les propriétés décolorantes du chlore en partant d’un procédé de blanchissement des toiles avec une solution de chlorure et d’hypochlorite de potassium. C’était en 1777.

Mais le Français doit beaucoup au chimiste suédois Scheele qui a découvert le chlore en 1774. Au fil des années, d’autres scientifiques essaieront d’affiner les procédés. En 1820, le pharmacien Antoine Germaine Labarraque étudie les qualités désinfectantes des dérivés chlorés et des hypochlorites de potassium et de sodium. Il a mis au point une solution de chlorure et d’hypochlorite de sodium. Aujourd’hui, l’innovation apportée par ces jeunes sénégalais s’inscrit dans l’affinement des procédés de fabrication.

Auteur : Idrissa SANE

Source : www.lesoleil.sn