Après l’industrie, les robots se multiplient dans l’univers des services


Des entrepôts des distributeurs aux maisons de retraite, les robots sont déjà une réalité. Une tendance qui va se renforcer avec la voiture sans chauffeur et d’autres innovations concrètes.

Depuis Jules Verne – pour ne pas parler du cheval de Troie – jusqu’à la série suédoise « Real Humans » et ses androïdes employés de services parfois très intimes, le robot est un objet de fantasme. Les études sont nombreuses pour prédire le grand remplacement des employés – après les ouvriers des usines – par des automates. Selon Gartner, la société de conseil high-tech américaine, un tiers des emplois pourraient être occupés par des robots dans dix ans. Et presque la moitié dans 20 ans.

Alors fantasme ou réalité ? Sans jouer les Cassandre, force est de constater que les robots quittent les ateliers industriels et apparaissent dans de plus en plus d’activités de service. Les services, un secteur de main-d’œuvre par excellence.

Des articles sans les journalistes

C’était il y a quelques semaines, lors du premier tour des élections départementales. Pour la première fois en France, un robot a écrit près de 36.000 articles courts, sur Lemonde.fr. Le site du quotidien a testé ce procédé avec Data2Content, une agence de robots rédacteurs de la société Syllabs. Les textes étaient préécrits et automatiquement remplis avec les résultats de chaque canton. Aux États-Unis, le système fonctionne déjà chez plusieurs médias, notamment lors de compétitions sportives.

A l’avenir, le système pourrait encore se perfectionner grâce aux logiciels d’intelligence artificielle et à l’analyse plus poussée des données. C’est ainsi que l’on a assisté récemment au premier « scoop » déclenché par un robot. La société Selerity a publié les résultats financiers du premier trimestre de Twitter, fin avril, car ses robots ont détecté l’erreur de l’entreprise américaine, qui les avait mis en ligne par mégarde sur son site investisseurs.

S’il est encore trop tôt pour parler de déferlante, la multiplication des exemples et des initiatives dessine ce qui ressemble à une tendance. Dans la logistique, tous les distributeurs français sont en train de réorganiser en profondeur leurs entrepôts. Et de les automatiser. Objectif ; 5 % à 10 % d’économies sur les coûts d’éclatement, qui seront réinjectés dans la guerre des prix. Leclerc, en Alsace, a déjà construit un site entièrement automatisé équipé de transtockeurs géants. Les autres enseignes étudient des solutions plus souples, comme celles de la start-up Balyo, qui automatise des traditionnels Fenwick. Pour 50.000 euros environ, on remplace un conducteur. Le belge Delhaize a déjà adopté la technologie.

Prudence sociale

Toujours dans le secteur de la distribution, les caisses automatiques et le scanning de chariots pleins existent depuis des lustres. Seule la prudence sociale des enseignes les empêche aujourd’hui de supprimer des dizaines de milliers de postes de caissières. Bientôt, des robots permettront aussi de repérer les produits manquants en rayon et d’aider au réapprovisionnement.

Après les chariots élévateurs, ce sont les nettoyeuses industrielles qui pourront être automatisées. Et déjà, des dizaines de milliers d’aspirateurs, dont certains passent aussi la serpillière, sont vendus chaque année par iRobot et ses concurrents. Le cauchemar des femmes de ménage.

Des chariots qui roulent tout seuls

L’automatisation n’est pas une nouveauté pour les entrepôts. Mais jusqu’à présent, elle supposait des investissements massifs dans de grands transtockeurs, ainsi que l’a fait Leclerc dans la région Alsace. Grâce à des solutions comme celles de Balyo, on peut rendre autonome un chariot élévateur pour un coût qui ne dépasse pas 50.000 euros. Un chariot Fenwick, le constructeur avec lequel la jeune pousse a passé un accord stratégique. Concrètement, le robot Balyo permet au chariot de se repérer dans l’espace, de reconnaître son environnement grâce à un Lidar, un système de télédétection par laser. Plus besoin d’installer des réflecteurs au quatre coins du bâtiment. Utilisée par Delhaize en Belgique ou Carrefour en Espagne, cette technologie permet de diminuer les coûts logistiques, ce que recherche aujourd’hui tous les distributeurs. Elle peut aisément fonctionner aussi sur les nettoyeuses industrielles qui lavent le sol des entrepôts et des magasins.

Si Balyo n’a réalisé que 3,2 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2014, ses ventes connaissent des progressions à trois chiffres, signe de l’engouement des entreprises pour la robotique, pour peu qu’elle apporte des solutions simples. Car les tâches à valeur ajoutée, y compris dans les entrepôts, demeurent encore l’apanage des hommes.

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Des robots « invisibles »

Plus sophistiqué, Nao le petit robot androïde d’Aldebaran, aujourd’hui propriété du japonais Softbank, pénètre les maisons de retraite. Des robots sont aussi en train d’arriver dans les vignes et les champs français. Des robots tracteurs pour un désherbage écologique « comme à la main » effectué autrefois par des saisonniers. Sur quatre roues également, les voitures sans conducteur de Google ou les projets de Safran et Valeo. Une perspective qui fait rêver Travis Kalanick, le patron d’Uber.

Fonction ludique en maison de retraite

D’abord avec une fonction ludique ou de médiateur. C’est le créneau de la jeune société belge QBMT, qui adapté le robot Nao d’Aldebaran et l’a baptisé Zora. « Passionnés de robotique et travaillant dans les pays arabes, nous pensions destiner Nao qui parle 19 langues à des fonctions d’accueil dans la restauration ou l’hôtellerie », explique Fabrice Goffin cofondateur de QBMT en 2013. Tout bascule lorsqu’un médecin belge les contacte en leur demandant d’adapter le petit robot à la prise en charge d’enfants hospitalisés.

Très rapidement, ce sont aussi les maisons de retraite, en Belgique et aux Pays-Bas, qui sont déclarées intéressées. Elles ont déjà acheté 86 exemplaires de Zora et QBMT compte en diffuser 450 cette année dans toute l’Europe. Le prix : 15.000 euros ou 270 euros par mois sur cinq ans. Zora aide les personnes âgées à faire de la gymnastique en mimant les gestes. Et, surprise, un lien particulier se noue entre les personnes âgées et la machine.

Dans l’univers des services, il faut souligner également la montée en puissance des robots « invisibles », comme les services d’accueil vocaux automatisés, de l’américain Nuance notamment, qui commencent à être utilisés dans les centres d’appels. Sans compter, dans le même ordre d’idées, la digitilisation de nombreuses fonctions. L’investissement de 60 millions que va réaliser Air France-KLM dans de nouvelles bornes interactives et des dépose-bagage automatiques (en 45 secondes) en est une illustration.

Autant d’exemples concrets qui ne relèvent pas de la science-fiction. L’automation menace toutes sortes de fonctions. « Je ne crois pas que cela soit entré dans l’esprit des gens « , indiquait récemment Bill Gates au « Wall Street Journal « .

iRobot, le champion des aspirateurs

Comme quoi, l’armée mène vraiment à tout. Lancé en 1990 par une bande d’ingénieurs du MIT, iRobot fait ses armes en usinant des engins d’exploration pour la Nasa et de déminage pour les GI. Depuis, la start-up de Boston a trouvé terrain moins hostile : votre maison. Aujourd’hui, 90 % de l’activité d’iRobot provient de la vente de robots aspirateurs, serpillières, laveurs de piscine ou nettoyeurs de gouttière.

Cotée au Nasdaq depuis 2005, l’entreprise affiche 557 millions de dollars de recettes en 2014 (pour un résultat net de 38 millions et 500 salariés). Selon ses estimations, iRobot détient un petit 15 % du marché mondial de la robotique de service, qu’il estime à 7 milliards de dollars annuels. Depuis 2002, iRobot a écoulé plus de 13 millions de robots de service. Et plus de 5.000 robots pour les forces militaires ou civiles depuis sa création.

Auteur : PHILIPPE BERTRAND

Source : www.lesechos.fr

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