Inquiétudes sur le capital-innovation français


Levées de fonds, investissements… En 2014, tous les indicateurs d’activité des fonds de capital-risque, dont le métier consiste à investir dans des start-up, ont en effet viré au rouge, d’après les données publiées par l’Afic (Association française des investisseurs en capital).

Rappelons qu’au sein du capital-investissement, on distingue le capital-développement, le capital-transmission et le capital-innovation (ou capital-risque). Les deux premiers métiers, situés en aval de la chaîne de financement des PME, se sont développés en 2014 alors que le troisième (le capital-risque, donc), destiné à financer les premiers pas des start-up, est en recul. Au global, les chiffres 2014 de l’ensemble sont particulièrement bons mais avec une grosse zone d’ombre au niveau du capital-innovation.

La preuve avec le nombre de jeunes pousses financées, en recul de 6,6% par rapport à 2013, à 438, alors que le capital-investissement dans son intégralité, tous métiers confondus, a alloué des fonds à 1.648 PME, soit une hausse de 6%. Idem en valeur : le capital-investissement a injecté 8,73 milliards d’euros dans l’économie française en 2014, un montant en hausse de 35%, tiré par le capital-développement et par le capital-transmission, deux métiers en aval de la chaîne de financement des PME. A l’inverse, les fonds de capital-innovation, qui financent les premiers pas des start-up, ont investi 626 millions d’euros seulement l’an dernier, soit un recul de 2,5%.

En 2013 déjà, l’Afic avait qualifié les 642 millions d’euros investis par le capital-risque de montant « très insuffisant, ne permettant pas de faire face aux enjeux du financement de l’innovation en France. » A titre de comparaison, le capital-innovation américain avait investi 21,3 milliards d’euros la même année, soit 33 fois plus. Rapporté au poids des économies respectives, le capital-risque pèse donc 5,7 fois moins en France qu’aux États-Unis. Une situation qui ne va pas aller en s’arrangeant, à l’aune des levées de fonds réalisées en 2014.

Certes, le capital-investissement français dans son ensemble peut se targuer d’avoir levé l’an dernier 10,1 milliards d’euros auprès d’investisseurs institutionnels et particuliers, une somme en progression de 24% par rapport à 2013 et, surtout, à nouveau équivalente à la moyenne annuelle d’avant la crise financière de 2008. Mais, là encore, le capital-risque dépare, avec des fonds levés en chute de près de 40%, à 828 millions d’euros. Une évolution de mauvais augure pour la capacité du capital-innovation français à financer les start-up, au cours des prochaines années. « Nous devons être vigilants à ce sujet, compte tenu de la forte dynamique de création d’entreprises en France », a souligné Michel Chabanel, président de l’Afic.

Il faut dire que le capital-innovation affronte des vents contraires, compte tenu, notamment, des incertitudes entourant le maintien des dispositifs FIP (fonds d’investissement de proximité) et FCPI (fonds communs de placement dans l’innovation). Les FIP et les FCPI, qui représentent la moitié environ des ressources du capital-innovation français et qui ouvrent droit à des réductions fiscales pour leurs souscripteurs, sont en effet considérés comme des aides d’Etat indirectes, depuis l’entrée en vigueur des nouvelles règles européennes en la matière, le 1er juillet dernier. Des discussions sont en cours entre Bercy et la Commission européenne sur la mise en conformité des dispositifs fiscaux liés aux FIP-FCPI. Dont le régime actuel demeure, mais pour combien de temps ?

Autre interrogation, l’avenir du « corporate venture. » Fin 2013, le gouvernement avait souhaité favoriser l’essor des fonds de capital-risque lancés par des industriels, en ouvrant le droit à un amortissement fiscal de cinq ans des investissements réalisés par les grandes entreprises dans des PME innovantes. Las ! Cette proposition est elle aussi sur le bureau de la Commission européenne, qui n’a pas encore décidé si ce mécanisme fiscal s’apparentait, ou non, à une aide d’État. « L’examen en cours à Bruxelles des dispositifs fiscaux liés aux FIP-FCPI et au corporate venture, soutiens indispensables au développement des start-up en France, sera une étape structurante », prévient Michel Chabanel.

Source : La Tribune

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s