Chine / Un éleveur de poulets inventeur de sous-marins


L’engin de deux tonnes à propulsion électrique, d’un orange vif, baptisé «L’Agneau heureux», d’après un personnage de bande dessinée, a été assemblé boulon par boulon, en neuf mois, par Tan Yong, un paysan du Hubei…

sous-marin_tan_yong_2014

Photo prise le 2 novembre 2014 de l’éleveur de poulets chinois Tan Yong qui s’apprête à plonger dans le lac du Danjiangkou avec son sous-marin fait maison.

Depuis l’étang qui borde son village natal, l’éleveur de poulets chinois Tan Yong émerge des eaux vertes aux commandes de son sous-marin «fait maison», ravi de son exploit de bricoleur rural. L’engin de deux tonnes, d’un orange vif, baptisé «L’Agneau heureux», d’après un personnage de bande dessinée, il l’a assemblé seul, boulon par boulon, en neuf mois, avant de plonger avec jusqu’à huit mètres de profondeur.

Le navire est à propulsion électrique; à l’intérieur, manomètres et autres cadrans indicateurs de pression sont vissés à même la paroi de l’étroite cabine, au-dessus de tuyaux en plastique qui ne dépareilleraient pas sous un évier de cuisine. Les instructions pour le maniement du submersible sont griffonnées à la main sur des bouts de papier scotchés, à côté d’une profusion de câbles électriques s’échappant de boîtes à fusibles.

«Ca, c’est la pompe à air, ça sert à plonger ou à remonter», explique Tan, ajoutant d’un ton détaché: «Je n’ai prévu aucune sortie de secours.» Tan, 44 ans, est né deux ans avant le fameux Yellow Submarine des Beatles, sorti en 1968. Mais ici, dans la campagne perdue de la province centrale du Hubei, il n’a jamais entendu parler d’une chanson vantant un quelconque sous-marin bariolé.

«Paysans de Vinci»

A l’heure où la Chine affirme ses ambitions navales, Tan, qui vit de la vente de ses poulets, a conçu son projet il y a deux ans, avec un prototype sorti en mars dernier. «Je n’ai jamais étudié tout ça à l’école, j’ai tout puisé dans mon imagination», dit-il. Autour des hublots, il s’affaire à rajouter une couche de pâte d’étanchéité, au cas où, avant de saluer de la main avec entrain admirateurs et curieux et de refermer sur lui l’écoutille, ornée d’une étoile rouge écarlate, Chine communiste oblige.

Sous les hourras des amis massés sur la berge, l’engin s’éloigne alors en ronronnant sur le lac de Danjiangkou, propulsé par ses cinq batteries de voiture, avant de s’enfoncer doucement au milieu des bulles et de disparaître. Tan est représentatif de ces inventeurs autodidactes, surnommés en Chine les «Paysans de Vinci», qui se sont mis ces dernières années à fabriquer d’improbables inventions, sans grand souci de leur valeur pratique.

On compte parmi eux un coiffeur du Zhejiang, dans l’est du pays, auteur d’un aéronef équipé de roues empruntées à un fauteuil roulant, et d’un siège exhumé d’un kart. Fin 2012, un ancien agriculteur du Hebei, dans le nord, avait eu son heure de gloire en réalisant des sphères en fibre de verre, abris censés résister aux déluges annoncés de l’apocalypse du calendrier maya. Cette année, l’agriculteur Jian Lin, 31 ans, a fait une traversée remarquée de son village du Sichuan, dans le sud-ouest du pays, aux commandes de son tank «fait maison».

4.000 euros et pas mal de tensions conjugales

«Ils sont déterminés et n’ont peur de rien, pas même des moqueries», dit d’eux l’artiste Cai Guo-qiang, organisateur en 2010 d’une exposition à Shanghai d’œuvres de «bricoleurs ruraux». «Sous un régime communiste, les gens vivaient et travaillaient collectivement et il n’y avait pas de place pour l’individualisme», a-t-il commenté, soulignant que «l’émergence des « paysans de Vinci » montre que la créativité des ruraux en Chine prend forme lentement et gagne du terrain».

Sous les eaux silencieuses du lac, Tang demeure invisible et indétectable pour ses amis sur la berge. A huit mètres sous la surface, où il peut rester 45 minutes, il lui est arrivé de se faire très peur, a-t-il raconté avant sa plongée. «Je peux garantir la sécurité jusqu’à 10 mètres de profondeur. Au-delà, je ne suis sûr de rien.» Mais l’étoile rouge finit par émerger de la surface et, l’écoutille ouverte, Tan lance, tout sourire, un «pas de problème!»

Son atelier, parsemé de bouts de ferraille, est installé dans une remise de la ferme de ses parents. Le sous-marin lui a coûté l’équivalent de 4.000 euros, et pas mal de tensions conjugales. «Si j’en fabrique un autre, j’atteindrai les 30 à 50 mètres sans problème. Il me faut juste de l’acier plus épais», dit-il. Son fils de huit ans, Tan Junfeng, est plus sceptique: «On n’a déjà pas beaucoup d’argent et papa dépense tout. Ca m’étonnerait qu’il en fasse un autre.»

Source : AFP

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s