Politiques d’innovation : pourquoi ça ne marche pas en France


Beaucoup de moyens sont déployés en faveur de l’innovation, mais les performances françaises restent décevantes. Faute de climat propice ?

L’objectif principal de ce travail est de comprendre pourquoi les politiques publiques en faveur de la recherche et de l’innovation en France n’ont pas produit, ou du moins pas encore, des résultats à la mesure des moyens investis. Une première réponse tiendrait au simple fait que la mise en place de nombre de ces dispositifs est encore trop récente. De ce point de vue, les signes avant-coureurs du dynamisme de la French Tech laisseraient présager que le succès des politiques publiques pour renforcer la capacité d’innovation de la France est en bonne voie.

Masquer des défaillances institutionnelles ?

Mais, aussi plausible qu’elle soit, cette réponse n’empêche pas de faire un état des lieux. Il apparait qu’au-delà de la multitude de dispositifs pour aider la R&D et l’innovation en France, leur effet tarde à se manifester, ce qu’atteste l’écart de performances entre la France et les économies européennes qui, comme elle, sont engagées dans l’économie de la connaissance. Ce constat amène à explorer quelques pistes pour comprendre pourquoi, malgré l’abondance des moyens et des dispositifs consacrés à ces politiques, les performances du pays restent en deça de ce qu’on est en droit d’attendre. Dès lors, une question importante se pose. Ces dispositifs cherchent-ils à corriger véritablement des défaillances de marché bien identifiées, ce qui constitue leur justification première, ou ne servent-ils qu’à masquer des défaillances institutionnelles plus difficiles à identifier et, le cas échéant, de quelles défaillances institutionnelles s’agit-il ?

En dessous des pays européens comparables, faute de climat propice à l’innovation

Le constat qui se dégage de l’état des lieux des politiques de l’innovation en France est que les performances situent la France en dessous de pays européens comparables alors même que les moyens financiers que ces politiques mobilisent la situent parmi les pays les plus engagés. Parmi les différentes explications de cet écart entre moyens et performances, l’une des conclusions qui se dégagent est que l’accumulation des mesures en faveur de la R&D des entreprises ne peut se substituer à la création d’un climat vraiment propice à l’innovation. En clair, il s’agirait surtout de refonder une confiance collective minimale pour parvenir à une capacité d’innovation à la mesure des efforts déployés.

Manque de coopération entre l’université et les entreprises

Trois obstacles importants semblent devoir être distingués. Le premier est celui du faible niveau de coopération entre deux des principaux agents du système d’innovation, les entreprises et l’université. Le climat actuel entre ces deux types d’agents est plus proche de la défiance que de la confiance. Le second obstacle concerne les inégalités que le pays subit, en dépit de l’égalité proclamée des droits, notamment dans les performances du système éducatif. Le troisième obstacle nait du déséquilibre entre les agents en place (les insiders) et les nouveaux agents (les outsiders), les premiers recevant un traitement préférentiel par rapport aux seconds. C’est évidemment préjudiciable à la nouvelle économie dont le processus de destruction créatrice est le paradigme constituant en matière d’innovation.

Ce troisième obstacle se traduit par des aides publiques pour sauver des emplois statutaires dans les grandes entreprises, alors que la précarité et le chômage sont le lot de beaucoup de jeunes. Ces obstacles ne peuvent être surmontés en empilant simplement des dispositifs, fussent-ils en faveur de la R&D, car c’est à la correction de ces défaillances institutionnelles et non à des défaillances de marché qu’il conviendrait de s’attaquer. La thèse que nous développons dans cette étude est qu’au-delà de son rôle traditionnel de correcteur des défaillances du marché, un autre rôle de l’État, au moins aussi important que le précédent, pourrait être celui d’ouvreur d’opportunités ou de facilitateur d’innovation, notamment en accompagnant les innovations technologiques par des innovations de société.

Contribuer à de nouvelles formes de fonctionnement de la société

Ce rôle est particulièrement approprié pour tout ce qui concerne le développement du lien social que permet l’ère numérique. L’opportunité de contribuer à de nouvelles formes de fonctionnement de la société, favorisant le lien social, en transformant les modes de vie que permettent les nouvelles technologies numériques, nous semble être une opportunité intéressante que l’État pourrait et devrait exploiter. Trois voies sont suggérées.

La première consiste à introduire de profondes transformations des modalités d’enseignement à l’école, afin de réduire les inégalités sociales observées et de développer les qualités individuelles que requiert une société de la connaissance. La deuxième voie est de contribuer à mettre sur pied une infrastructure de plateformes communes pour la satisfaction de besoins de base, en introduisant des règles spécifiques sur la qualité des services offerts sur ces plateformes. Cette mesure serait la contrepartie contemporaine de la création de services publics durant la révolution industrielle antérieure. La troisième voie enfin, ouverte par l’économie du partage, consiste à accompagner le développement des technologies numériques, en mettant à disposition des utilisateurs, des « solutions » combinant à la fois un équipement spécifique et l’ensemble des services qui lui sont associés, sous forme de prestations à la personne, ce qui permettrait à la fois de substituer une logique d’usage à une logique de propriété, et de créer de nombreux emplois correspondant à l’offre de ces services. Ces trois voies ont pour objectif commun de faire en sorte que l’ère de l’économie numérique soit vécue comme une ère où le lien social s’est accru et non comme une ère de progrès technologique menaçant, comme elle est parfois perçue.

Ce texte est publié en partenariat avec les JECO, journées de l’Economie, qui se tiennent à Lyon du 8 au 10 novembre.

Auteur : David Encaoua, Centre d’Économie de la Sorbonne, en partenariat avec les JECO.

Source : www.latribune.fr

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