Sénégal / Bira Gaye Guèye, Un autodidacte qui révolutionne le séchage des produits agricoles


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Agé de 67 ans, Bira Gaye Guèye n’est pas à court d’inspiration. Il a encore l’imagination fertile pour apporter une touche originale à la modernisation du matériel agricole. L’inventeur autodidacte donne un dernier coup de lime sur le tunnel de séchage ; sa dernière invention qui accélère le séchage des produits locaux comme les noix d’anacarde, des légumes et fruits. La vitesse de déplacement du tapis roulant est modulable en fonction du produit agricole introduit à l’intérieur du tunnel.

L’inventeur Bira Gaye Guèye est âgé de 67 ans. Pourtant, il ne veut pas se mettre en retrait de l’univers des inventeurs. Ses enfants qui vivent à l’étranger lui ont supplié de se reposer. Mais le vieux est toujours sur ses gardes. Il ne veut pas être laissé en rade par l’évolution des connaissances dans des domaines qu’il considère essentiels pour l’essor économique des pays comme les nôtres. Le samedi 16 juillet 2016, il était déjà dans son bureau, à son atelier, à 9 heures. Les apprentis et les maîtres n’étaient pas présents en ce début de journée. Qu’est-ce qui fait courir Bira Gaye Guèye, auteur de plusieurs inventions qui ont connu un franc succès, est-on tenté de se demander ?

En tout cas, l’autodidacte veut donner un dernier coup de lime au tunnel de séchage. C’est une caisse de forme parallélépipédique. Celle-ci est posée sur une rampe bordée des deux côtés par des chaînes. Un aspirateur est accroché sur la partie supérieure de la caisse. En bas, un brûleur injecte de l’air chaud dans le tunnel. « L’innovation réside dans le fait que nous pouvons sécher plus de quantité de produits agricoles comme les noix d’anacarde, des légumes et des fruits. Nous gagnons aussi plus de temps. En plus, la vitesse du tapis roulant est modulable en fonction des produits introduits. Nous séchons les alvéoles à œufs avec des papiers recyclés », a vanté le concepteur.

Cette nouvelle invention, exposée récemment au Salon du savoir africain, à la Place du Souvenir, a déjà convaincu des producteurs des pays africains. Bira Gaye Guèye a une philosophie : la fabrication des machines adaptées à l’évolution du secteur agroalimentaire des pays africains. « Nous devons suivre l’évolution. Nous devons moderniser nos machines servant à soutenir le secteur agro-alimentaire. Les moulins à mil d’une capacité d’une tonne par jour sont dépassés », a-t-il fait remarquer, soulignant que la vieillesse est un état d’esprit.

La production de l’énergie propre

Malgré son âge, il nourrit encore beaucoup d’ambitions. Dans son atelier, son bio-digesteur est en phase de finition. Il rêve de créer un cycle de production de l’énergie propre chez les restauratrices de Dakar. « Avec ce bio-digesteur, nous pouvons produire, grâce aux résidus alimentaires, du gaz méthane qui a un pouvoir calorifique plus important que le gaz butane. Nous pouvons faire fonctionner un groupe électrogène. Donc, si nous mettons ce bio-digesteur à la disposition des restaurateurs et des restauratrices, ils pourront faire beaucoup d’économie », a souligné le concepteur.

Le vieux Bira a constaté que les propriétaires de restaurant dépensent beaucoup pour l’achat la recharge des bouteilles de gaz butane, alors qu’ils ont la possibilité de faire la cuisson avec les épluchures de légumes, des restes d’aliments, des viscères de poissons, entre autres déchets biodégradables. Comme dans des pays asiatiques, l’utilisation à grande échelle de ce bio-digesteur pourrait soulager des ménages dans la banlieue. Il est parti d’une loi de la science bien connue de tous : « Le gaz méthane est produit avec toutes les matières qui se décomposent en l’absence de l’oxygène ». Le bio-digesteur sera couplé à une de ces nouvelles inventions : les toilettes écologiques. « Nous comptons installer plus de 5.000 toilettes écologiques dans la banlieue. Nous pouvons à la fois produire de l’énergie et du compost », a révélé le concepteur.

L’avocat des inventeurs

L’inventeur ne s’impose pas de limite en matière de recherche de connaissances. Le sexagénaire parle des principes de la physique avec une certaine maîtrise et passion. Il s’intéresse à la mécanique, à l’électromécanique et à l’électronique. Il n’a pas été à l’école des Blancs pour parler comme l’auteur de « L’Aventure ambigüe ». Pourtant, il parle assez couramment le français. « C’est un surdoué. Il n’a jamais fréquenté l’école française. Il a fait plusieurs inventions que le Sénégal peut utiliser pour résoudre les problèmes de développement », avait témoigné Mamadou Guèye, un fonctionnaire à la retraite. Il ne prêche plus pour sa chapelle. Il a fait son temps. Mais de temps en temps, il enfile la robe d’avocat pour défendre le secteur de l’artisanat. Le concepteur ne croit pas que nos pays peuvent réussir leur émergence en consommant les technologies venues d’ailleurs. Il ne croit également pas à l’essor de l’artisanat sans un appui conséquent des pouvoirs publics. « Il y a un potentiel de créativité qui est là, mais faudrait-il que les autorités nous aident. C’est une question fondamentale à laquelle nous devons répondre », a laissé entendre le technicien.

Auteur : Idrissa SANE

Source : www.lesoleil.sn

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