Article de presse

Pourquoi les entreprises françaises ont déposé moins de brevets ces dernières années


L’Office européen des brevets a publié ce jeudi son index de l’innovation en Europe en 2019. On y apprend notamment que le nombre de brevets déposé par les entreprises françaises a baissé de 2,9%.

En 2019, l’Office européen des brevets a reçu un nombre records de demande de dépôts. L’équivalent européen de l’Inpi annonce ce jeudi dans son rapport sur l’année 2019 avoir validé 181.000 brevets, un chiffre en hausse de 4% sur un an.

Parmi les autres faits notables dans l’innovation européenne en 2019, on note qu’en France, le nombre de demande a baissé de près de 3%. En outre, au classement des entreprises françaises qui déposent le plus de brevets, le Commissariat à l’énergie atomique a raflé la première place à Valeo. Enfin les entreprises qui ont le plus breveté leurs inventions en Europe l’année dernière n’étaient pas européennes, mais asiatiques.

Pour comprendre les enjeux de ces chiffres, nous avons posé quatre questions à Yann Ménière, économiste en chef de l’Office européen des brevets.

Le ralentissement du dépôt de brevets en France signifie-t-il qu’on innove moins en France ?

Yann Ménière, économiste en chef de l’Office européen des brevets : Il ne faut pas sur-interpréter ce recul de 2,9%. La tendance de long terme concernant la France est en réalité à l’augmentation de dépôts de brevets, comme d’ailleurs dans la majorité des pays européens. Certes, cette croissance n’est pas aussi rapide que celle de la Chine, mais elle est plus durable.

En 2018 et 2019, la France a probablement connu seulement des trous d’air, qui correspondent aux fluctuations de volume de demande de brevets par de très gros déposants. Il y a par exemple Valeo, dont le nombre de dépôts de brevets a chuté de plus de 30% en un an. Ou Technicolor, qui est passé sous pavillon américain l’année dernière, et dont les 2000 brevets moyens déposés par an sont désormais comptabilisés pour les Etats-Unis.

Pourquoi Valeo a demandé moins de brevets que l’année dernière ?

Yann Ménière : Valeo était à la première place du podium depuis 2016. Et l’année dernière, l’équipementier automobile avait déposé un nombre particulièrement élevé de demandes de protection de ses inventions.

C’est toujours difficile d’expliquer ces variations. Une année prolixe peut correspondre au pic d’un gros projet de R&D. Cela fonctionne comme une mine : dans la recherche, quand on trouve un filon, on en extrait pleins d’innovations à breveter dans un labs de temps assez court, jusqu’à ce que le filon soit vidé.

Autre explication: le secteur dans lequel opère Valeo, l’automobile, est en pleine transformation. Est-ce qu’il y a une forme d’attentisme de certains pour ne pas dévoiler ses cartes aux concurrents ? C’est toujours un risque parce que la demande de brevet est publiée, mais je n’y crois pas. L’idée reste de protéger au plus vite ses inventions. D’autant qu’en déposant, et donc en montrant aux concurrents ce qu’on fait, on marque aussi son territoire et c’est très important, de poser ses pions.

La remontée du CEA est-elle liée à la perspective du grand carénage ?

Yann Ménière : Le Commissariat à l’énergie atomique s’est énormément diversifié depuis sa naissance en 1945, bien au-delà du nucléaire. L’augmentation du nombre de brevets déposés par le CEA n’est pas liée à une technologie en particulier. Ces brevets portaient sur les énergies renouvelables, mais aussi la santé, l’électronique. Le CEA travaille par exemple avec ST Micro sur les prochaines générations de puces électroniques, qui seront plus puissantes et plus petites, et qui pourront également servir dans l’industrie solaire.

Pourquoi les trois plus gros déposants de brevets en Europe ne sont pas européens ?

Yann Ménière : Les trois plus gros déposants ont été le chinois Huawei et les Coréens Samsung et LG. Ce baromètre des dépôts révèle en effet une montée en puissance de l’innovation en Asie, notamment en Chine. Jusque-là, le Japon et la Corée étaient de très gros déposants, mais ces derniers mois, on voit la Chine prendre toute sa place. Elle vient justement de dépasser la France au classement des premiers déposants à l’OEB.

La Chine va continuer à déposer de plus en plus de brevets, notamment sur la 5G, l’un des secteurs qui a porté l’innovation mondiale en 2019. La 5G, qui est beaucoup plus qu’une 4G plus rapide. C’est grâce à elle qu’on aura des villes intelligentes, des voitures autonomes, des usines avec des robots qui communiquent entre eux, de l’agriculture et du médical connecté, etc. La 5G, c’est une technologie qui va infuser dans tous les secteurs industriels.

Auteur : Nina Godart – Source : www.bfmtv.com

Un commentaire sur “Pourquoi les entreprises françaises ont déposé moins de brevets ces dernières années

  1. Infirmité et grandes compagnies.

    Deux constatations intéressantes peuvent être tirées de ces données. Premièrement, alors que le nombre et la variété de nouveaux produits explose par millions dans tous les domaines, le nombre des brevets reste à la fois modeste et stable, croissance de la Chine mise à part. Les brevets qui vont avoir un effet international, les brevets étendus,sont pratiquement tous détenus par de grandes compagnies.

    J'aime

Répondre à ALAIN SOULOUMIAC Annuler la réponse.

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.