L’incroyable histoire aveyronnaise des Kapla


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Soixante-dix ans, toutes ses dents. En cet après-midi d’août pluvieux, Tom van der Bruggen patiente, attablé au bistrot d’un petit village accroché à la vallée du Tarn. Il a quitté l’Aveyron au début des années 90. N’y revient que pour rendre visite à son fils, Jean-Daniel, installé à la frontière tarnaise.

L’homme, d’une élégance rare, est l’inventeur des Kapla. Ces petites planchettes de bois qui continuent de faire le bonheur de milliers de gamins à travers le monde. C’est en Aveyron, à Lincou exactement, qu’elles ont vu le jour. Aussi surprenant que cela puisse paraître. L’histoire est méconnue.

Au doigt et à l’œil

Nous sommes à la fin des années 60, la vague hippie déferle sur la France puis l’Europe. Tom van der Bruggen, lassé de sa Hollande natale, « un pays qui ne (lui) convient pas », cherche une échappatoire. « Un retour à la nature », comme il aime à le raconter avec quelques années de recul. Francophile, il jette son dévolu sur l’Hexagone.

S’empare d’une carte, observe un mystérieux « cercle » privé de tout axe de communication, de Bordeaux à Montpellier en passant par Limoges et Toulouse. Pointe le centre : Lincou. En 1969, il vend son magasin d’antiquités à La Haye. Vient « en repérage » dans le coin avant d’acheter, l’année suivante, celle de ses 25 ans, le château de Salomon en ruines, sur les berges du Tarn, où il emménage.

« Planchettes de lutins »

À cette époque, Tom van der Bruggen gagne sa croûte en réparant des pianos. Et rénove sa demeure. Pour imaginer les plans, le Hollandais expérimente des cubes de bois. Trop massifs. « Il fallait des planchettes ». En 1981, deux boîtes de prototypes voient le jour. « Très vite, j’ai compris l’intérêt pédagogique et ludique de ces planchettes de bois », confie l’homme.

Dans son château de Lincou, alors jeune trentenaire, il fabrique lui-même les 400 premières boîtes de Kapla (du néerlandais kabouter plankje, littéralement « planchettes de lutins » en français). Des dizaines de petits bouts de bois aux dimensions strictement égales: 117 mm de long, 23,4 mm de large, 7,8 mm d’épaisseur. Et une règle stricte: trois épaisseurs pour une largeur et cinq largeurs pour une longueur.

Démonstrations dans les ludothèques

« J’imaginais un succès plus facile », raconte-t-il entre deux gorgées de son café-crème. « Je pensais que les magasins de jouets allaient “flasher”, allaient m’aider dans la promotion et la vente des Kapla ». Il n’en est rien. « Trop simple », « sans intérêt ». Alors Tom van der Bruggen a vadrouillé dans le coin, une boîte sous le bras.

S’en est allé démarcher les instituteurs du Sud-Aveyron, les ludothèques des alentours. S’adonner aux démonstrations. « Eux, m’ont fait confiance, toutes les écoles où je suis allé en ont acheté, sans exception », se souvient-il alors. « Ils ont de suite perçu l’intérêt: je suis convaincu de sa dimension pédagogique pour développer l’apprentissage, la réflexion, l’agilité des mains ».

Son ami Jacques Godfrain (ancien maire de Millau) l’aide à mettre un pied à Paris. En 1987, le musée des Arts Décoratifs de Paris organise une exposition au Louvre autour du jouet. En 1988, les « journées Kapla » arrivent dans les écoles et centres de loisirs. Dans la foulée, la présidence de la République lui commande 300 boîtes. La marque change de dimension. Dès 1988, 8000 boîtes sont écoulées, surtout en Allemagne et en Belgique.

Un chiffre d’affaires annuel avoisinant les 3 millions d’euros

« À partir de là, j’ai arrêté de fabriquer moi-même », continue le sexagénaire. « J’ai créé une petite usine à Lédergues avec un ouvrier ». Une usine qu’il délocalise à Albi au début des années 90, pendant trois ans, avant que Kapla ne connaisse une croissance exponentielle. « J’ai toujours cru en Kapla, alors j’ai vendu le château de Lincou », lâche-t-il, ému.

« C’était le château ou Kapla ». Il délocalise à côté de Bordeaux, où se trouve toujours la direction logistique, puis au Maroc. Là, 120 personnes travaillent dans l’usine qui lui appartient. Tom van der Bruggen est toujours actionnaire à 100% de la société Kapla, aujourd’hui dirigée par son fils, qui réalise un chiffre d’affaires annuel avoisinant les 3 millions d’euros.

Nouveau jeu en préparation

Plus de vingt-cinq ans après, les Kapla n’ont pas pris une ride. Ni un centimètre. « C’est l’avantage d’un jeu comme celui-là, à contre-courant », sourit l’intéressé. « Nous avons sorti des coffrets en couleur, changé le design des boîtes mais les planchettes, elles, sont intactes ». À 70 ans, hors de question pour Tom van der Bruggen de songer à la retraite. « Pourquoi faire? Ça ne m’intéresse pas ». D’ailleurs, il ne lui a pas fallu longtemps pour trouver un nouveau « dada ». Il planche actuellement sur un autre jeu : TomTect. Et partage son temps entre Monaco, où il vit, et la Bourgogne, où il vient d’acquérir… un château.

Auteur : Lola Cros

Source : www.centrepresseaveyron.fr

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