Quand Ray Kurzweil s’interroge sur la mort du brevet… mieux vaut quand même écouter


Quand Ray Kurzweil, l’auteur d’Humanité 2.0 qui annonce la dominance de l’intelligence artificielle sur celle des humains pour 2045, s’interroge sur la mort de la propriété intellectuelle, il vaut mieux tendre l’oreille. Pas tant pour ses arguments, même s’ils ne manquent pas d’intérêt, que parce que la puissance de lobbying des géants de la Silicon Valley sur l’économie mondiale et la transformation de nos sociétés n’est plus à démontrer.

Pourquoi Ray Kurzweil, directeur ingénierie chez Google, expert en intelligence artificielle, futurologue transhumaniste fondateur de la Singularity University, s’interroge-t-il sur la mort de la propriété intellectuelle (brevets, copyrights…) ? Parce que, selon lui, l’accélération du rythme de développement des nouvelles technologies et de leur adoption rend les règles de protection des inventions et créations intellectuelles obsolètes.

Ces règles imaginées au XIXe siècle prévoyaient, pour les brevets, une protection de vingt ans (rapportée à 27 ans sur les molécules pharmaceutiques). Un délai suffisamment long pour laisser aux inventeurs le temps de profiter des retombées de leurs découvertes.

Répondre à l’accélération des nouvelles technologies

Mais, sans parler des mises à jour des systèmes d’exploitation des smartphones presque annuelles, il suffit de regarder le rythme de déploiement des nouvelles générations de téléphonie mobile, qui descend sous les 10 ans (la 5G annoncée devait être lancée en 2020 pour succéder à la LTE-Advanced (4G) normalisée en octobre 2010), pour comprendre de quoi parle Ray Kurzweil. Et encore s’agit-il là de saut technologique industriel, et non purement logiciel.

« Au cours des vingt  prochaines années, il va y avoir des dizaines de générations, et pourtant, nous n’avons pas du tout mis à jour ces lois. Il sera difficile de les mettre à jour, car il faut plusieurs années pour délivrer effectivement un brevet et pour que les humains évaluent la nouveauté d’une invention », observe  Kurzweil dans une vidéo de questions-réponses sur le sujet.

Conscientes du problème, les entreprises ont peut-être trouvé une parade : l’open source. C’est en tout cas une piste que préconise Ray Kurzweil… et qu’explore son employeur Google, qui a ouvert le code de son outil de machine learning TensorFlow. Un choix qui, selon Kurzweil, était controversé à l’intérieur de l’entreprise.

La dangereuse parade de l’open source

Mais qu’on ne s’y trompe pas. Le choix de l’open source, comme outil pour contourner le problème de l’obsolescence de la propriété intellectuelle, est intéressé. Non seulement, il permet d’améliorer plus vite un produit grâce au travail de la communauté, mais il permet surtout aux géants du numérique d’imposer leur vision de l’avenir de nos sociétés numériques, en ne basant plus leur modèle d’affaires sur la protection de leur innovation mais sur l’utilisation des données. On le sait.

Mais à l’heure ou l’Europe va dévoiler son projet de réforme du droit d’auteur, à l’heure où des voix s’élèvent pour expliquer que l’industrie du futur sera open source ou ne sera pas (pour de bonnes raisons, cette fois), il est important de prêter l’oreille à la petite musique lancinante jouée du côté de la Silicon Valley. Si l’open source devient l’arme anti-propriété intellectuelle des géants du numérique, il est peut-être effectivement temps de la réformer.

Auteur : Aurélie Barbaux

Source : www.industrie-techno.com

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