Inventé en 1907, cet orchestre mécanique et automatique contient… 8 violons !


La compagnie Ludwig Hupfeld AG a été fondée en 1904 par Ludwig Hupfel, un créateur d’instruments de musique converti en entrepreneur. En pleine période d’industrialisation, elle s’est illustrée en inventant ce qui peut être considéré comme les premiers instruments musicaux mécaniques et automatiques.

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Parmi ceux-là, il y a le Hupfeld Phonoliszt-Violina, une pièce de collection très rare que possède notamment le musée dédié à l’inventeur, situé à Leipzig en Allemagne. Il est composé de huit violons placés en cercle à la verticale, entourés d’un archet circulaire.

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Selon la programmation indiquée sur une feuille de papier, des petits soufflets viennent simuler l’action des doigts d’un violoniste sur les cordes des violons. Le tout délivre alors un air mélodieux, surtout pour les amoureux de musique classique.

On vous propose de découvrir la vidéo de cet immense engin musical, vieil ancêtre des radioblasters et autre lecteurs MP3, inventé en 1907 :

Auteur : Jérémy B. – Source : www.demotivateur.fr

Avec sa ligature pince, Jean-Jacques Mure révolutionne le saxophone


Il a créé la marque Ligreed, qui commercialise un ingénieux système de ligature pour saxophone et clarinette. Une invention qui pourrait bien lui ouvrir les portes d’un marché international.

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Ayant déposé les brevets nécessaires, le musicien vise le concours Lépine.

Tous les saxophonistes le savent, placer correctement l’anche de son instrument est un geste délicat. « C’est un réglage au millimètre. Si elle est mal positionnée, le son ne sort pas. Pour les plus jeunes, cela peut être décourageant. » Féru de pédagogie, Jean-Jacques Mure est un professeur attentif.

D’Yssingeaux à Los Angeles

Celui qui enseigne le saxophone au conservatoire du Puy-en-Velay, à Tence, au Monastier-sur-Gazeille et à Yssingeaux est parti d’un simple constat, pour arriver à une idée géniale.

« J’ai inventé cette pince. Il s’agit d’une ligature sur laquelle l’anche vient se fixer, en butée. Ensuite, le réglage fin de la position se fait au moyen d’une vis. La ligature se fixe au bec, tout simplement. »

Simple, mais il fallait y penser ! Avec cette trouvaille, finis les mauvais réglages. « La pièce est en bi-matière plastique. Ce qui permet plus de nuances dans le son qu’avec un équipement traditionnel », poursuit le professeur inventeur. Faciliter le montage, tout en enrichissant le timbre de l’instrument, la preuve que près de deux siècles après son invention, le saxophone peut encore évoluer. Destinée au sax alto, la ligature made in Haute-Loire se décline aussi en version clarinette en si bémol, autre instrument à anche. « À terme, je souhaite étendre la gamme à tous les saxophones et toutes les clarinettes », explique le professeur.

100 % made in France

Confiée à plusieurs sous-traitants, de la Haute-Loire à la Savoie en passant par la Loire, la fabrication de la ligature pince est 100 % française. « J’ai déposé un brevet international. Aujourd’hui, j’ai des contacts en France, en Espagne et au Benelux. » Un marché qui pourrait bientôt prendre de l’ampleur puisque Jean-Jacques Mure rentre tout juste des États-Unis, où il était invité au Namm (National Association of Music Merchants), un des plus importants salons de la musique au monde qui se tient en Californie.

« J’ai d’abord participé au Salon de Francfort, où j’ai rencontré un professionnel japonais intéressé par mon invention. C’est lui qui m’a invité à Los Angeles, car pour s’y rendre il faut être invité. Là-bas, je suis entré en contact avec l’importateur de grandes marques d’instruments à vent comme Buffet Crampon et Selmer. » L’aventure américaine de Jean-Jacques Mure pourrait lui ouvrir les portes du marché national et du Brésil. Avant cela, l’entrepreneur est en quête de musiciens qui pourraient devenir « ambassadeurs de la marque ». « Je recherche également des partenaires financiers pour faire évoluer le projet », explique-t-il. La Région pourrait également octroyer un prêt à l’entreprise. Enfin, Ligreed est classée parmi les « entreprises innovantes », un label qui permet un crédit d’impôt à d’éventuels investisseurs.

Contact La ligature pince est commercialisée au prix de 70 euros. Une prise de contact avec Jean-Jacques Mure est possible via sa page Facebook : www.facebook.com/jeanjacques.mure.3

Auteur : Rémy Perrin – Source : www.leprogres.fr

Décès du pionnier de la musique électronique Jean-Jacques Perrey


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Le Français Jean-Jacques Perrey, pionnier de la musique électronique dès les années 50, est décédé vendredi à Lausanne à l’âge de 87 ans. Il avait formé avec Gershon Kingsley l’un des tandems les plus créatifs du milieu des sixties.

«Malheureusement, mon père est en effet mort vendredi 4 novembre d’un cancer foudroyant», a confirmé Patricia Leroy auprès de l’AFP après que la nouvelle eut circulé dans le monde anglo-saxon. «J’ai répondu jusque très tard cette nuit à des centaines de messages qui me parviennent du monde entier», poursuit-elle.

Jean-Jacques Perrey, autodidacte en musique, s’est fait connaître aux Etats-Unis dans les années 60 avec l’essor des tout premiers synthétiseurs. «Jean-Jacques a commencé à enregistrer de la musique électronique en 1952, bien avant que le premier synthétiseur Moog soit mis en vente en 1967», témoigne l’Américain Dana Countryman, dans un hommage à son «ami et compositeur légendaire de musique électronique».

Trenet et Piaf

C’est après quatre années d’études de médecine que Jean-Jacques Perrey se tourne vers la musique, impressionné par un nouvel instrument, l’Ondioline, un orgue électronique à base de tubes à vide. Il devient un ardent promoteur de l’Ondioline et accompagne notamment Charles Trenet et Edith Piaf, qui le recommande à un producteur américain.

Arrivé aux États-Unis en 1960, il rencontre Robert Moog, l’inventeur de l’orgue Moog qui va révolutionner la musique électronique des sixties. Comme pour l’Ondioline dix ans plus tôt, Perrey est le premier utilisateur du Moog dans un contexte pop.

Avec Gershon Kingsley ­ qui composera par la suite le célèbre «Popcorn» – il édite des albums pour Vanguard Records, dont «Kaleidoscopic Vibrations» qui contient le morceau Baroque Hoedown, repris par Disney pour sa fameuse parade dans les parcs d’attractions en 1972.

Il forme avec Kingsley l’un des tandems les plus créatifs du milieu des sixties. Ils enregistrent ensemble deux albums et une quantité considérable de musiques pour la publicité, la radio et la télévision.

Fameux Vol du bourdon de Rimski-Korsakov

Outre leurs propres compositions (The Little man from Mars, Girl from Venus ou Jungle blues from Jupiter) Perrey et Kingsley réécrivent des classiques comme le thème des Parapluies de Cherbourg, Strangers in the night ou Moon river.

Après la séparation d’avec Kingsley, Perrey poursuit une carrière en solo, avec plusieurs albums dont son chef-d’œuvre, «Moog Indigo» (70), sur lequel figure sa recréation du fameux Vol du bourdon de Rimski-Korsakov avec de véritables abeilles vivantes, enregistrées et reproduites en boucle.

Traversée du désert avant d’être redécouvert

Rentré en France au début des années 70 pour des raisons familiales, Perrey connaît une traversée du désert pendant 20 ans. Il travaille pour des projets de thérapie par la musique (méthodes de relaxation etc.) avant d’être redécouvert dans les années 1990 notamment avec le titre fétiche «E.V.A» qu’il avait composé en 1970.

Il reprend les enregistrements, notamment avec le musicien américain Dana Countryman (deux albums chez Oglio Records en 2006 et 2008), se produit en concert et donne des conférences. «Sa musique folle et joyeuse résonne encore partout dans les publicités et les émissions, de Sesame Street à Disneyland dans la «Main Street Electrical Parade», observe son ami Dana Countryman.

Source : www.letemps.ch

L’invention d’un Nîmois fait le tour du monde


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Le Nîmois Jean-Luc Vignaud exporte son innovation musicale dans le monde entier.

Le Nîmois Jean-Luc Vignaud (JLV) a inventé un petit objet qui a bousculé la façon de jouer du saxophone et de la clarinette, du débutant au virtuose.

L’objet pourrait sembler anodin. Trois à quatre centimètres placé sur l’anche d’un saxophone ou d’une clarinette. Pourtant, comme l’explique Cyprien, fils de l’inventeur Jean-Luc Vignaud, cette ligature qui s’adapte aux becs de saxophone et de clarinette change totalement le son des instruments.

« Beaucoup de grands musiciens qui l’ont essayée ont été étonnés. En leur bandant les yeux, ils reconnaissaient immédiatement la différence entre un son fait avec et sans la ligature de mon père. »Appelée JLV pour Jean-Luc Vignaud du nom de l’inventeur nîmois, cette ligature permet d’éviter que l’anche se gondole, entraînant des fuites d’air.

Du classique au jazz

Né en 1948, Jean-Luc Vignaud a commencé ses études de musique classique au conservatoire de Nîmes où il a été l’élève de Jacques Pierson. Il rentre en 1969 au Conservatoire national supérieur de Paris. Après avoir gagné plusieurs prix en saxophone, eu quelques expériences dans l’univers du jazz, il sera le compositeur principal d’un groupe de 24 musiciens appelé Triptyque Orchestra en 1980. En 1984, le groupe sortira un album.

Une hantise pour les joueurs de ses instruments : « Cela leur permet de relever la tête. En tant que saxophoniste, je sais qu’au bout de huit à dix minutes, cela stresse de savoir que l’anche se met à gondoler. Je me suis dit qu’il fallait que je trouve quelque chose », explique Jean-Luc Vignaud. Dix ans lui auront été nécessaires pour aboutir à cet accessoire gage de confort et de souplesse pour le musicien.

« J’ai beaucoup appris des retours de grands musiciens »

Le travail, insiste le professeur de saxophone installé en région parisienne, a profité de l’aide de « nombreux retours des saxophonistes et clarinettistes. Il y avait comme une ébullition ces trois dernières années autour de la ligature ».

Depuis son prix Lépine de 2013 (concours français d’innovation), Jean-Luc Vignaud a continué à améliorer cet accessoire pour aller vers toujours plus de pureté du son. En trois ans, l’entreprise qui commercialise la ligature JLV a bien grandi.

« Nous sommes implantés dans 16 pays avec 85 magasins, aux États-Unis, en Europe, en Israël ou plus récemment en Corée du Sud . » Le produit est garanti à vie et les améliorations apportées à la ligature ont été offertes gracieusement aux clients. « L’idée, c’est aussi que ce n’est pas réservé aux professionnels mais à tous ceux qui veulent jouer et ne pas se bagarrer avec l’instrument », explique le Nîmois pour qui son invention doit toucher un public large.

Une ligature pour concertistes

Jean-Luc Vignaud ne veut pas en dire trop sur le sujet mais il a inventé une nouvelle ligature, apothéose selon lui de son travail sur cet accessoire. « La ligature concertistes est le must, il y a un traitement spécial du son à un niveau jamais égalé. Il y a une pureté qui va avec l’utilisation notamment du bronze. Il a été testé par de nombreux solistes notamment de l’Opéra de Paris et ils sont tous unanimes. »

Au point que le saxophoniste souhaite maintenant s’arrêter et se lancer dans « d’autres choses », une nouvelle invention peut-être.

Plus d’informations sur la ligature

Prix Lépine 2013 : une première pour un musicien depuis 1901

En 2013, Jean-Luc Vignaud gagne le prix Lépine. Le prestigieux concours français d’invention est remporté pour la première fois depuis sa création en 1901 par un musicien. Le professeur de saxophone ne s’attendait pas à cette distinction et disait y aller « pour voir ». « Je ne m’attendais à rien de particulier. Nous étions là et il y avait plus de 600 inventions. Il y avait un jury de professionnels de la musique et ces gens-là ont choisi mon invention », semble s’étonner encore l’inventeur.

« Il était très heureux que le monde de la musique soit à l’honneur et que cette ligature soit reconnu , explique son fils Cyprien qui était déjà de l’aventure en 2013. Maisje crois que ce qui lui plaît le plus, c’est de se dire que partout dans le monde sa ligature sert à aider des musiciens. »

Auteur : DORIAN CABROLS

Source : www.midilibre.fr

L’aventure commerciale a commencé pour le 3D Varius et son inventeur


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Laurent Bernadac, créateur du 3D Varius et musicien accompli

Laurent Bernadac, inventeur du premier violon réalisé en imprimante 3D, configure actuellement la commercialisation de cet instrument qui fait des émules.

Après avoir assuré pendant une année la promotion de son 3D Varius, un violon à l’aspect translucide réalisé grâce à une imprimante 3D, son créateur et musicien Laurent Bernadac a officiellement lancé le 18 mai la commercialisation de cet instrument électrique aux allures futuristes créé il y a un an à Toulouse. L’objectif : récolter des fonds (environ 50 000 €) pour une vente en série à plus grande échelle que le territoire national. Une première série limitée de ce violon dessiné d’après le modèle d’un Stradivarius, baptisée «Pauline», est disponible sur le plus gros site américain de financement participatif Kickstarter.

Laurent Bernadac, originaire de Béziers mais Toulousain depuis l’obtention de son diplôme d’ingénieur en génie énergétique et mécanique à l’INSA (Institut national des sciences appliquées), a déjà vendu quatre 3D Varius à des clients français, belge, britannique et «même une personne habitant en Alaska». Valeur de l’instrument : 6 300 €.

Vidéos sur youtube à l’appui – reprises de Hallelujah (Leonard Cohen), thème d’X-Files, Star Wars ou un mashup de Mickaël Jackson –, le musicien fait sans esbroufe la démonstration d’une maîtrise de l’instrument et met en avant les sonorités du 3D Varius dont la palette est large. Selon Laurent Bernadac, qui présente son instrument dans des mastersclasses dans les conservatoires de la région, «les étudiants en musique sont conquis».

«Imaginer de nouveaux instruments»

Pour le Toulousain, les prestations s’enchaînent : d’une part avec son groupe Octobre, de l’autre avec une place en finale de l’événement majeur du design en imprimantes 3D, le Messe Erfurt Rapid (Allemagne), où il présentera le 3D Varius prochainement. Violon du futur qui a déjà presque fait le tour du Globe (États-Unis, Taïwan, Angleterre…) et les plateaux de télévision. Notamment à Londres dans une émission réalisée par une chaîne espagnole où Laurent Bernadac s’est retrouvé à jouer sur le 3D Varius devant l’acteur australien Hugh Jackman (Wolverine pour les initiés), également violoniste à ses heures perdues. En attendant que les commandes affluent, Laurent fait la promo. «Pour poursuivre ce projet, moi et Géraldine Puel, avec qui nous avons créé une start-up, nous avons besoin d’un coup de pouce sur Kickstater afin de démarrer la production, imaginer de nouveaux instruments, agrandir notre équipe et offrir des casques antibruit à ceux qui ne supportent pas les tests sonores», assure-t-il.

Basé sur les dimensions du Stradivarius..Le 3Dvarius est un nouveau violon électrique entièrement réalisé grâce à la technique de l’impression 3D et basé sur le modèle d’un véritable Stradivarius. C’est un violon unique, au design révolutionnaire, au service des violonistes les plus exigeants. Constitué d’une seule et unique pièce, le corps du 3Dvarius a la particularité de conduire les ondes sonores de façon optimale sans jamais les entraver, afin de permettre à l’instrumentiste un contrôle optimal du son. Une semaine est nécessaire à sa fabrication.

Combinant la précision et les performances de l’impression en trois dimensions avec les techniques de la lutherie traditionnelle, son design inédit, marque un pas supplémentaire sur le chemin de la symbiose parfaite entre le musicien et son instrument. Le 3Dvarius a un prix final de 6 499 € mais dans le cadre de la campagne Kickstarter, il est proposé à un tarif «early bird» de 6 299 €. «D’autres lots sont aussi disponibles pour celles et ceux qui ne souhaitent pas acheter de violon électrique : CD, tee-shirt, places de concert, master class de violon, etc.», précise Laurent Bernadac.

Repères

Le chiffre : 50 000 euros >Financement participatif. C’est la somme que compte récolter la start-up créée par Laurent Bernadac et Géraldine Puel sur le site américain Kickstarter, pour une fabrication à plus grande échelle du 3D Varius.

Auteur : Gérald Camier

Source : www.ladepeche.fr

La grande et belle Histoire du Vinyle


Le vinyle que vous tenez peut-être entre vos mains, prêt à être sorti délicatement de sa pochette, pour être posé sur votre platine disque, ce disque qu’on pensait mort et enterré, ringard et dépassé, mais qui renaît régulièrement de ses cendres tel le phénix, a une longue histoire. Une histoire à faire tourner la tête…

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À l’origine était le rouleau : l’histoire du vinyle

L’invention du vinyle tel que nous le connaissons aujourd’hui remonte au XIXe siècle, et si tout le monde s’accorde à dire que c’est l’Américain Thomas Edison qui est l’inventeur du disque, les choses sont un peu plus complexes. Comme souvent avec les grandes inventions, Edison n’était pas seul à travailler sur le sujet. Dès le milieu du XIXe siècle, plusieurs scientifiques (comme le Français Charles Cros, Emile Berliner, un Allemand installé aux États-Unis, et l’Américain Thomas Edison) s’attellent à enregistrer le son et à le restituer, sans imaginer que la réalisation de ce fantasme va profondément modifier la culture du XXe siècle.

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En 1877, Thomas Edison dépose le brevet de son phonographe, le procédé est purement mécanique : un diaphragme (ou cornet) est placé devant la source sonore, le diaphragme transmet les vibrations à un stylet qui les grave directement sur un cylindre en étain qui tourne sur lui-même. Inversement, une aiguille posée sur le sillon obtenu, alors que le cylindre est mis en rotation, permet de restituer le son dans le diaphragme, ancêtre de l’enceinte… Le 4 décembre 1877, le premier enregistrement sonore voit le jour et un collaborateur d’Edison enregistre la phrase « comment trouves-tu cela ? », aujourd’hui entrée dans l’histoire.

À l’origine donc, le disque plat tel que nous le connaissons n’existe pas. C’est un cylindre qui sert à la fois à enregistrer et retranscrire le son, lequel est gravé par un stylet et de manière mécanique sur un rouleau recouvert d’une plaque d’étain ou de cire à laquelle ont été rajoutés différents adjuvants comme du plomb, du noir de fumée ou de la gomme-laque. Mais la restitution du son est loin d’être optimale, la durée d’enregistrement ne dépasse pas deux minutes, sans compter que les cylindres se cassent facilement, qu’ils sont encombrants et qu’avec le poids du stylet (l’ancêtre du saphir en quelque sorte) ils s’abîment au bout de quelques écoutes… De plus, il existe différents types de cylindres de diamètre, de longueur et de vitesse de rotation (de 100 à 160 tours par minute) différentes. Une diversité des supports (et donc une non-adaptabilité à la plupart des lecteurs disponibles sur le marché) qui rebute les consommateurs.

Du rouleau aux 78 tours

Il faudra attendre le début du XXe siècle pour que le disque plat s’impose face au cylindre…

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Il faudra attendre le début du XXe siècle pour que le disque plat, tel que nous le connaissons aujourd’hui, s’impose face au cylindre, qui sera définitivement relégué au cimetière (des collectionneurs) à partir des années 1910. En 1851, Emile Berliner (originaire d’Hanovre, mais exilé aux États-Unis) cherche à améliorer le rendu du son et en vient à la conclusion que le cylindre doit être remplacé par un disque plat qui, nécessitant un stylet moins lourd, permettra de diminuer les craquements et autres bruits parasites, mais surtout de moins abîmer le disque. Les premiers disques ainsi fabriqués sont en verre, ils deviendront vite en zinc et en ébonite enduits de cire. Si les cylindres et les disques plats coexistent au début du XXe siècle, très vite, pour des raisons à la fois stratégiques, commerciales et pratiques, le disque plat devient la norme. Les éditeurs d’enregistrements (les ancêtres des maisons de disques) comme Columbia, Edison ou Victor s’accordent sur ce nouveau format, qui en plus d’être facilement reproductible, permet d’étendre la durée de l’enregistrement de deux minutes pour les cylindres à quatre puis dix minutes pour le disque.

Un pas de géant pour la reproduction sonore ! Si les disques à leur début ont des vitesses de rotation très aléatoires (de 80 à 140 tours/minute), le format à 78 tours/minute va rapidement s’imposer. Il sera pendant la première moitié du XXe siècle le principal vecteur de diffusion de musique enregistrée avant de se faire piquer la vedette par le disque microsillon, encore appelé couramment disque vinyle.

Des vinyles de toutes les tailles et de toutes les couleurs

Si le disque microsillon est noir par essence (parce qu’on rajoute au PVC — polychlorure de vinyle — de base du colorant noir), c’est pour mieux discerner les sillons et les plages et donc poser le saphir au bon endroit sans avoir à recommencer trois fois ! Mais bien sûr, très tôt certains petits malins se sont mis en tête de changer la couleur du vinyle. Si le procédé n’est pas neuf et existe depuis la gloire du 78 t et les années 1920, la substance — la cire — utilisée pour le 78 t faisait que la couleur n’était pas uniforme, mais ressemblait plutôt à un mouchetage. Ce n’est qu’avec les années 70, et l’explosion de la pop culture, que le disque de couleur (rouge, bleu, jaune, vert, le spectre de l’arc-en-ciel est couvert) prend son envol, même s’il est plutôt réservé à des éditions limitées, l’ajout de colorant nuisant aux qualités sonores du disque selon les esthètes.

Idem pour la forme du disque, censée être ronde et d’un diamètre de 17,5 cm pour les 45 t et 30 cm pour les 33 t. À partir des années 1930 débarquent sur le marché des disques de formes différentes appelés « shaped discs » (pour disques à formes). Les premiers sont d’origine française, de forme carrée, de toute petite taille (ils sont censés tenir dans un paquet de cigarettes), car ils sont surtout utilisés comme supports promotionnels. Mais la Seconde Guerre mondiale va freiner cet engouement, et le disque « en forme de » de devoir attendre les années 60 pour une connaître une seconde vie. On voit alors fleurir, souvent pour des opérations publicitaires, des disques de formats originaux et de tailles différentes, en forme de carrés, de rectangles, de triangles, d’étoiles, de signes cabalistiques et même de corps humain, en l’occurrence, et tant qu’à faire, la silhouette d’une pin-up…

Le picture disc

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Destinés à un public de fan, les picture discs tiennent le plus souvent du gadget…

En 1946, Tom Saffady, jeune industriel américain, est le précurseur en matière de picture-discs. Il cherche à se différencier de ses concurrents éditeurs de vinyles en proposant des disques ornés d’une illustration et censés conquérir une audience plus arty et exigeante. Mais l’époque n’est pas prête et son label, Vogue, ne va pas durer longtemps, juste le temps de sortir une centaine de disques qui font le bonheur des collectionneurs (et celui des spéculateurs). C’est en 1977, alors que le disque fête ses cent ans, que les éditeurs se souviennent de la technique du picture disc et en profitent pour sortir à la pelle des vinyles où une illustration papier est glissée entre deux couches de PVC transparentes. Destinés à un public de fan (ou pour des opérations publicitaires), et le plus souvent en éditions très limitées, les picture discs tiennent le plus souvent du gadget, même si de nombreux artistes ont cédé à leurs sirènes pécuniaires. On trouve donc des disques avec Samatha Fox tous seins dehors, la fameuse langue des Rolling Stones ou les grimaces fardées du groupe de hard rock Kiss… Pour l’anecdote, parmi les plus recherchés et rares, figurent deux vinyles de Michael Jackson : une version de « Dangerous » où sur une face — erreur de pressage —, on entend un morceau du pianiste français Richard Clayderman et « HIStory » où il n’y a carrément aucun son enregistré ni sur une face, ni sur l’autre !

Les pressages pirates

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Bien sûr, comme tout bien de consommation, le vinyle n’a pas échappé à la piraterie. On distingue deux types de disques dits pirates. D’abord les contrefaçons pures et dures qui reproduisent de manière identique et pour un prix (et souvent une qualité) moindre des disques officiels et les disques pirates qui, sous une pochette différente, rassemblent différents morceaux d’un même artiste ou groupe. De l’autre côté, plus intéressants, et à destination des fans, les bootlegs comprenant le plus souvent des enregistrements illégaux de concert, mais aussi des démos, des versions différentes ou des titres inédits jamais commercialisées. Édités à un faible nombre d’exemplaires, et le plus souvent par des fans, les bootlegs font partie intégrante de la culture pop. Même Paul McCartney leur a consacré une chanson, « Hi Hi Hi » dont les paroles font : « Je t’ai rencontré à la station de bus, tu avais un bootleg sous le bras. »

Si les artistes les plus piratés au monde sont Prince, The Who, Bruce Springsteen, Bob Dylan, The Beatles, Led Zeppelin ou Grateful Dead, leurs réactions sont très différentes. Si Bob Dylan déteste le principe, des artistes comme John Lennon ou les Grateful Dead ont plus ou moins encouragé leurs fans à enregistrer de manière illégale leurs concerts et à les diffuser. Parfois, il n’y a pas de petit business, le succès d’un bootleg (comme le « Spunk » des Sex Pistols qui date de 1977) encourage les maisons de disques à en proposer leur version officielle, ce qui fut fait en 2006 avec ce bootleg du plus célèbre des groupes punks.

Les disques promo et les test-pressing

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Très recherchés par les collectionneurs (à cause de leur rareté), les disques promo sont des disques envoyés gratuitement aux journalistes et/ou aux DJ’s dans un but promotionnel, mais aussi aux radios. Souvent sans pochette officielle, mais glissés dans une simple enveloppe en carton ouverte en son centre, ils comportent la plupart du temps un autocollant ou une inscription « promotional copy, not for sale » qui atteste de leur rareté. Les test-pressing, encore plus côtés par les fans, sont les premiers disques pressés à partir de la matrice originale (acetate) pour vérifier la bonne tenue des machines à graver. Tirés à moins d’une dizaine d’exemplaires, juste glissé dans une pochette blanche simple en papier, et comportant un rond central souvent annoté à la main, ils représentent pour tout collectionneur un peu le Saint Graal du disque rare.

Le flexi disc

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Particulièrement prisés au Japon sous le nom de sono shito (feuille de son), les flexi discs sont fabriqués en plastique très fin et, comme leur nom l’indique, sont flexibles. Dans le reste du monde, ils furent souvent offerts en bonus avec des magazines. Ainsi, l’édition de janvier 1979 du National Geographic était livrée avec un disque de chants de baleines édité à 10 500 000 exemplaires, soit le plus gros tirage de l’histoire du microsillon. De mauvaise qualité sonore, particulièrement fragile, le flexi disc a pourtant permis à de nombreux groupes dans les années 70 et 80 de proposer des inédits, et voit sa cote sur le marché des disques collectors monter de plus en plus…

Les bizarreries de lecture et autres disques étranges

Les locked groove

Le vinyle étant constitué de sillons, plusieurs artistes se sont amusés à jouer avec cette particularité technique. Ainsi le sillon sans fin (ou « locked groove » en anglais) et qui, placé à la fin de chaque face, évite au saphir de déraper sur la rondelle centrale a été utilisé pour y enregistrer des boucles sonores sans fin.

Les premiers a avoir lancé cette mode du « locked groove » sont les Beatles avec leur fameux Sgt. Pepper’s Lonely Hearts Club Band. Le morceau « A Day in the Life » se termine ainsi par une boucle qui tourne inlassablement sur elle-même et composée de phrases prononcées par les quatre garçons dans le vent et enregistrées à l’envers. Les Who s’en serviront pour placer une fausse publicité pour Track Records, leur propre label. Sur le « Super Trooper » d’ABBA, on trouve des applaudissements ad lib qui ponctuent la fin du disque. Quant aux fantastiques Stereloab, ils ont carrément écrit un morceau à la gloire du procédé : « Lock Groove Lullaby » sur l’album Transient Random-Noise Bursts with Announcements.

Les sillons multiples

Histoire de s’amuser un peu, on peut aussi graver sur une même face plusieurs sillons parallèles, ce qui fait que suivant celui où vous poserez la tête de lecture, vous n’entendrez pas la même chanson. En 1979, « Pop Muzik », l’unique tube du groupe M, comporte deux sillons, un avec « Pop Muzik » et l’autre avec le morceau « The M Factor », aussi rock que l’autre est pop !

Plus proche de nous, De La Soul, le groupe de rap cool des années 90, a posé deux sillons sur la face B du maxi de « Me Myself and I », le premier contenant deux remixes du titre phare et le second un inédit intitulé « Brain Washed Follower ». Mais la palme de l’étrangeté en matière de double-lecture revient certainement au groupe None of Your Fucking Business avec deux sillons (un qui tourne à 45t et l’autre à 33 t) qui commencent au centre du disque pour se terminer vers l’extérieur.

On peut aussi changer le sens de lecture et faire bouger la cellule de lecture de l’intérieur du disque vers l’extérieur où est placé un sillon sans fin pour éviter que le diamant ne tombe en bout de course. Quelques disques classiques, et quelques BO de films ont eu recours à ce procédé pour des raisons de qualité sonore, car plus on se rapproche du centre du disque et plus la distorsion est accrue, à cause de la diminution progressive du diamètre des sillons.

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Au royaume du bizarre…

Évidemment la musique n’étant pas connue pour être un repaire de saints, mais plutôt de gens légèrement dérangés, certains disques sortent pour le moins du commun.

Par exemple, le DJ Christian Marclay a sorti « Record Without a Cover » qui comme son nom l’indique est un disque sans pochette de protection, l’idée étant que la perception du son change au fur et à mesure que le disque s’abîmera. Le « The Ghost Who Walks » de Karen Elson est parfumé à la pêche, 300 copies du Say Yes To Love des Perfect Pussy contiennent du sang du chanteur coulé dans le vinyle. Le LP Blue Ice des Nordiques Shout Out Louds n’existe qu’en dix copies, mais de glace et à faire soi-même en remplissant d’eau un moule qu’on place au congélateur. Le single de « By Your Side » de Breakbot existe en version en chocolat et se mange comme il s’écoute. Kraftwerk a sorti des versions fluorescentes de son fameux « Pocket Calculator ». Mais la palme du mauvais goût revient certainement au disque « The Opium Den (Parts I-IV) » de RA-X où le producteur Vincent Koreman a ajouté de la diarrhée complétée d’hémorroïdes au vinyle qui prend une teinte sensiblement marron du coup, et dégage à l’écoute, une légère odeur de caca !

La mort du vinyle

Décembre 1982, le japonais Sony présente le premier modèle de son lecteur de Compact Disc à laser, le CDP 101. Un faisceau laser balaye un mini-disque de 12 cm de diamètre composé de millions de trous minuscules et invisibles à l’œil nu, qui de manière binaire (1 ou 0), restituent la musique et ce bien plus efficacement que les disques microsillons. Fini les craquements, l’usure du vinyle, les rayures… Bienvenue à de nouvelles manières d’écouter la musique : on passe d’un morceau à l’autre sans avoir à soulever le bras de lecture, on peut écouter inlassablement le même morceau avec la touche « repeat », on peut changer l’ordre de programmation des morceaux (qui préfigure le fameux mode shuffle des iPod des années plus tard)… Notre vie de mélomane va changer.

Si les premières platines sont sur le marché dès 1982, le CD va mettre un peu de temps à s’imposer. Il y a des résistances.

Si les premières platines sont sur le marché dès 1982, le CD va mettre un peu de temps à s’imposer. Il y a des résistances : le CD est plus cher à la fabrication et à l’achat, il demande de changer sa platine disque pour un lecteur approprié, et il exige des changements d’agencements pour les disquaires vu les formats radicalement différents du CD et du vinyle. Il faudra attendre 1987 pour que les ventes de CD soient équivalentes à celles du microsillon, puis la fin du vingtième siècle pour qu’il devienne le format dominant et que la majeure partie des majors comme Columbia, RCA, MCA, Capitol, EMI ou WEA décident de mettre fin à leur production de vinyle, quitte à forcer la main aux disquaires pour faire entrer le CD dans les mœurs, comme la raconter le magazine Rolling Stone en 1988 : « Il fallait décourager disquaires et consommateurs d’investir dans un format devenu subitement dérangeant, par une fabrication en forte baisse ; il fallait également exercer une pression directe sur les dépositaires en interdisant ou limitant les retours de manière draconienne. » Opération réussie, les chiffres parlent d’eux-mêmes : en 1981 les ventes de vinyles dans le monde s’élèvent à 1,1 milliard, en 1989 elles passent à 450 millions, en 2006 elles ne sont plus que de 3 millions d’exemplaires…

Fin du XXe siècle : les majors enterrent définitivement le microsillon et en profitent pour ressortir la majeure partie de leur back-catalogue (dont les frais d’enregistrement, de production et de mastering sont amortis depuis longtemps) en CD. Une bien jolie plus-value !

La vinylmania ou quand le disque est un bon placement

Avec plus de cent ans d’existence, des formats divers et variés, des pressages différents selon les pays, des éditions limitées, des versions collectors, des rééditions de pressage épuisés, le disque a très rapidement — et logiquement — passionné les collectionneurs. Le problème avec la vinylmania, c’est qu’il n’existe pas de cote ou d’argus officiel qui établirait le prix de tel ou tel disque. Les estimations se font sur la foi de centaines, voire de milliers de professionnels autant que sur les prix pratiqués sur des sites d’occasion comme eBay ou Discogs.

Le problème avec la vinylmania, c’est qu’il n’existe pas de cote ou d’argus officiel qui établirait le prix de tel ou tel disque.

Le prix, la valeur, et la rareté d’un disque sont excessivement subjectifs et soumis continuellement à des fluctuations. Par exemple, un groupe norvégien méconnu qui aura sorti dix exemplaires d’un album sera forcément moins coté qu’une édition rare d’un disque des Beatles, même édité à 200 exemplaires puisqu’il y a potentiellement plus de fans des Beatles (donc plus de collectionneurs potentiels) que de cet obscur groupe nordique. Sans compter que la valeur d’un disque varie selon différents facteurs : la mort d’un artiste, comme la séparation d’un groupe peut faire bondir sa cote, la réédition de disques rares peut faire baisser la cote des originaux comme la faire augmenter, l’état du disque est important (s’il est encore sous cellophane, donc n’a jamais été écouté, tant mieux), le pays où a été pressé le disque d’origine a son importance comme le nombre d’exemplaires auquel a été tiré le disque. Les test-pressings, les coffrets, les pictures-disc, les disques comportant des erreurs de pressage (et retirés rapidement de la vente), tout ce qui rend un disque rare en fait potentiellement un disque de collection… Bref le monde des collectionneurs de disques ressemble souvent à une jungle !

Quand le vinyle refuse de mourir

Si depuis 1990, la fabrication, et donc les ventes, de vinyles, n’ont cessé de diminuer au profit du CD, avant que ce dernier ne soit à son tour ringardisé par l’arrivée du MP3 dans les années 2000, affectant le fonctionnement global de l’industrie musicale moderne, le vinyle est curieusement le format physique qui a le mieux résisté. Alors que les ventes de MP3 diminuent au profit du streaming, que celles du CD ne cessent de chuter, le vinyle est le seul support musical et physique qui voit ses ventes augmenter.

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Double peine de mort pour le vinyle

Alors que le monde entrait dans les années 90, le CD devint le standard le plus commun, poussant le microsillon vers la maison de retraite. Mais c’était sans compter que le vinyle était le support préféré des clubbers, des DJ’s, et de genres musicaux comme le hip-hop, la techno et la house. Le vinyle est longtemps resté le format le mieux adapté à des techniques de DJ’s comme le mix, le scratch ou le backspinning, qui demandent de pouvoir manipuler l’objet de manière physique.

…c’est l’arrivée du CD qui a permis au vinyle de transformer son image…

La deuxième résurrection du vinyle se jouera avec l’arrivée du format MP3, et la démocratisation de l’usage du web, au début des années 2000. Au fur et à mesure que l’usage du MP3 se popularisera, rendant le CD ringard en s’attaquant à son quasi-monopole (le numérique), le vinyle apparaîtra comme une alternative au digital ainsi qu’un objet de collection arty, avec sa pochette grand format et ses usages de lecture si particuliers et rétromaniaques.

Comme le souligne avec malice le professeur américain de musique populaire Richard Borneborne : « L’ironie c’est que c’est l’arrivée du CD qui a permis au vinyle de transformer son image, passant d’un objet de manufacture courant au statut de presque objet d’art. » Thomas Changeur, de la boutique et du label Balades Sonores déclarait ainsi il y a deux ans aux Inrocks : « Les gens apprécient le digital pour le confort et le moindre coût. Mais ils se tournent vers les vinyles pour la conservation, ils en achètent moins que du numérique, à cause du prix, mais ils favorisent la qualité à la quantité. On a trois types de clients pour les vinyles. D’abord il y a les amateurs et pointus qui ont toujours été fans du 33 tours. Il y a aussi ceux qui reviennent, les gens qui ont entre 40 et 50 ans, qui s’étaient débarrassés de leurs vinyles pour le CD, et qui regrettent. Et enfin, des jeunes, des lycéens qui se mettent naturellement aux vinyles, c’est étonnant, mais je trouve ça très bien. » De son côté, Stéphane Le Tavernier, président du SNEP, déclarait récemment à Rue89 : « La renaissance du vinyle depuis deux-trois ans est devenue un vrai phénomène. Cela montre la diversité des modes de consommation de la musique. Le vinyle, c’est le côté émotionnel, c’est comme posséder une partie d’un artiste. »

L’effet Record Store Day

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Créé aux États-Unis en 2007, le Record Store Day est la preuve de cette vivacité nouvelle du vinyle. L’événement qui se tient en avril, et s’est depuis étendu a plusieurs pays autour du monde, a su répondre à la demande croissante pour un objet considéré comme unique et précieux. Le Record Store Day propose ainsi des éditions limitées et collector, des morceaux ou remixes inédits comme la réédition de morceaux cultes, épuisés et dont les prix flambent sur le marché de la collectionnite. Le Record Store Day a ainsi su remettre le vinyle dans le cœur des mélomanes entre deux âges qui ne se sont jamais fait à la dématérialisation du support (et la quasi-disparition de la pochette) et conquérir le cœur des jeunes générations qui n’ont connu ni le vinyle, ni le CD, et voit dans le vinyle une sorte d’acte de résistance culturel face à une industrie musicale qui pousse à consommer de la musique comme on avale des yaourts. Mais l’intérêt renouvelé pour le vinyle a aussi son revers de la médaille : les majors se sont empressées de proposer des éditions rares, collector ou deluxe à des prix largement supérieurs aux autres formats. Ainsi Racine Carrée, l’album de Stromae, coûte dix euros dans sa version CD classique, tandis que le format double vinyle est proposé à 40 euros.

Un retour (en chiffres) à relativiser…

Les ventes de vinyles en France ne représentent que 2,3 % des ventes physiques

Les chiffres sont clairs et nets, et c’est l’Angleterre qui mène le bal : l’année dernière (2015) les ventes de vinyles ont augmenté de 64 % atteignant leur record historique depuis la mort programmée du microsillon au début des années 90, soit deux millions d’unités. Ensuite viennent les États-Unis, qui enregistrent une augmentation de 30 % et quelque 11,9 millions de vinyles écoulés. En France, on constate une croissance de 11,6 % pour quelque 750 000 exemplaires vendus. Restons cependant prudents face à ces chiffres, les ventes de vinyles en France ne représentent selon le SNEP (syndicat national de l’édition phonographique) que 2,3 % des ventes physiques (quelque 10,3 millions d’euros), soit seulement 2,4 % des ventes de musique tous supports confondus. Même si le SNEP avoue ne pas prendre en compte la majeure partie des labels indépendants qui ont fait du vinyle leur support de choix, comme il ne comptabilise pas du tout le marché du disque d’occasion qui prend de plus en plus d’ampleur.

Le marché du vinyle est désormais devenu un marché de niche.

Le marché du vinyle, aussi florissant qu’il puisse paraître, et bien qu’en augmentation constante, est désormais devenu un marché de niche, ne serait-ce que parce qu’il est difficilement compatible avec les pratiques modernes de la musique imposées par internet et le MP3, à savoir le nomadisme, la dématérialisation et la quasi-gratuité. Autre problème, la disparition des machines pour presser les vinyles (aux États-Unis, elles n’existent plus) fait que les délais de pressage d’un disque sont de plus en plus longs (un mois et demi en moyenne), sans compter que les faibles quantités pressées ralentissent le processus et augmentent forcément les coûts. Les disquaires se font par ailleurs de plus en plus rares (du moins en province), ce qui rend le vinyle de moins en moins accessible.

L’intérêt actuel pour le vinyle ne doit donc pas nous faire oublier que le format vedette de l’industrie du disque, celui qui progresse le plus vite, reste aujourd’hui le streaming. Dernière info, le vinyle qui s’est le plus vendu en 2015 en Angleterre est le dernier album d’Adele. En France, le SNEP ne comptabilise pas encore les ventes de vinyles seules. Dommage !

Auteur : Patrick Thevenin

Source : www.greenroom.fr

Pure invention


Le premier roman de Sean Michaels s’inspire de la vie mouvementée de Lev Termen, l’inventeur du thérémine

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Lev Termen faisant la démonstration de son thérémine

Un boîtier électronique équipé de deux antennes dont on joue sans toucher l’instrument. C’est le corps qui en affecte la fréquence : la main droite commande la hauteur de la note en s’approchant ou en s’éloignant de l’antenne verticale, la main gauche permet de contrôler, elle, le volume. Le thérémine possède un son unique, entre la voix humaine et la scie musicale. Son altérité est complète — en particulier à l’époque de sa conception.

Mais la vie du Russe Lev Sergueïevitch Termen (1896-1993), qui invente en 1919 ce qu’on a appelé d’abord l’« éthérophone », un des premiers instruments de musique électronique, n’a elle aussi rien de banal et a donné à Sean Michaels la matière de son premier roman.

Enfermé à clé dans la cabine d’un navire qui le ramène des États-Unis vers l’Union soviétique à la fin des années 1930, Lev Termen prend la mesure de ses pertes : amour, confort, liberté. Après avoir passé de longues années à New York, avant d’être rapatrié brutalement par le pouvoir soviétique, l’homme remonte le fil de ses souvenirs et s’adresse à perte et par écrit à une femme qu’il a aimée. C’est la ligne de basse de Corps conducteurs, couronné du prestigieux prix Scotiabank Giller en 2014.

Le roman nous entraîne de ses premières années comme ingénieur à Petrograd (puis Leningrad) à la création de l’instrument de musique qui porte son nom, le thérémine, jusqu’à son premier voyage aux États-Unis en 1927, entrepris avec la mission de porter bien haut le « flambeau du peuple soviétique ». Un séjour bien encadré par un « ami temporaire » (c’est ainsi qu’il se présentera à lui), accompagnateur, partenaire d’affaires pour la commercialisation de son instrument, espion, escroc. Ash, son répondant soviétique en sol américain, c’est aussi un peu Belzébuth, celui à qui il cède son âme.

Pourtant marié, Termen aura le coup de foudre pour une immigrante lituanienne de bonne famille beaucoup plus jeune que lui rencontrée à New York. Prodige du violon, admise au conservatoire Rimski-Korsakov de Saint-Pétersbourg à l’âge de cinq ans, des problèmes de santé avaient forcé Clara Rockmore (1911-1998) à abandonner le violon. On la considère aujourd’hui encore comme la plus grande interprète du thérémine (regarder son interprétation de Hebrew Melody).

Invention pour invention, l’auteur a bien sûr pris des libertés avec l’histoire réelle de Termen. Corps conducteurs, prend-il soin d’expliquer, est un ouvrage de fiction « rempli de distorsions, d’élisions, d’omissions et de mensonges ». Sean Michaels a surtout truffé son roman de crimes imaginaires. Mais un jour de 1938, l’inventeur disparaît mystérieusement et sa mort sera annoncée. On a appris, bien plus tard, qu’il avait été enlevé par des agents du NKVD pour être renvoyé en URSS. Interné dans un camp sibérien, on l’a fait travailler dans une charachka — un de ces laboratoires secrets soviétiques qui appartenaient à la nébuleuse du goulag —, où il a passé ensuite de longues années à développer des dispositifs sophistiqués d’écoute et des brouilleurs de communications.

La plus grande des tragédies est peut-être, ici, cette histoire d’amour à sens unique pour Clara Rockmore. Et tout comme le musicien qui s’exécute au thérémine ne touche jamais vraiment à son instrument, l’inventeur-espion-musicien de Sean Michaels n’aura jamais non plus l’occasion de faire corps avec la femme dont il était amoureux.

Né en 1982 en Écosse, Sean Michaels a grandi à Ottawa, avant de s’établir à Montréal, où il vit aujourd’hui. Il fait la preuve, dans ce roman fin et rythmé, d’une solide connaissance de la Russie soviétique. Et des gratte-ciel de Manhattan aux confins de la Sibérie, mêlant kung-fu, amour sans retour et espionnage, Sean Michaels applique de façon magistrale à la littérature la première loi de la thermodynamique : rien ne se perd.

Lev Termen jouant de l’instrument qu’il a inventé

Littérature canadienne
Corps conducteurs
Sean Michaels
Traduit de l’anglais (Canada) par Catherine Leroux
Alto
Québec, 2016, 392 pages

Auteur : Christian Desmeules

Source : www.ledevoir.com