Invention française : le GPS sans GPS


La localisation par GPS repose sur la réception de signaux radio envoyés par des satellites, ce qui nécessite d’être en visibilité directe, d’être dans une zone géographique couverte par les satellites et de ne pas être victime d’un brouillage. En effet, il est facile à des esprits mal intentionnés d’utiliser des brouilleurs à quelques dizaines d’euros, voire d’en fausser délibérément les résultats avec des systèmes à une centaine d’euros.

Le GPS n’est donc pas utilisable quand la sécurité doit être absolue. C’est pourquoi, pour les applications militaires par exemple, on recourt à un système de navigation beaucoup plus sûr : la navigation inertielle de haute précision. Elle nécessite un matériel lourd et coûteux (gyroscopes, accéléromètres de très haute précision) inaccessible au grand public.

David Vissière raconte comment sa société, Sysnav, a mis au point un système de localisation n’utilisant pas le GPS, disponible partout, fiable et surtout accessible financièrement pour le grand public.

Pour obtenir un système peu coûteux, il faut remplacer les gyromètres et les accéléromètres très haute performance de la navigation inertielle classique par de petits capteurs en silicium que l’on retrouve dans nos téléphones portables, qui mesurent quelques millimètres de côté, pèsent une dizaine de grammes, consomment quelques microampères et coûtent quelques centimes d’euros. La performance de ces capteurs est un milliard de fois plus faible que celle des capteurs de haute précision, mais ils coûtent un million de fois moins cher.

L’innovation consiste à pallier leurs insuffisances en exploitant les variations locales du champ magnétique modélisées au travers des équations de Maxwell de l’électromagnétisme, qui permettent de déterminer la vitesse en 3D du capteur.

« Nous avons testé notre prototype dans les couloirs du sous-sol du ministère de la Défense à Vernon. Nous obtenions moins d’un centimètre d’erreur sur un déplacement d’un mètre. Nous avons ensuite essayé des applications destinées à l’automobile avec un premier démonstrateur qui mesurait quelques centimètres d’une autonomie de trois mois environ. Nous l’avons testé en parallèle d’un GPS à bord d’une voiture pour comparer le tracé indiqué par notre système et celui indiqué par le GPS. Actuellement, le système permet, sur une distance Paris-Limoges, de retrouver la place de parking d’où nous sommes partis en connaissant seulement le point de départ. »

La société Sysnav est créée à la fin de l’année 2008, et le premier contrat date de novembre 2008. Il s’agit d’une petite prestation, d’un montant de 5 000 euros. Durant sa première année d’exercice, la société reçoit un soutien plus important et décroche un certain nombre de contrats avec un chiffre d’affaires de 149 k€. « Il nous a fallu pratiquement six mois pour y parvenir, commente David Vissière, et je crois que c’est un délai incompressible. Même lorsque les gens sont convaincus de l’intérêt du projet, il faut du temps pour obtenir, concrètement, une signature auprès de nos partenaires qui étaient presque tous de grands comptes.

« Deux ans plus tard, Sysnav comptait sept salariés à temps plein, dont six docteurs ingénieurs. Aujourd’hui, elle emploie dix-sept collaborateurs dont huit polytechniciens. Sur les cinq premières années, il a fallu investir plus de 5 millions d’euros en projets R&D. Environ 30 % de cette somme a été financée par les appels à projets remportés, et le reste par des contrats. »

La société a choisi un modèle économique mixte, alliant la R&D pour son propre compte et des études pour des clients, ce qui dispense de recourir à des financements extérieurs et de prendre le risque d’une croissance mal maîtrisée. Elle bénéficie des nombreuses aides offertes à la R&D en France, notamment à travers les appels à projets ANR (Agence nationale de la recherche) et FUI (Fonds unique interministériel) et en Europe (7e PCRD, fonds FEDER). Ces aides couvrent 30 % à 40 % des recherches.

« Nous avons été surpris lors du montage de la société, constate David Vissière, de trouver relativement peu d’appui, au quotidien, auprès des structures d’aide à la création d’entreprise. D’une façon générale, nous avons eu beaucoup de mal à trouver de l’aide sur les aspects entrepreneuriaux et commerciaux. Pour l’essentiel, nous avons dû nous débrouiller seuls, alors que nous étions complètement novices dans ce domaine. Malgré l’existence de nombreuses structures d’aide à la création d’entreprise, on a le sentiment qu’il n’existe pas vraiment de chemin tracé pour les entrepreneurs porteurs d’une innovation avant tout technique. Nous avons, en revanche, bénéficié d’un soutien important pour les aspects liés à l’installation de l’entreprise et à certains de ses investissements initiaux. »

Auteur : JMD

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