Les inventeurs genevois à la recherche des débouchés


Le 45e Salon des inventions ouvre ce mercredi 29 mars. Sur les stands, des locaux caressent l’espoir de commercialiser leurs trouvailles.

Vincent_Longagna_2017

Le Genevois Vincent Longagna a développé un tricycle qui intéresse déjà un groupe helvético-chinois.

Parmi les 725 exposants annoncés, une poignée de Genevois seront présents, dès ce mercredi 29 mars, sur les stands du 45e Salon international des inventions. Avec le secret espoir de décrocher le Graal, soit rencontrer des investisseurs à même de commercialiser leurs prototypes.

Depuis des années, un bon millier d’inventions sont dévoilées lors de cette manifestation, principalement par des entreprises et des instituts de recherche (plus de 75% depuis 2012). Invariablement, une bonne quarantaine de pays sont représentés, pour un nombre d’exposants variant de 690 (2016) à 790 (2014). Quant aux retombées pour les inventeurs, l’organisateur note que pour l’édition 2015, 45% des nouveautés présentées ont fait l’objet de contrats de licence. Et le montant des affaires traitées s’est élevé à plus de 50 millions d’euros.

Noyés au milieu des Asiatiques (52% des exposants), quatre Genevois nous ont reçus à l’aube de ce rendez-vous mondial dont le succès ne semble pas faiblir. Ils seront tous présents sur le stand de l’Ile Verte, un espace dédié aux inventeurs suisses et français.

La trottinette ultracompacte

Michel Barro, 57 ans, n’a pas inventé la parole, mais il aurait pu. Sur le chapitre des inventions, cet ingénieur en électronique, informatique, télécoms et microtechnique est intarissable. Lui-même investit dans plusieurs start-up actives dans de nouveaux modes de déplacement urbain. «L’objectif est d’innover pour des concepts qui incitent le particulier à utiliser plusieurs modes de transport», lance cet authentique passionné.

Son invention à lui? «Une trottinette ultracompacte. Elle ne pèse que 4 kilos, on peut la prendre dans l’avion comme bagage à main.» La trottinette pliable est un créneau très largement visité par les inventeurs. D’ailleurs, dans les bureaux de Swiss-etics, à Carouge, ils sont nombreux à se pencher sur le petit deux-roues.

Michel Barro, lui, planche depuis plus de deux ans sur son prototype. «En tout, j’ai dû dépenser pas loin de 50 000 francs», lâche-t-il. Car il faut du temps pour maîtriser toutes les difficultés. «Déposer un brevet, c’est fastidieux. Comme inventeur, on manque d’assistance pour mener à bien les longues procédures. Il faut compter dix-huit mois! Et puis il y a la conception mécanique, où le moindre détail compte.» Mais qu’attend-il du Salon des inventions? Comme ses homologues genevois, il espère «la création de partenariats stratégiques dans les domaines financiers, industriels et commerciaux».

Un penchant pour le tricycle

Vincent Longagna, lui, s’est attelé à la réalisation d’un tricycle peu ordinaire. La démonstration qu’il nous dévoile prouve néanmoins que l’engin est prêt. Il a d’ailleurs tapé dans l’œil du groupe helvético-chinois eZee, par l’intermédiaire de l’association genevoise Bike4SmartCity qui présente sur l’Ile Verte le premier prototype industriel.

«Moi, le marketing, ce n’est pas mon truc. Alors, sans une équipe autour du projet, je n’aurais jamais pensé à une possible commercialisation», explique ce professeur de gymnastique au Collège de Staël et ex-champion suisse de karaté. Il a d’ailleurs fondé une école à Lancy, l’Ippon Karaté Club, qui fête son quart de siècle cette année.

Son LongaByke, il le met au point depuis 2009 avec son père Christian, ancien professeur de dessin technique et de mécanique à Genève. «J’avais les idées et lui, il leur donnait vie.» A la clé, un trois-roues à assistance électrique pesant son poids, «près de 40 kilos», mais dont la particularité est de s’incliner harmonieusement dans les virages, offrant ainsi un confort appréciable à son utilisateur. «En tout, on a réalisé successivement cinq prototypes. Certains ont été présentés à l’expo du vélo spécial à Karlsruhe et à l’Interbyke de Las Vegas. Le dernier, qui sera visible au Salon de Genève, a été monté en un an à Shanghai.»

La gourde filtrante

C’est la NASA, l’Agence spatiale américaine, qui a inspiré Stefan Spiridon et son associé anglais Dave Shanks. «Un de ses ingénieurs américains avait mis au point un filtre permettant d’éliminer tous les virus, bactéries et métaux lourds contenus dans l’eau, afin de la purifier totalement. A la suite d’un problème d’eau potable sur la station orbitale MIR, les cosmonautes avaient même pu, grâce à ce filtre, boire leur urine débarrassée de toutes ses bactéries», raconte cet inventeur indépendant âgé de 51 ans, au bénéfice d’une formation en commerce et finance.

Depuis 2013, il développe un concept de gourde munie de ce filtre performant «à base de charbon actif et de nano-alumine, précise-t-il. Avec lui, l’eau est débarrassée de toutes ses impuretés, mais le calcium et le potassium sont préservés.» Toute la difficulté était alors de fixer ce dispositif sur la gourde. «Nous y sommes parvenus», s’enhardit le responsable de Water-to-goo, qui commercialise l’objet.

Stefan Spiridon a, dit-il, «investi jusqu’ici près de 500 000 euros dans ce projet. Cela comprend, entre autres, la création d’un bureau et d’une fabrique. Nous sommes maintenant présents dans 33 pays.» En Angleterre, sa gourde est désormais en vente dans plusieurs magasins de sport et dans des agences de voyages. Néanmoins, il espère que le Salon de Genève lui permettra de trouver «de nouveaux débouchés et d’intéresser des organisations humanitaires. Nous cherchons aussi des ambassadeurs pour représenter notre marque.»

Vélothèque pour vélos pliants

Ce sont plutôt les grandes entreprises, les Hôpitaux universitaires de Genève, l’EPFL ou Genève Aéroport que vise Sulpiz Boisserée avec sa vélothèque. «Un concept de rangement pour vélos pliables», précise l’inventeur, qui tient l’arcade Bykes2Fold aux Grottes. «Un prototype a été installé aux HUG, mais depuis sept ans, j’améliore sans cesse mon produit. Notamment le contrôle d’accès à la boîte de rangement, afin qu’il soit plus simple et pas trop coûteux.» Il a déjà englouti 50 000 francs environ dans son projet, «et j’espère trouver des investisseurs et des développeurs à Palexpo».

De doux rêveurs ?

Nos quatre Genevois ont investi beaucoup de temps et d’argent dans leurs inventions. Déraisonnable ? En touts les cas, ils assurent qu’on ne les a jamais traités de fous ou de farfelus. Ou alors, ils n’en ont rien su… «Mais il y a des rêveurs dans le monde des inventeurs», glisse Michel Barro.

Auteur : Xavier Lafargue – Source : www.tdg.ch

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