France Brevets tire la sonnette d’alarme


Selon France Brevets, les startups qui détiennent des brevets ont trois fois plus de chances de réussir que les autres. Mais la France accuse un net retard par rapport à la Silicon Valley, Israël, le Royaume-Uni et l’Allemagne. Un retard qu’il faut combler si les pépites de la French Tech les plus innovantes veulent garder une chance de devenir à leur tour des géants.

Les brevets, une question de survie pour les startups françaises dans un contexte de course mondiale à l’innovation ? Oui, affirme France Brevets. Aux côtés de la French Tech, ce fonds public spécialisé dans la propriété intellectuelle, créé en 2011 et doté de 100 millions d’euros, dénonce « un problème de protection intellectuelle en France » et milite pour un « changement profond des mentalités ». Sa cible : les entrepreneurs, qui ne s’en préoccupent pas assez ou trop tard, et les investisseurs, trop prompts à dépenser le moins possible, quitte à ignorer les enjeux autour des brevets.

Les startups françaises s’inquiètent des brevets trop tard

Dans sa dernière étude, publiée le 19 avril, France Brevets estime que les startups qui détiennent un portefeuille de brevets ont trois fois plus de chances de réussir à 10 ans que les autres, surtout dans les secteurs du logiciel et des biotechs, les plus concernés par le sujet. « En protégeant la technologie, les brevets apportent un avantage compétitif qui valorise les startups et les aide à lever des fonds lorsqu’elles entrent dans la fameuse vallée de la mort », explique Didier Patry, le directeur général de France Brevets. Les brevets leur permettent aussi de mieux exporter et de mieux s’internationaliser, notamment aux États-Unis :

« Pour pénétrer le marché américain, il faut être soutenu par un fonds américain. Mais si les startups ne disposent pas de la propriété intellectuelle de leurs innovations, alors les investisseurs ne sont pas séduits. La tech étant très concurrentielle, une startup avec des brevets dispose d’un avantage supplémentaire », poursuit Didier Patry.

Problème : les startups françaises sont en retard. Alors que la moyenne mondiale est de 20%, seules 15% des startups françaises détiennent au moins un brevet dans leur phase d’amorçage. Loin derrière l’Allemagne (23%), les États-Unis (22%) et la Chine (22%). Or, la procédure est très coûteuse (de 5000-10.000 euros pour les inventions les plus « simples » à plus de 50.000 euros pour les plus complexes) et très longue (quatre ans en moyenne, parfois beaucoup plus) avant d’obtenir son brevet. Par conséquent, il faut s’en préoccuper le plus tôt possible, estime France Brevets.

« L’amorçage est la meilleure période car une protection complète de la technologie impose de déposer la demande de brevet avant de révéler l’invention à la presse ou au public. Si on rate cette fenêtre, il faut alors se rabattre sur la protection de nouvelles versions du prototype, voire accepter que certains pans ne soient pas protégés », ajoute Didier Patry.

Sortir de la logique de court terme des entrepreneurs et des investisseurs

Les raisons de ce retard sont à chercher à la fois du côté des entrepreneurs et des investisseurs. Au début de l’aventure de la création d’entreprise, les premiers ne voient pas les brevets comme une priorité, mais comme une charge. Ils sont davantage préoccupés par le lancement commercial et le recrutement de collaborateurs, et préfèrent remettre cet investissement en capital et en temps à plus tard.

Les investisseurs ne les encouragent pas à sortir de cette logique de court-terme. Eux-mêmes préoccupés par leur retour sur investissement, « ils ne prévoient pas d’argent, ou pas assez, pour les besoins de propriété intellectuelle », ajoute Yann Dietrich, le directeur de la stratégie chez France Brevets. Une grosse différence avec les États-Unis, où les fonds sont très attentifs à ce sujet dès la phase d’amorçage.

La troisième raison est culturelle. « L’idée de la libre circulation des idées fait partie de la culture française et se retrouve même renforcée par le numérique, note Didier Patry. Le phénomène startup existe en France, mais l’enjeu est désormais de ne pas rater l’étape d’après, celle où les startups grossissent et deviennent des PME ou des licornes »

La Fabrique à brevets, un programme d’accompagnement destiné aux startups

La France rattrape toutefois en partie son retard par la suite. Après l’amorçage, 52% des startups hexagonales déposent des brevets, davantage qu’aux États-Unis (50%) et au-dessus de la moyenne mondiale (46%). Mais elles en déposent un volume plus faible, et leurs brevets sont souvent moins cités par d’autres brevets, ce qui témoigne de leur impact moindre par rapport aux brevets américains, japonais, britanniques et chinois. « Il faut allouer du temps très tôt aux dépôts de brevets, même si la valeur est à long terme, car les brevets déposés plus tôt, dont une portée plus large », indique Yann Dietrich.

Pour aider les startups, France Brevets a lancé il y a plus de deux ans un programme d’accompagnement sur-mesure, baptisé La Fabrique à brevets. Une vingtaine de startups, dont, récemment, le champion des objets connectés Netatmo, en bénéficient.

Source : latribune.fr

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