La science russe reprend des couleurs


Après un trou noir de dix ans, la recherche scientifique et technologique de la Fédération de Russie repart sur de nouvelles bases.

Avec environ 1,17 % du PIB investi dans la recherche et le développement en 2005, la Fédération de Russie ne fait plus partie des champions de la science et de la technologie. Mais, après l’exode des chercheurs vers l’Occident, l’effondrement des budgets dédiés à la recherche civile et l’évaporation des salaires des fonctionnaires, les bonnes nouvelles sont enfin de retour. Le gouvernement a annoncé récemment plusieurs mesures de relance et la Douma a approuvé un plan de soutien pluriannuel à la « recherche fondamentale et au progrès technologique ».

R&D_Russe_2007

Pour la période 2006-2010, le gouvernement a retenu 7 disciplines dont le développement est jugé prioritaire : les technologies de l’information et des télécoms ; les sciences du vivant ; l’utilisation rationnelle des ressources naturelles ; les systèmes et matériaux à l’échelle nanométrique ; les systèmes de sécurité et technologies contre le terrorisme ; les technologies liées à l’industrie de la défense et l’énergie et économies d’énergie.

Partenariats

Certes, plus de la moitié des budgets publics continuent d’irriguer prioritairement les deux pivots de l’industrie russe : la défense et l’espace. Mais le flot puissant des pétroroubles alimente désormais des disciplines comme les nanosciences ou le développement durable. Un slogan simple résume la nouvelle donne : « Développer une science innovante et compétitive. » Il s’agit en fait de maintenir les points forts historiques du pays – physique, chimie, matériaux, sciences de l’univers, mathématiques – et de renflouer plusieurs faiblesses chroniques – sciences du vivant, technologies de l’information, environnement, sciences humaines et sociales.

Ce redéploiement s’accompagne de vigoureux coups de sécateur dans les structures militaro-technologiques héritées de l’ex-URSS. Plus de 2.500 instituts de recherche publics, dont une majorité travaillant pour la défense, ont été recensés en 2005. Le recentrage en cours ne fait pas dans le détail. Selon un rapport publié par l’ambassade de France à Moscou (1), seulement une centaine de laboratoires nationaux et de centres de recherche d’Etat devraient demeurer dans le giron de l’État. Avec un budget annuel de 5,6 milliards d’euros les 400.000 chercheurs russes ne roulent pas sur l’or. L’Etat central finance encore 60 % de ce total devant l’industrie (21 %) et les entreprises étrangères (7,5 %) (2). Moscou a retenu 7 domaines jugés prioritaires (lire la légende). L’Académie des sciences de Russie (ASR), fondée en 1724 par Pierre le Grand, joue un rôle clef dans cette révolution des esprits. Malgré une moyenne d’âge supérieure à 70 ans, ses 500 membres vont orchestrer la modernisation. Autrefois indépendant et tout-puissant, le président de l’ASR, Youri Ossipov, et son praesidium de 50 dignitaires élus sont désormais placés sous la férule tatillonne du ministère de l’Éducation et de la Science. La Russie compte aussi sur des coopérations de type « donnant donnant » avec des industriels étrangers pour dynamiser son secteur high-tech. « Le problème de la propriété intellectuelle qui était un point noir du système est en passe d’être résolu. La collaboration avec le groupe pharmaceutique Servier est un bon exemple de ce que nous pouvons faire avec des entreprises européennes », explique dans un français impeccable Mikhaïl Evdokimov, directeur adjoint de la coopération avec l’Europe, au ministère des Affaires étrangères de la Fédération de Russie, à Moscou. En fait, on applique une formule qui a fait ses preuves ailleurs : « Si tu me passes ta technologie et tu t’installes chez moi, je te garantis un accès à mon marché. » Plusieurs multinationales possèdent déjà une implantation significative : Sun Microsystems, EADS, Microsoft, Siemens, Safran… Selon un rapport de la Cnuced, dès 2009, la Russie pourrait devenir une destination « attractive » pour les grands groupes qui misent sur la mondialisation de la R&D. Selon Mikhaïl Evdokimov, le choix semble évident : « L’Europe est le partenaire naturel et privilégié de la Russie. Dans 15 ou 20 ans, nous verrons apparaître d’autres concurrents en Asie et il faut se préparer à les affronter. Nous n’avons pas d’autre choix que l’Union européenne. Dommage que Bruxelles ne réussisse pas à avoir une position commune sur ce sujet. »

Aides à l’innovation

Mais le plus gros handicap du pays reste le retard « culturel » pour 3 ingrédients essentiels à l’innovation : le transfert et la valorisation des découvertes académiques, la mobilisation des entreprises et la disponibilité d’outils financiers de type capital-risque. Un fonds de soutien aux petites entreprises innovantes et des zones économiques spéciales (similaires aux pôles de compétitivité) ont été décidés. Les premiers résultats se font sentir. Alors que la production scientifique du pays s’est littéralement effondrée au cours des années 1990 (3), le nombre de brevets déposés a progressé de 50 % au cours des dernières années (tout en restant à un niveau faible). Le pouvoir estime que le potentiel scientifique et le niveau d’éducation du pays sont favorables à ce virage vers l’économie du savoir.

Mais le plus dur reste sans doute à venir. Le programme quinquennal annoncé en 2006 annonce une organisation à l’anglo-saxonne. Elle s’appuie sur un trépied : un système sélectif favorisant l’émergence de centres d’excellence, l’accent sur les applications et la priorité donnée aux financements sur projet plutôt qu’aux crédits récurrents. Pendant la première phase, entre 2007 et 2009, les efforts doivent porter sur « l’accélération de la commercialisation des technologies jugées prioritaires par le président ».

Pour motiver les troupes, le gouvernement a fixé quelques objectifs dignes du Gosplan (4) d’autrefois. Au programme : d’ici à 2012, il faudra développer 127 à 136 technologies concurrentielles destinées à la commercialisation, mettre en application 5 à 8 technologies dans lesquelles le pays possédera la primauté mondiale et attirer plus de 20.000 jeunes spécialistes formés à la R&D. Signe des temps, les salaires des chercheurs et ingénieurs doivent augmenter « fortement ». En 2004, le revenu moyen dans la R&D était de l’ordre de 250 euros par mois. Sûrement pas de quoi faire des folies à Moscou devenue selon les dernières statistiques « la ville la plus chère du monde ».

(1) « État des lieux de la R&Den Russie » (mars 2007).
(2) Voir le dossier consacré à la R&D en Russie publié par l’Observatoire des sciences et des techniques en septembre 2006.
(3) La Russie représente 2,4 % des publications scientifiques mondiales et se situe au dixième rang mondial (chiffres ISI Thomson 2004).
(4) Système de planification de la production sous l’ère soviétique.

Auteur : ALAIN PEREZ

Source : www.lesechos.fr

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